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11/12/2016

Déclin des pollinisateurs sauvages exposés aux néonicotinoïdes

Climat & Environnement

Déclin des pollinisateurs sauvages exposés aux néonicotinoïdes

Action anti-pesticides à Bruxelles.

[greensefa/Flickr]

Une nouvelle étude fait le lien entre les pesticides néonicotinoïdes et le déclin des colonies d’insectes pollinisateurs, comme les abeilles.

Le déclin des colonies de pollinisateurs sauvages est en moyenne trois fois plus marqué lorsqu’ils se nourrissent régulièrement de plantes traitées aux pesticides néonicotinoïdes, indique une étude basée sur les cultures de colza en Angleterre entre 2004 à 2011.

Ces travaux sur une longue période montrent que « l’utilisation des néonicotinoïdes est liée au déclin à grande échelle et sur le long terme des populations des pollinisateurs sauvages », estiment les chercheurs du Centre for ecology and hydrology, dont les travaux sont publiés mardi dans Nature Communications.

De nombreux travaux scientifiques ont mis en avant l’impact négatif des néonicotinoïdes, une classe d’insecticides, sur le système nerveux des abeilles, aggravant la mortalité des colonies dans de nombreux pays.

Cette étude sur les pollinisateurs sauvages vient compléter le corpus scientifique devant servir de base à un nouvel avis de l’Agence de sécurité sanitaire européenne (EFSA) attendu pour début 2017, souligne le groupe de chercheurs.

>> Lire : L’EFSA confirme la nocivité des pesticides pour les abeilles

Depuis 2013, un moratoire partiel est appliqué en Europe sur les néonicotinoïdes: trois substances actives (la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame) sont interdites (sauf sur les céréales d’hiver).

L’auteur principal de l’étude, Ben Woodcock, insiste toutefois sur l’aspect multifactoriel du déclin des pollinisateurs: si l’utilisation des néonicotinoïdes est « un facteur majeur » de ce déclin, le scientifique rappelle qu’il est aussi dû à la perte d’habitat, à des agents pathogènes, au changement climatique et à d’autres insecticides.

Le 1er rapport mondial sur les pollinisateurs, publié en 2016 par la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES en anglais) a alerté en février sur la menace que représente leur déclin pour la production agricole.

Selon l’IPBES, 5 à 8% de la production agricole mondiale, soit entre 235 et 577 milliards de dollars, sont directement dépendants de l’action des pollinisateurs.

Il existe plus de 20 000 espèces de pollinisateurs, qu’ils soient sauvages comme les papillons et les bourdons, ou domestiques, comme l’abeille d’Europe (Apis mellifera) qui fabrique du miel.

>> Lire : Les maux des abeilles menacent l’agriculture

Contexte

En janvier 2013, la Commission européenne a lancé un plan de sauvetage des colonies d’abeilles mellifères sur le déclin en Europe : une interdiction de 24 mois de trois pesticides néonicotinoïdes très utilisés qui posent un « risque très élevé » pour les pollinisateurs, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

>> Lire : Bruxelles interdit des pesticides pendant deux ans pour préserver les abeilles

Environ 16 % des colonies d'abeilles mellifères en Europe ont disparu entre 1985 et 2005, avec des pertes encore plus importantes enregistrées en Allemagne, en Angleterre, en République Tchèque et en Suède, selon le projet « Situation et tendances des populations des pollinisateurs en Europe » (STEP), financé par l'UE.

Des insectes comme les abeilles mellifères et sauvages pollinisent quelque 84 % des 264 espèces de cultures européennes et 4 000 variétés de végétaux. Elles contribuent à hauteur d'environ 22 milliards d'euros à l'économie de l'UE, selon le projet STEP.

Le projet STEP recommande plusieurs solutions pour que les agriculteurs protègent les populations d'abeilles :

  • essayer d’éviter les pesticides connus pour leur impact négatif sur les abeilles ;
  • réduire l’utilisation d’herbicides qui éliminent les plantes à fleurs ;
  • laisser des zones pérennes de jachères fleuries où les insectes pollinisateurs bénéficieront de ressources alimentaires et de sites de nidification ;
  • intégrer des cultures à floraison abondante (par ex. colza, luzerne et tournesol) dans les rotations afin de fournir des ressources complémentaires en nectar et pollen pour les abeilles et autres pollinisateurs.