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01/10/2016

La transition écologique pourrait supprimer des emplois

Climat & Environnement

La transition écologique pourrait supprimer des emplois

Maroš Šefčovič

La transition vers une économie verte coûtera leur emploi à certains travailleurs, a admis Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne.

Lors de la conférence sur la transition vers une économie verte, qui a eu lieu à Bratislava la semaine dernière, Maroš Šefčovič a plaidé pour que les gouvernements nationaux s’assurent que personne ne sera laissé pour compte dans la transition écologique. « Le changement climatique constitue un danger imminent », a-t-il néanmoins rappelé.

« Nous ne devrions pas créer des entraves en négligeant les personnes qui pourraient être intimidées par cette transformation », a ajouté le commissaire, qui appelle à l’instauration de programmes sociaux pour reconvertir les employés dont le travail sera supprimé par la fermeture des industries polluantes.

Maroš Šefčovič, chargé de la stratégie d’union de l’énergie de l’UE, a estimé que cette génération était « celle de la transition de la vieille économie au carbone à un nouveau modèle durable ». Cette transition pourrait être une mine d’or pour l’emploi et la croissance, assure le commissaire qui ne veut « laisser personne sur le carreau », ce qui demandera des mesures adaptées.

Près de 9 millions d’Européens travaillent dans les industries vertes, un chiffre qui devrait atteindre 18 millions d’ici 2030. Ne pas réussir ce qu’ONG et syndicats qualifient de « transition juste » paverait la voie à la colère et à l’extrémiste, selon lui.

>> Lire : Les syndicats demandent plus de fonds pour les régions dépendantes du carbone

Insécurité

Pier Vellinga, professeur de changement climatique à l’université de Wageningen aux Pays-Bas, estime quant à lieu que la situation actuelle présente beaucoup de similarités avec les années 1930, une période de dépression économique qui a permis aux politiques des extrêmes de s’épanouir en Europe, pour mener à une guerre. « Il y a beaucoup de points communs, comme la xénophobie et le chômage », ajoute-t-il.

L’économie boiteuse, le chômage insistant, l’impératif de passer à une économie à bas carbone et les inquiétudes causées par la mondialisation rendent les Européens vulnérables aux politiques populistes, tout comme ce fut le cas après la Grande Dépression.

« Notre société est confrontée à des insécurités différentes. Nos frontières sont-elles sûres ? Comment nous protéger du terrorisme ? », a souligné Maroš Šefčovič. « Mon emploi est-il menacé, qu’arrivera-t-il à ma région, mes enfants auront-ils une vie meilleure que la mienne ?

L’accélération de la mondialisation met tout à coup tous les individus et toutes les entreprises en concurrence avec le reste du monde, et, en tant que société, nous avons du mal à intégrer ce changement radical. »

« Les similarités avec les années 1930 sont nombreuses », a également estimé Raffi Balian, du département d’État américain, également présent à la conférence de Bratislava. À l’époque aussi, de nouvelles technologies, comme les moteurs à réaction, les enregistrements magnétiques et la radiodiffusion MF ont laissé de nombreux citoyens à la traine, a souligné l’attaché régional pour l’environnement, la science, la technologie et la santé pour l’Europe centrale et orientale, une situation que les hommes politiques populistes ont su utiliser à leur avantage.

« On assiste à la même conversation aujourd’hui. Une des parties est très organisée et disciplinée, l’autre ne l’est pas, et ne parle pas aux citoyens », estime-t-il, ajoutant que les électeurs choisiraient naturellement l’ancienne vision de l’économie s’ils n’étaient pas encouragés vers l’avenir par les gouvernements et l’industrie.

« Certains chefs de gouvernement d’Europe centrale et orientale pensent toujours que le modèle du 20e siècle est toujours valide et que le modèle du 21e siècle n’est pas avantageux pour leurs citoyens », a par ailleurs regretté Raffi Balian.

>> Lire : Orbán considère l’Union de l’énergie comme une menace pour la Hongrie

Un avis partagé par Vidar Helgesen, ministre norvégien au Climat et à l’Environnement. « Les personnalités politiques sont le reflet des électeurs, et les électeurs ne sont pas toujours progressistes », a-t-il fait remarquer. « Nous n’avons jamais vu de transformation aussi complexe et rapide que celle-ci.

Son impact est beaucoup plus large que tout ce que nous avons expérimenté jusqu’ici. Nous devons nous préparer à beaucoup plus d’insécurités au niveau des individus et des foyers, et au niveau politique. »

>> Lire : La transformation vers une économie verte reste difficile

Le changement est cependant nécessaire, a assuré Han Bruyninckx, directeur exécutif de l’Agence européenne pour l’environnement. « C’est le défi ultime de notre économie et de notre société », a-t-il ajouté, avant de rappeler que l’humanité surexploitait les dangereusement les ressources de la planète.

Les décideurs politiques sont en train d’essayer de sauver l’industrie sidérurgique européenne, mais la protection d’une industrie aussi gourmande en énergie est-elle réellement la meilleure décision, s’est interrogé Pier Vellinga.

Cristiana Pasca Palmer, ministre à l’Environnement roumaine, estime qu’il est temps d’arrêter de parler de « transition » pour ce qui est en réalité une véritable transformation. Pour elle, la comparaison avec les années 1930 est exagérée, même s’il existe en effet une tension entre les tenants de différents modèles. « Nous n’avons pas besoin de crise pour enclencher la transformation », a-t-elle affirmé.

Pier Vellinga a cependant insisté sur le parallèle, rappelant que dans les années 1930, il y avait de l’argent, mais très peu d’investissements, tout comme aujourd’hui. C’est ce que se sont efforcés de corriger les représentants européens depuis la crise de 2008, afin de dynamiser l’économie et la croissance. Il a donc appelé à un programme d’investissement gouvernemental associé à de l’investissement privé, afin que l’UE puisse tenir tête à des géants comme la Chine.

« Nous demandons de l’investissement aux gouvernements », a martelé le professeur, qui admet que cette idée est « peu appréciée dans les cercles politiques », mais qu’elle « gagne en popularité dans les cercles économiques ». Pour lui, l’UE doit assouplir ses règles fiscales, afin d’encourager l’investissement.

>> Lire : La fiscalité verte est inexistante dans l’UE

La conférence sur la transition vers une économie verte était accueillie par la Slovaquie, actuellement à la présidence tournante de l’UE. La Slovaquie compte également obtenir l’approbation du paquet législatif sur l’économie circulaire et la ratification de l’accord de Paris durant les six mois de sa présidence. Ces deux initiatives sont essentielles à l’économie verte.

Contexte

 

Certains décideurs politiques appellent à une transition vers une économie verte. Une nécessité, estiment-ils, face à la menace du changement climatique, aggravée par les industries polluantes et les comportements consuméristes.

Cette transition représente cependant des défis majeurs en termes d’investissement, de changements des comportements et de diplomatie mondiale.

En décembre 2015, 195 gouvernements ont décidé de limiter le réchauffement climatique lors de la COP 21, à Paris. L’UE doit à présent traduire en lois cet engagement.

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