Un dispositif inédit à la COP21 pour aboutir à un texte d’ici jeudi

Réunion de travail entre Laurent Fabius, président de la COP21, et Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies, au Bourget. [Ministère des Affaires étrangère/Frédéric de La Mure]

Les ministres ont pris la main sur le projet d’accord remis à Laurent Fabius samedi. Au sein d’un « Comité de Paris » et de groupes transversaux, ils tentent de lever d’ici jeudi tous les points de blocages. Un article de notre partenaire La Tribune. 

Jusqu’ici, le timing a été respecté, et Laurent Fabius n’entend pas relâcher la pression sur les ministres qui, avec un jour d’avance sur le planning initial, ont commencé dès dimanche à travailler sur le projet d’accord de Paris réceptionné quelques heures auparavant par le président de la COP.

Celui-ci est maintenant ramené à 43 pages, l’accord lui-même (20 pages qualifiées de « lisibles » par les ONG) et deux annexes : la décision de mise en œuvre, qui concerne principalement le pré-2020, et un document reprenant les demandes d’ajouts des pays survenues au cours du week-end.

Afin de ne pas perdre une minute, Laurent Fabius, pour qui s’ouvre aujourd’hui « la semaine de l’espoir », a proposé dès samedi la création d’un organe baptisé « Comité de Paris ».

Cette « instance unique, ouverte à tous, afin de mener des consultations informelles » lui rendra compte au moins une fois par jour des progrès réalisés. Le président de la COP a également mandaté des ministres issus de toutes les zones géographiques pour animer quatre groupes de travail sur les points les plus débattus de l’accord.

La « mise en œuvre » recouvre le financement, les transferts de technologies et le renforcement des capacités des pays en développement ; la « différenciation » consiste à réserver un traitement distinct aux pays développés (historiquement responsables de la situation actuelle et mieux armés pour y faire face), à ceux en développement (aujourd’hui les plus gros pollueurs en valeur absolue) et aux plus pauvres, qui ne polluent pas mais sont les premières victimes de changement climatique.

Un troisième groupe de travail est dédié à l’ambition, autrement dit la nature et le niveau des objectifs de long terme et leur révision régulière. Un quatrième et dernier groupe (à ce jour, mais d’autres sont d’ores et déjà annoncés) concerne l’action pré-2020.

Le texte de l’accord attendu jeudi au plus tard

C’est que la présidence française de la COP veut maintenir la bonne impression qu’elle a faite jusqu’ici, et ce, bien avant le début de la COP, en mobilisant largement sur le climat via son réseau diplomatique mondial et son appartenance à de nombreuses instances internationales.

Le climat de transparence, un déroulement des négociations apparemment sans heurts et une remise ponctuelle du projet de texte samedi ont renforcé cette impression.

Laurent Fabius attend donc pour mercredi soir « une première vision d’ensemble de l’accord final » et un texte pour jeudi, susceptible de passer les étapes de traduction et de vérification juridique avant vendredi, date visée pour la signature.

Si le processus, comme c’est régulièrement le cas, débordait plus avant dans le week-end, cela risquerait, sur le plan médiatique, d’ensevelir totalement le sujet sous le deuxième tour des élections régionales…Mais le volontarisme de la France à vouloir à tout prix aboutir rapidement fait craindre à certains observateurs un risque de s’entendre sur le plus petit commun dénominateur….

En l’état actuel (mouvant) des choses, certains sujets ont progressé, notamment le principe d’une révision des objectifs tous les 5 ans. La limite à +1,5°C maximum de la hausse des températures (au lieu de 2°C) semble rallier de plus en plus d’Etats.

Mais elle implique d’agir immédiatement, car en 2020 ce sera déjà trop tard pour tenir ce cap. D’où la nécessité, au moins pour les pays les plus développés (le G20), de se remettre autour de la table le plus rapidement possible. Quand exactement, et sous quelle forme ? Le sujet n’est pas encore tranché.

Les pays développés refusent d’agir seuls

Mais c’est essentiellement la question des financements qui continue de faire débat, en particulier entre certains pays développés (notamment l’Union européenne) et d’autres en développement ou émergents.

Les Européens soulignent que le monde a profondément changé depuis le protocole de Kyoto et la séparation entre les pays développés et les autres qui faisait sens à l’époque.

Les pays développés ne pèsent aujourd’hui que 35% des émissions annuelles, et, à l’instar de la Chine, certains des pays en développement hier affichent aujourd’hui les plus fortes croissances.

Or, prévu pour entrer en vigueur en 2020, l’accord de Paris est censé régir les obligations respectives des uns et des autres pour les décennies suivantes. En outre, les financements des pays développés ne suffiront pas pour financer la transition vers une économie mondiale décarbonée.

D’où la nécessité, répète la délégation de l’Union européenne, d’élargir la base des donateurs aux pays en développement, sur la base du volontariat. Et de citer les exemples non seulement de la Chine, qui a promis 3 milliards de dollars aux pays africains, ou du Vietnam, qui a annoncé un don de 1 milliard de dollars pour le Fonds vert pour le climat.

Les Etats-Unis, eux, entendent faire supporter aux pays en développement une partie des obligations qui pèsent déjà sur les pays développés. Ils insistent notamment sur le principe MRV (measure, reporting, verification) auquel ils ne sont aujourd’hui pas soumis et devraient progressivement se convertir.