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26/09/2016

Pêche, déforestation et agriculture menacent la biodiversité davantage que le réchauffement

Climat & Environnement

Pêche, déforestation et agriculture menacent la biodiversité davantage que le réchauffement

Le guépard fait partie des espèces menacées par les activités agricoles.

[Rene Mayorga/Flickr ]

Environ trois quarts des espèces mondiales menacées le sont par ces activités, contre 19% par le réchauffement climatique, pointe une étude, qui appelle donc à réviser l’ordre de priorité des actions. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Lutter contre le changement climatique, c’est bien. Mais à condition de ne pas oublier d’autres menaces encore plus funestes pour la biodiversité. C’est la conclusion d’une étude publiée mercredi 10 août dans la revue scientifique anglo-saxonne Nature, et réalisée par l’université australienne du Queensland avec deux ONG (la Wildlife Conservation Society et l’Union internationale pour la conservation de la nature, UICN).

L’agriculture et la surexploitation des plantes et animaux sont les principaux de ces dangers : environ trois quarts des espèces mondiales menacées le sont par ces activités, relèvent les chercheurs, contre seulement 19% par le climat. Ces facteurs de risque font partie des 11 qui nuisent aux 8 688 espèces en voie de disparition listées par l’UICN : y figurent également le développement urbain, la pollution, la dégradation des écosystèmes, les transports, la production d’énergie, les perturbations humaines, les maladies et les espèces invasives.

5 407 espèces menacées par les pratiques agricoles

La surexploitation, qui inclut la chasse, l’exploitation forestière et la pèche, menace notamment 72% (soit 6 241) des espèces étudiées – dont les rhinocéros de Sumatra et le pangolin (ci-dessous), chassés illégalement.

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L’agriculture à elle seule en met en danger 62% (5 407), dont les guépards et les chiens sauvages africains (ci-dessous).

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Le changement climatique d’origine humaine, pour sa part, et ses conséquences en termes de sécheresse, montées des eaux, inondations etc., ne met en danger « que » 1.688 espèces – parmi lesquelles notamment les phoques à capuchon de l’Arctique, l’hippopotame et la tortue luth.

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Le phénomène adressé par la communauté internationale lors de la COP21 n’a donc été classé que septième parmi les menaces.

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Des synergies possibles

« Adresser ces anciens ennemis que sont la surexploitation et les activités agricoles est la voûte de clé pour inverser la crise de l’extinction de la biodiversit é », conclut l’auteur principal de la recherche, Sean Maxwell, cité par The Guardian. Avec en ligne de mire le congrès annuel de l’UICN, qui se tiendra en septembre à Hawaii, réunissant représentants gouvernementaux, de l’industrie et des ONG, il souligne : « cette question doit être à l’avant-plan de l’agenda » visant à traduire en actions positives pour la préservation de la biodiversité les accords internationaux.

Certes, les effets des fléaux analysés par l’étude sont liés entre eux, admettent les chercheurs: plus de 80% des espèces menacées le sont d’ailleurs par plusieurs facteurs. Et l’importance du changement climatique va sans doute s’accroître. Mais du fait de la croissance de la population, les impacts de la surexploitation et de l’expansion agricole vont aussi augmenter, sans compter que s’attaquer à ces deux phénomènes profitera aussi au climat, observent-ils.

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Une action coordonnée

Mais comment concilier alors protection de la flore et de la faune avec la nécessité de nourrir une population mondiale croissante ? L’Histoire nous suggère diverses solutions qui, dans leur ensemble, ont déjà prouvé leur efficacité, souligne le docteur James Watson, co-auteur de l’étude, dans les colonnes du Guardian.

« Des actions telles que des zones protégées bien gérées, l’application des règles régissant la chasse, et la gestion des systèmes agricoles de manière à permettre la survie des espèces menacées ont toutes un rôle majeur à jouer dans la réduction de la crise de la biodiversité », précise-t-il.

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L’étude évoque également la nécessité de mécanismes de régulation internationaux, les campagnes d’éducation (concernant le commerce d’ivoire par exemple) et la réduction du gaspillage alimentaire. Et James watson d’insister : « Ces activités doivent être bien financées et devenir une priorité ».

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