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28/09/2016

Bras de fer sur la réduction des émissions des transports

Climat & Environnement

Bras de fer sur la réduction des émissions des transports

L'aviation n'est pas soumise au système d'échange de quotas d'émissions.

La Commission européenne et les États membres ont des « discussions très intenses » sur les objectifs de réduction d’émissions individuels qui seront imposés dans les secteurs non couverts par le système d’échange de quotas d’émissions.

Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission chargé de l’Union de l’énergie, tient régulièrement la presse au courant des progrès réalisés. Lors d’un entretien le 31 mai, il a particulièrement insisté sur les secteurs non couverts par les échanges de quotas d’émissions (ETS) et par la question de la « mobilité à bas carbone », soit la réduction des émissions du transport.

Dans les secteurs hors-ETS, on retrouve principalement la production d’énergie et les industries gourmandes en énergie, comme la cimenterie, les produits chimiques et l’aciérie.

Sans innovation technologique, il sera très difficile d’atteindre les objectifs mondiaux fixés pour 2030 et 2050, et de mettre en place une économie sans carbone d’ici la fin du siècle, comme s’y sont engagés les signataires de l’accord de Paris à la COP21, a expliqué Maroš Šefčovič.

Le pacte d’Amsterdam, approuvé le 31 mai, est une bonne occasion d’avancer, grâce aux initiatives populaires et à l’implication des maires et des ONG, qui veulent absolument faire partie du processus. Ce pacte établit le calendrier urbain de l’UE et se concentrera sur une application plus efficace et cohérente des politiques européennes existantes pour l’environnement, le transport et l’emploi dans les villes.

Décision avant l’été

Le vice-président de la Commission a rappelé que, conformément à l’accord de Paris, les pays européens devraient présenter les mesures qui leur permettront d’atteindre les objectifs pour 2050. Un point sera réalisé en 2020 pour voir où en sont les États. Le commissaire a ajouté que les décisions de partage des efforts à réaliser au niveau européen seront adoptées avant les vacances d’été, dans un paquet législatif sur la mobilité à bas carbone.

Maroš Šefčovič a assuré que l’exécutif collaborerait très étroitement avec les États membres après la présentation de sa proposition de répartition des efforts.

« Nous avons en ce moment une discussion très intense au niveau politique et technique avec nos États membres, afin de déterminer quel pourcentage de réduction des émissions des secteurs hors-ETS, donc les transports, l’agriculture et les bâtiments, doit aller à quel État », a-t-il expliqué.

Il a ensuite ajouté qu’il était important de voir l’intérêt et l’implication des villes, puisque ce sont dans les agglomérations que vivent 70 % des Européens et que se posent le plus les problèmes de transports et d’émissions de gaz à effet de serre.

Le commissaire a insisté sur l’importance de la stratégie de compétitivité, d’innovation et de recherche européenne. C’est à ce niveau que la Commission voudrait concentrer les efforts technologiques.

Il a également mentionné son déplacement à San Francisco avec le commissaire à la recherche, à la science et à l’innovation, Carlos Moedas, pour une réunion du CEM (Clean Energy Ministerial), rassemblant des représentants de 23 États et de la Commission européenne sur les énergies propres. Selon le vice-président de la Commission, cette organisation est en passe de devenir très importante. Elle rassemble en effet 23 membres, les leaders mondiaux du secteur énergétique, qui sont « déterminés à limiter le changement climatique » et se sont déclarés prêts à doubler leurs budgets pour la recherche et l’innovation.

À cette occasion, Maroš Šefčovič rencontrera notamment Ernest Moniz, le ministre américain de l’Énergie. L’Union européenne redouble déjà d’efforts, a-t-il souligné, en dédiant un milliard d’euros par an à la recherche et en augmentant à 10,2 milliards d’euros son soutien pour les sept prochaines années.

L’exécutif européen et les États-Unis vont par ailleurs s’organiser pour parler d’harmonisation et de normalisation des voitures électriques, a par ailleurs annoncé le commissaire. Cette collaboration ne concernera toutefois pas uniquement les voitures électriques, mais aussi l’interopérabilité des réseaux intelligents nécessaires en cas d’augmentation du nombre de ces véhicules.

La « mission innovation » du CEM s’allie très bien avec la « coalition énergétique innovante » (Breakthrough Energy Coalition) mise sur pied par Bill Gates, assure Maroš Šefčovič, qui estime qu’il y aurait à l’avenir beaucoup d’événements communs afin d’explorer les options des partenariats public-privé dans ce domaine.

Un accord mondial d’ici octobre

Si le transport routier est le plus gros émetteur du secteur, la Commission européenne n’oublie pas non plus l’aviation et le transport maritime, a assuré Maroš Šefčovič. L’exécutif espère qu’un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre verra le jour d’ici le mois d’octobre dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale.

Malgré certaines tentatives européennes, les négociations pour un accord mondial sur la réduction des émissions de l’aviation n’ont à ce jour pas abouti.

« Nous faisons tout pour un accord mondial, et la première étape devrait être que les émissions du secteur devraient atteindre un maximum en 2020 et ne plus monter », précise le commissaire. Même chose du côté de l’Organisation maritime internationale : « nous devons tout d’abord ouvrir la discussion et déterminer quelles sont les prochaines étapes ».

Pour le transport routier, la Commission envisage de présenter une série de propositions l’an prochain. Il y a beaucoup de progrès à faire en termes de logistique et d’application de systèmes de transport intelligent.

« Nous devons revenir à la question des carburants. Comment gérer les biocarburants, comment intégrer les nouveaux biocarburants et progressivement abandonner ceux de première génération », a ajouté le commissaire.

La politique de la Commission européenne sur les biocarburants a été hésitante et contradictoire. Ainsi, l’exécutif a récemment annoncé que l’obligation pour les États membres d’utiliser « au moins 10 % d’énergies renouvelables dans les transports sera supprimée à partir de 2020 ».

>> Lire : L’UE en passe d’abandonner le verdissement des transports

Maroš Šefčovič a également annoncé que la Commission se pencherait sur les possibilités d’amélioration de l’efficacité des moteurs à combustion et de promotions des voitures zéro-émissions. « L’Europe devrait s’inspirer de l’expérience des États-Unis et du Canada, qui ont déjà des plafonds d’émissions pour les camions », estime-t-il.

La Commission va aussi mettre en place un nouveau type d’approbation des voitures. « Nous voulons être plus stricts, nous aimerions briser les liens entre les entreprises qui mesurent les émissions et les constructeurs automobiles, et introduire des tests d’émissions en conditions réelles », a-t-il assuré. Une décision liée à une « expérience négative » récente, a-t-il ajouté, en parlant du scandale Volkswagen.

Contexte

Un quart des émissions de gaz à effet de serre de l'UE est généré par le secteur des transports, qui se classe dont juste derrière celui de l'énergie en termes d'émissions.

À lui seul, le transport routier émet un cinquième du total des émissions de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre, de l'UE.

Si les émissions des autres secteurs sont dans l'ensemble en train de diminuer, celles des transports ont augmenté jusqu'en 2008, avant de commencer à baisser suite à la hausse du prix du pétrole, à l’efficacité des voitures et à une croissance amoindrie du secteur.

L'UE a mis en place des politiques de réduction des émissions du secteur, comme l'inclusion de l'aviation dans le mécanisme d'échange des droits d'émission et des objectifs spécifiques pour les voitures.

La Commission compte annoncer une stratégie de « décarbonation des transports » fin juin ou début juillet.