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04/12/2016

Les projets gaziers européens sous le feu des critiques

Climat & Environnement

Les projets gaziers européens sous le feu des critiques

Manifestation contre la fracturation hydraulique.

Le Parlement européen a donné son feu vert à davantage d’importations de gaz de schiste américain, en contradiction avec l’accord de Paris sur le réchauffement climatique. Un article d’EurActiv Allemagne.

Malgré une demande en gaz au plus bas depuis 20 ans, la baisse de la production européenne fait craindre des pénuries, selon les rapports de la Commission datant de février.

L’exécutif a donc jugé essentiel d’augmenter les importations de gaz naturel liquéfié (GNL), malgré la hausse de la production d’énergie solaire et éolienne. Le gaz étant le combustible fossile le moins polluant, il joue un rôle important dans la transition vers une économie à faible empreinte carbone, estime le commissaire au climat, Miguel Arias Cañete.

La Commission souhaite donc plus d’importations de gaz depuis des pays tiers, mais aussi la construction d’unités de stockage transfrontaliers, dans le cadre du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE). Selon des analyses du think tank European Policy Centre, les terminaux à GNL européens existants ne peuvent en effet accueillir que 195 millions de mètres cubes de gaz par an, soit entre 40 et 50% de la demande annuelle européenne.

>> Lire : La Commission donne son feu vert à l’importation de gaz de schiste

Les critiques de cette stratégie sont loin d’être convaincus par ces arguments. Le feu vert du Parlement à la stratégie d’importation et de stockage du GNL de la Commission a été mal accueilli, à quelques jours de l’entrée en vigueur de l’accord de Paris sur le climat. La production, le transport et l’utilisation du GNL sont eux-mêmes problématiques, puisqu’ils entrainent notamment des fuites de méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2.

Andy Gheorghiu, de l’ONG Food&Water Europe, prévient que l’UE ne sera pas en mesure de respecter ses engagements climatiques si elle continue à encourager l’utilisation de combustibles fossiles et étend l’infrastructure gazière actuelle.

La stratégie européenne « va dans une direction complètement erronée », assure également Cornelia Ernst, porte-parole du parti Die Linke sur l’énergie. « La demande de gaz dans l’UE correspond actuellement à 23% de son niveau de 2010, grâce à des mesures d’efficacité énergétique et aux renouvelables. En augmentant son investissement dans le GNL, l’UE crée une infrastructure dont elle n’a pas besoin et dont les contribuables paieront la facture », estime-t-elle.

La décision du Parlement valide également l’importation de gaz de schiste, extrait selon un processus très controversé, depuis les États-Unis. Le rapport de la commission dédiée à l’énergie affirme que pour faire face aux crises, l’Union de l’énergie a besoin d’un marché unique de l’énergie et d’un système de stockage du gaz intégré.

>> Lire : L’interconnecteur gazier tchéco-polonais toujours au programme

La « résistance aux crises » signifie en réalité une meilleure indépendance vis-à-vis de la Russie. La majorité de l’approvisionnement en gaz de l’UE est acheminé depuis quelques pays tiers, sous forme de GNL. Étant donné la structure du réseau de gazoducs, certains États membres ne peuvent s’approvisionner qu’auprès des pays baltes, du Sud-Est de l’Europe ou de la Russie. C’est ce manque de diversité des sources qui pousse la Commission à encourager les importations et une meilleure flexibilité.

Le coût a également un rôle à jouer dans cette stratégie. Dans les régions canadiennes et américaines où la fracturation hydraulique est pratiquée, afin d’extraire du gaz de schiste, la multiplication des terminaux a entrainé une chute des prix. C’est pourquoi deux tiers du gaz américain sont obtenu via ce procédé, décrié par les protecteurs de l’environnement pour ses dommages écologiques et les risques qu’il comporte pour la santé humaine. Selon certaines études, la fracturation hydraulique causerait également des secousses sismiques.

« Plusieurs États membres ont interdit la fracturation hydraulique, ou introduit des moratoires sur le gaz de schiste. Il est donc cynique d’encourager les importations », estime Andy Gheorghiu.

Des interdictions complètes ont été prononcées dans deux pays européens, la Bulgarie et la France. Au Royaume-Uni, l’octroi de licences est récemment devenu une compétence des quatre nations, ce qui a aussitôt mis fin à l’émission d’autorisations et à l’imposition d’un moratoire.

>> Lire : 7 millions d’Américains exposés aux secousses sismiques du gaz de schiste