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24/01/2017

Obama annonce son plan contre le changement climatique

Climat & Environnement

Obama annonce son plan contre le changement climatique

Les défenseurs de l'environnement américain demandent depuis longtemps à Barack Obama d'agir pour le climat.

[GlynLowe/Flickr]

« Nous n’avons qu’une planète. Il n’y a pas de plan B. » Le président américain Barack Obama a lancé lundi son plan très attendu contre le changement climatique, insistant sur l’urgence d’agir immédiatement et annonçant une restriction inédite sur les centrales électriques.

Il s’agit de l’un des « principaux défis » de notre époque, a estimé M. Obama depuis la Maison Blanche, d’où il a annoncé le Plan américain pour une énergie propre (« America’s clean power plan »). Le projet rassemble une série de règles et de réglementations qui imposeront pour la première fois aux centrales électriques de réduire de 32 % d’ici 2030 leurs émissions de dioxyde de carbone, par rapport au niveau de 2005.

« Nous sommes la première génération qui ressent l’impact du changement climatique », a expliqué le président américain. « Nous sommes la dernière génération qui peut faire quelque chose à ce sujet. Nous n’avons qu’une maison. Nous n’avons qu’une planète. Il n’y a pas de plan B ».

Ce plan augure d’une transformation notable du secteur de l’électricité, car il encourage le passage aux énergies renouvelables aux dépens de la production d’électricité à partir du charbon.

Certains groupes industriels et des élus d’Etats qui dépendent d’une énergie à base de charbon ont annoncé leur intention de contester ce plan en justice ainsi qu’au Congrès. Ils accusent l’administration Obama d’être responsable d’une future hausse du prix de l’électricité.

>> Lire : Les climatologues jugent médiocres les engagements des États pour la COP 21

Une déclaration très attendue

Le président américain, qui avait fait dès 2008 de l’environnement une de ses priorités, a souligné la menace que représente le changement climatique, et en particulier les centrales électriques, sources de pollution au CO2.

>> Lire : Les petits États insulaires mettent la pression sur les grands émetteurs avant la COP21

Le débat est particulièrement vif et clivant aux États-Unis, où plus d’un tiers de l’électricité est encore produite par des centrales au charbon, une source d’énergie problématique d’un point de vue environnemental.

M. Obama a décrit les restrictions imposées aux centrales électriques comme étant « l’étape la plus importante » jamais effectuée par les États-Unis dans la lutte contre le changement climatique.

L’Union européenne a immédiatement salué le plan Obama et ses « efforts sincères » pour réduire ces émissions. Elle s’est pour sa part engagée à réduire d’au moins 40 % d’ici à 2030 ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990. Toutefois, les défenseurs de l’environnement et des scientifiques considèrent que l’engagement de l’UE et des économies les plus développées du monde ne suffiront pas à limiter à 2 degrés le réchauffement climatique.

>> Lire : Les États-Unis et la Russie dévoilent leurs objectifs climat

En France, les réactions ne se sont pas fait attendre non plus. La ministre française de l’Ecologie Ségolène Royal a félicité sur Twitter le président Obama « pour son engagement avant Paris #COP21. Le parlement français a adopté la loi sur la transition énergétique ».

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste a pour sa part estimé que « le discours de Barack Obama présentant un plan majeur contre le réchauffement climatique est une heureuse et déterminante nouvelle ». « Que le président de la première économie du monde estime qu’il est de la dernière génération à pouvoir agir est un encouragement pour tous ceux qui ont fait de l’écologie LA question des temps contemporains », poursuit-il.

L’annonce de ce plan intervient en effet à moins de six mois de la tenue à Paris de la conférence sur le climat (COP21).

Elle réunira 195 pays qui devraient s’engager à limiter à 2 degrés Celsius la hausse de la température mondiale générée par les émissions de gaz à effet de serre.

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 « Une insulte »

Les centrales électriques sont responsables de 40 % des émissions américaines de dioxyde de carbone, le gaz contribuant le plus au changement climatique.

Dans son projet initial présenté l’an dernier, l’administration Obama avait fixé à 30 % le plafond de réduction des émissions de CO2 des centrales.

La limite ambitieuse de 32 % a cependant provoqué la vive opposition des républicains, vent debout contre des mesures qu’ils jugent « disproportionnées » et « maladroites ». Les républicains sont majoritaires au Congrès américain, et Barack Obama aura sans doute des difficultés à les convaincre. Mitch McConnell , chef de file de la majorité sénatoriale, a déjà promis de « faire tout ce qu’il pourrait pour s’y opposer ».

L’administration Obama « continue d’imposer des réglementations coûteuses et non nécessaires », a réagi le sénateur républicain Lamar Smith. « Des centrales électriques à travers le pays vont fermer, les prix de l’électricité vont monter et des milliers d’Américains vont perdre leur travail », a-t-il averti.

Reince Priebus, le président du parti républicain a fustigé des mesures qui pourraient avoir « des conséquences dévastatrices sur l’économie » américaine. Pour John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants, ce plan est un « impôt énergétique » adopté au moment où le pays connaît une lente reprise après la récession.  « Je pense que ce plan est coûteux, une insulte arrogante aux Américains qui peinent à joindre les deux bouts », a-t-il dit.

Offensive en faveur du climat

Le gouvernement réfute ces accusations. Son plan, dit-il, vise à accélérer la transition vers une économie qui produira plus d’électricité à partir des énergies renouvelables.

La Maison blanche a estimé que ce plan marquait « le coup d’envoi d’une offensive tous azimuts en faveur du climat » de la part du président et de son administration.

Dans une vidéo mise en ligne par la Maison blanche ce week-end, Barack Obama a rappelé qu’il n’y avait pas eu jusqu’ici de limitation au niveau fédéral sur la pollution des centrales électriques par les émissions carbonées, principale source des émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis.

Si le plan est mis en œuvre, la part du charbon dans la production d’électricité aux États-Unis tombera de 39 % en 2014 à 27 % en 2030 (30 % dans la proposition initiale), a déclaré dimanche à la presse la responsable de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA), Gina McCarthy.

La part du gaz naturel dans la production d’électricité restera à 30 % à l’horizon 2030, tandis que les énergies renouvelables représenteront 28 %, contre 22 % initialement envisagé. Le nucléaire présente quant à lui 20 % de l’énergie produite dans le pays, le plus grand pollueur après la Chine.

« C’est un bon plan, et en tant que présidente, je le défendrai » a pour sa part déclaré Hillary Clinton, candidate démocrate à la Maison blanche en 2016. Elle estime que ces mesures sont un « grand pas en avant », tout comme la directrice de l’agence américaine de protection de l’environnement Gina McCarthy, qui a salué des objectifs « raisonnables » et « atteignables ».

Le président américain est attendu au cours des prochains mois en Alaska pour mettre en évidence l’impact du réchauffement climatique. Il recevra également le pape François à la Maison Blanche, où les deux hommes devraient lancer un appel commun à l’action.

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