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28/09/2016

Philippe Orliange : « Il faut lutter contre l’étalement urbain »

Climat & Environnement

Philippe Orliange : « Il faut lutter contre l’étalement urbain »

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Emma Jespersen _ Flickr

L’action des collectivités territoriales en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique est bel et bien enclenchée. Mais l’accès aux financements freine parfois les projets, selon Philippe Orliange

Diplomate de carrière, Philippe Orliange est depuis septembre 2014 directeur de la Stratégie, des Partenariats et de la Communication de l’Agence française de développement.

Les Etats ont conclu en décembre dernier l’accord de Paris sur le climat. Comment les collectivités territoriales peuvent maintenant  jouer  un rôle dans cette lutte contre le réchauffement climatique ?

Les collectivités territoriales sont le premier échelon d’organisation de l’administration publique, celle qui est au contact des citoyens. Beaucoup de décisions en matière de transport public, de voirie, d’assainissement, etc, passent par ces collectivités, et dépendent de ce qu’elles peuvent faire et veulent faire.

Donc si un accord entre États, comme celui de la COP 21 est nécessaire, il faut aussi l’implication des collectivités locales  pour que ces engagements soient traduits en politiques publiques, et pour que ces politiques soient traduites en investissements.

Dans l’accord de la COP 21, mais aussi dans les nouveaux objectifs du millénaire pour le développement, il y a la reconnaissance que l’implication des collectivités locale est nécessaire pour assurer le succès de la transition sociale et écologique.

Les villes sont les plus gros émetteurs de la planète. Quels sont les secteurs dans lesquels elles peuvent mener une action efficace de réduction des émissions ?

Elles peuvent par exemple développer des transports publics qui utilisent des énergies non-fossiles, pour réduire les émissions dues à l’utilisation des voitures individuelles. Elles peuvent aussi favoriser la rénovation thermique des bâtiments.

Mais il y a aussi « penser » la ville de manière durable. Construire des banlieues pavillonnaires éloignées des lieux de travail et qui vont provoquer des migrations pendulaires quotidiennes de millions de personnes au volant de voitures individuelles : cette conception des villes n’est plus possible ! Il faut lutter contre l’étalement urbain, avec des villes plus denses, pour que les gens habitent plus près de leur lieu de travail.

De nombreuses villes et régions se sont fixé des objectifs ambitieux en matière de lutte contre le changement climatique en amont de la COP 21. Ces projets avancent-ils ?

Les engagements que les villes prennent sont le reflet de leur choix en matière de politique de développement. Les villes qui se sont engagées à la COP 21 à agir le font, elles n’attendent pas que les États aient ratifié l’accord.

Le mouvement – et on le verra à l’occasion du sommet Climate Chance à Nantes – ne faiblit. Il y a un peu de désenchantement face au temps que prend processus de ratification de l’accord de Paris. Mais pas  dans les villes avec lesquelles l’Agence française de développement travaille, la mobilisation ne faiblit pas.

De plus, la demande sociale pour rendre la ville plus durable est toujours là : les Brésiliens par exemple ont manifesté il y a quelques mois pour demander des transports collectifs plus efficace et moins énergivore.

Quelles sont les principales ressources financières dont disposent les collectivités pour  mettre en œuvres ces politiques durables ?

Il faut avant toute chose rappeler que le premier niveau d’action c’est les ressources nationales. L’Agence française de développement ne peut pas se substituer à des transferts nationaux de l’État vers les collectivités. Il faut donc que les dispositifs fiscaux et budgétaires favorisent les financements des investissements des villes.

La situation sur ce point est variable. Il y a des villes qui sont très loin d’avoir les ressources nécessaires, c’est le cas de beaucoup de villes d’Afrique, de villes secondaires, mais aussi de grandes métropoles. Et puis il y a des pays où la décentralisation s’est accompagnée par une autonomisation financière des villes, qui disposent de ressources propres. Certaines ont aussi choisi d’aller sur les marchés internationaux ou d’émettre des obligations, augmentant ainsi leur surface financière.

Aider des villes à acquérir une capacité d’emprunt, parfois en regroupant des villes qui n’ont pas la masse suffisante pour aller sur un marché obligataire, mais qui collectivement peuvent trouver des acheteurs.

Pourquoi l’accès au financement semble-t-il plus complexe pour les villes et les collectivités ?

Le financement direct des villes, que l’AFD est une des seules agences au monde à faire, est aussi un second moyen de financement. Il s’agit de prêter directement à une ville sans la garantie de l’État. C’est très important pour deux raisons : ainsi cet endettement pris par les villes ne pèse pas dans l’endettement des États, qui sont devenus très attentifs à l’état de leurs finances publiques et  à la spirale du surendettement. Un des messages que la France devrait porter lors du sommet Habitat III à Quito  est que davantage de bailleurs qui soient prêts à s’engager auprès des villes.

Aujourd’hui, il n’y a pas assez d’institutions de financement internationales qui sont prêtes à travailler directement avec des villes. Beaucoup d’institutions ne voient que les États. Ce manque d’appétence est parfois lié aux traités fondateurs de ces institutions qui prévoient parfois qu’elles ne prêtent qu’avec la garantie de l’État. Mais ce sont des schémas d’un autre âge. Il faut que les bailleurs soient moins frileux.

La coopération décentralisée entre collectivité françaises et homologues du Sud est un outil particulièrement efficace. Comment augmenter ce type de coopérations ?

La coopération décentralisée peut être mise en place sur des sujets tels que la mobilité urbaine. Par exemple la région Ile-de-France accompagne Antananarivo dans le développement de l’aménagement d’une ligne de bus.

Ces échanges supposent que les collectivités territoriales soient prêtes à rester impliquées dans un travail de conseil sur le long terme. Ce qui n’est pas facile comme la situation budgétaire est compliquée en France. C’est pour ça qu’on pense qu’un des rôles de l’AFD est de financer davantage les collectivités locales françaises dans leur projection à l’international, car elles ont une expertise que l’on n’a pas ; Il faut éviter que pour des raisons conjoncturelles il y ait un désengagement des collectivités.

Philippe Orliange participera à la conférence  ID4D « Agir pour un développement bas carbone : comment renforcer les actions des collectivités locales ? » le 5 septembre au Forum Convergences.