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04/12/2016

L’accord de Paris, et après?

Climat & Environnement

L’accord de Paris, et après?

Signature de l'accord de Paris.

L’accord de Paris, censé marquer une nouvelle ère de lutte contre le réchauffement, est officiellement entré en vigueur. Alors que la COP 22 s’ouvre à Marrakech, edie.net se penche sur l’avenir de la lutte climatique.

Depuis l’élaboration d’un accord mondial sur le climat à la COP 21, à Paris, en décembre dernier, les responsables climatiques n’ont cessé de croire en l’entrée en vigueur de l’accord, prévu raisonnablement pour 2018.

La ratification du texte par plus de 55 pays représentant plus de 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, début octobre, est donc une véritable réussite. Il a fallu près de deux décennies pour que les dirigeants du monde entier décident d’unir leurs efforts de lutte contre le changement climatique, mais une fois rédigé, l’accord est donc entré en vigueur en moins d’un an. L’ambition des pays qui ont ratifié le traité, dont la Chine, les États-Unis et l’UE, reflète bien l’urgence de la situation.

« L’humanité se souviendra du 4 novembre 2016 [entrée en vigueur de l’accord de Paris] comme du jour où les pays du monde ont rejeté un désastre climatique inévitable et pris la voie d’un avenir durable », a déclaré Patricia Espinosa, responsable climat de l’ONU. « L’accord est sans aucun doute un tournant décisif dans l’histoire de l’aventure humaine. Il reflète la volonté politique, économique et sociale commune des gouvernements, villes, régions, citoyens, entreprises et investisseurs de combattre la menace existentielle d’un changement climatique en roue libre. »

>> Lire : L’UE s’engage dans des promesses très théoriques de financement avant la COP 22

À présent que l’accord est en vigueur, à quoi s’attendre ? À court terme, sans doute pas grand-chose. La conférence de l’ONU sur le climat qui se déroule à Marrakech du 7 au 18 novembre se concentrera probablement sur l’application de l’accord, qui n’est pas du tout précisée dans le texte. Les représentants des pays du monde devront ainsi parler déforestation, énergie, etc.

À ce jour, 97 des 197 États ayant signé le traité l’ont ratifié. Il est cependant évident qu’il va falloir accélérer le rythme des mesures pour atteindre les objectifs de l’accord. Un récent rapport de l’ONU souligne en effet que les engagements climatiques actuels devraient se traduire par une augmentation de température entre 2,9 et 3,4°C – donc bien plus que la limite de 2°C stipulée dans l’accord.

>> Lire : Malgré l’accord de Paris, le monde se dirige vers un réchauffement de 3°C

La CMA, la réunion des parties à l’accord de Paris, se rassemblera pour la première fois le 15 novembre. Lors de cette réunion, les négociateurs devraient toutefois décider de ne plus se rencontrer avant que les responsables aient pu renforcer l’application concrète de l’accord, ce qui pourrait ne pas se faire avant 2018.

Cela permettra aux pays qui doivent encore ratifier l’accord de manière individuelle, comme le Royaume-Uni, de rattraper le reste du peloton. De fait, si l’UE a ratifié l’accord, seuls sept États membres, représentant 5 % des émissions mondiales, ont à ce jour fait de même.

Les discussions de Marrakech devraient également déterminer les mécanismes qui permettront d’élever les objectifs au fil du temps, idéalement pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Un test devrait être réalisé en 2018, avant la première réévaluation officielle, en 2023.

Les parties à l’accord doivent également discuter de la feuille de route que devront suivre les pays riches, qui ont promis l’équivalent de près de 100 milliards d’euros en atténuation des effets du changement climatique aux pays en développement. D’une manière générale, la COP 22 devrait  se pencher en profondeur sur le financement de l’action climatique.

La conférence devrait par ailleurs dédier du temps à la concrétisation de l’accord de Kigali pour l’élimination des hydrocarbures fluorés (HFC). Un accord sur l’aviation a également été établi en parallèle à l’accord de Paris.

Brexit et climat

Theresa May, la Première ministre britannique, a déclaré que Londres ratifierait l’accord d’ici la fin de l’année, ce qui permettra au pays de participer aux négociations sur le financement et les mécanismes de révision à la hausse des ambitions. Reste cependant à savoir ce que le Brexit signifiera concrètement en ce qui concerne les engagements climatiques. Lors de la signature de l’accord dans le cadre de l’UE, Londres a accepté un objectif contraignant de réduction des émissions d’au moins 40 % d’ici 2030, comparé aux niveaux de 1990.

Depuis la cérémonie de signature à New York, le gouvernement britannique a validé la proposition de budget carbone de la commission sur le changement climatique, qui prévoit une réduction de 57 % des émissions britanniques entre 2028 et 2032.

>> Lire aussi : La justice britannique donne au Parlement son mot à dire sur le Brexit

Le Royaume-Uni post-Brexit pourrait donc non seulement avoir une place à la table des négociations, mais aussi encourager des objectifs ambitieux pour les réductions d’émissions. Il reste à espérer que le pays se montrera à la mesure de ses ambitions.

Élections américaines

À l’ouverture de la conférence sur le climat, tous les regards seront probablement tournés vers les États-Unis, dont les citoyens se rendent aux urnes le 8 novembre pour élire leur prochain président : Hillary Clinton ou Donald Trump.

Ce dernier ne cache pas son souhait de se retirer de l’accord de Paris et a qualifié à maintes reprises le changement climatique de « vaste blague ». Washington a ratifié l’accord de Paris en même temps que la Chine, les deux plus gros émetteurs de gaz de serre indiquant ainsi leur volonté de se diriger vers une économie à faibles émissions de carbone.

Les États-Unis ne pourront cependant pas se retirer de l’accord dans les quatre ans suivant la ratification. Une victoire du candidat républicain porterait cependant un sérieux coup à l’action climatique américaine, Donald Trump ayant notamment déclaré vouloir s’assurer que le charbon « durerait encore mille ans » aux États-Unis.

>> Lire : La menace Trump plaide pour une ratification rapide de l’accord de Paris