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28/08/2016

Mélange des genres au sein de l’agenda des solutions

Climat & Environnement

Mélange des genres au sein de l’agenda des solutions

La clôture du Plan d'action Lima-Paris (LPAA) le 9 décembre au Bourget

[France Ecologie Energie/Flickr ]

L’agenda des solutions de la COP21 regorge d’initiatives, représentant des centaines de milliards de dollars d’investissement, selon Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie. C’est aussi un fourre-tout qui abrite le pire et le meilleur. 

Pendant que les États mènent les négociations finales pour obtenir un accord climatique ambitieux à Paris, les acteurs non-étatiques ont conclu leur action à la COP21 le 9 décembre.

Mis à contribution au sein de l’agenda des solutions, versant de l’accord de Paris visant à associer les initiatives de tous les acteurs privés et publics en faveur du climat collectivités locales, entreprises, investisseurs, société civile ont présenté quelque 70 initiatives coopératives .

Cet agenda des solutions, rebaptisé cadre du Plan d’action Lima-Paris (LPAA) regroupait pour la première fois au sein d’une conférence pour le climat les initiatives des acteurs non-étatiques sur des volets aussi variés que les secteurs de la forêt, de l’agriculture, de la résilience, des transports, des bâtiments, de la finance privée, des polluants de courte durée, de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables, ou de l’innovation.

>>Lire: Les pays tropicaux réclament de l’aide pour sauvegarder leurs forêts

Agenda hétéroclite

Après 8 jours de réunions et d’annonces, le bilan tiré par la ministre de l’Environnement française, Ségolène Royale, est positif. « D’un avis collectif, ce LPPA est en même temps une nouveauté et un véritable succès » a-t-elle affirmé, lors du bilan de l’initiative le 9 décembre, rappelant la « mobilisation massive des acteurs ».

>>Lire: 700 villes s’engagent vers le tout renouvelable en 2050

Et les chiffres ne lui donnent pas tort. Le Plan d’Actions Lima-Paris regroupe plus de 70 grandes initiatives en faveur du climat, menées par des 10 000 acteurs issus de 180 pays. La majorité de ces engagements a été regroupée au sein de la plateforme NAZCA.

Sur le front des financements, la moisson a elle aussi été saluée par la ministre. « Plusieurs centaines de milliards de dollars sont réorientés vers l’économie bas carbone » a-t-elle saluée.

« Le basculement vers la croissance verte du monde économique et financier est vraiment le grand acquis de la COP21 », a affirmé la ministre. Selon le premier bilan du plan d’action, plus d’un tiers des 2000 grandes entreprises mondiales ont mis sur la table des engagements en faveur du climat.

Bras armé de la lutte contre le climat

Le Plan d’Actios Lima-Paris, s’il n’engage pas les États membres, devrait permettre de transcrire les ambitions du futur accord de Paris sur le terrain. « C’est un processus inédit dans une COP et on peut déjà dire que la COP 21 est un succès grâce à ça. Les résultats sont au-delà de toutes nos espérances » a affirmé Ségolène Royal.

Alors que les négociations visant à maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C acchopent toujours sur la question de la date de révision des contributions nationales, l’application de l’agenda des solutions pourrait être une réponse, selon la ministre française.

L’application « opérationnelle des engagements nationaux des pays va être favorisée par la mise en place » de l’agenda des solutions, a-t-elle rappelé. Grâce à ces actions opérationnelles, la révision des contributions nationales serait- je l’espère – possible avant 2020 ».

Pour l’heure, le projet de texte ne tranche pas sur la question de la date de la révision des contributions nationales des pays, les INDC. La somme de ces contributions devrait permettre un réchauffement de 3°C, bien au-dessus de l’objectif initial.

Pour éviter ce scénario catastrophe, le relèvement du niveau d’ambition des engagements des pays en matière de climat est indispensable. Mais la date fait débat : tandis que beaucoup réclament une révision avant 2020, une des options du texte en discussion envisage une première révision à partir de … 2025.

Les intrus

L’agenda des bonnes volontés accuse cependant de nombreuses faiblesses. « Il ne faut pas que cela devienne une plateforme de greenwashing » prévient Célia Gautier du réseau action climat. Une crainte relayée par la ministre.

« Il faut être vigilant sur le fait que les entreprises s’engagent en faveur de la croissance verte, sans faire de greenwashing. Mais beaucoup d’entre elles ont compris que le coût de l’inaction est plus élevé que le coût de l’action » a martelé Ségolène Royal.

Reste que les gardes fous permettant d’écarter les initiatives contestables sont inexistants. Les initiatives concrètes, comme celle pour les énergies renouvelables en Afrique qui a recueilli 10 milliards de dollars d’ici 2020 afin de développer les énergies renouvelables sur le continent, côtoient donc les annonces plus fantaisistes.

Ouvert aux initiatives du monde entier et de tous les secteurs, le plan d’action tire parfois vers le fourre-tout. « En l’état, il n’existe pas de critères qui permettent d’inclure, de suivre voire d’exclure les initiatives au sein du LPAA » regrette Celia Gautier du RAC.

Ainsi l’initiative « 4 pour 1.000 » présentée le ministre français de l’Agriculture Stéphane Le Foll et soutenu par une soixantaine de pays s’est attirée les foudres de la société civile.

Visant à augmenter le taux de CO2 capté par les sols, l’initiative « ne contient pour l’instant aucun critère clair en termes de modèles agricoles à privilégier » regrette le Réseau Action Climat. Une absence de précision qui pourrait laisser la porte ouverte à la promotion d’un modèle agricole basé sur les semences OGM, craint la société civile.

>>Lire : L’initiative ‘4 pour 1000’ veut réconcilier climat et agriculture

Plus problématique encore, l’initiative pour la limitation des fuites de méthanes (Oil and Gas Methane Partnership). Menée des groupes pétroliers et gaziers, dont Total, l’idée s’est attiré les foudres de la société civile. « Nous avons demandé son retrait de l’agenda des solutions au Président François Hollande, car ce type d’initiative n’encourage pas la fin des énergies fossiles » explique Celia Gautier.

Un suivi incertain

La question du suivi des engagements – volontaires- de l’ensemble des acteurs est elle aussi en suspens.

Aucun mécanisme officiel n’est prévu, au-delà de la possible publication des résultats des initiatives par les acteurs sur la plateforme NAZCA.  « Dans cette dynamique, nous pouvons imaginer que chaque pays puisse dire comment il va appliquer l’accord sur l’agenda des solutions » a également suggéré la ministre de l’Environnement.

Autre méthode de suivi, « nous allons avoir un rapport à toutes les COP pour voir les résultats des engagements de la société civile et des acteurs non étatiques » a affirmé Nigel Topping, CEO de We Mean Business.

Toutes les actions de suivi seront basée sur le déclaratif des entreprises et des collectivités. « C’est trop gros pour que les Nations unies suivent seules ces engagements » a concédé Halldor Thorgeirsson, directeur de la stratégie de l’UNFCCC.  « Pour la responsabilité des actions, ce sera aux investisseurs et aux actionnaires de demander des comptes ». 

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les Etats doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

Les pays développés se sont engagés à apporter 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 à la lutte contre le changement climatique, dont une partie doit transiter par le Fonds vert pour le climat. Cette somme promise par la communauté internationale doit soutenir les pays en développement dans la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre et leur adaptation aux effets du changement climatique, et apparait comme une des conditions d'un accord.

Cet engagement ne couvre par l'intégralité des besoins pour financer la réduction des gaz à effet de serre au niveau mondial, qui sont estimés entre 500 milliards et 1500 milliards d’euros par an.