Un rapport tacle le bilan écolo du Plan Juncker

shutterstock-135094223

15% des projets financés par le plan Juncker concernent encore les énergies fossiles, dénonce un rapport de plusieurs ONG, qui dénonce l’absence de cohérence du plan d’investissement avec les objectifs  climatique de l’Union européenne.

Le plan Juncker, vaste programme d’investissement pour l’Europe, n’a pas suffisamment pris le tournant de la lutte contre le réchauffement climatique, dénonce un rapport de plusieurs organisations non gouvernementales.

>>Lire : Cañete défend le rôle environnemental du plan Juncker

Adopté dans la foulée de la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission en 2015, ce plan de 21 milliards d’euros doit apporter des garanties aux projets liés à l’environnement, aux infrastructures, à l’innovation ou encore aux PME en Europe, et mobiliser 315 milliards d’euros d’investissement d’ici à 2018.

Objectif climat

La question de la lutte contre le changement climatique figure d’ailleurs dans le cahier des charges du fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), le bras armé du Plan Juncker. «  Le « FESI devrait promouvoir les projets s’inscrivant dans le droit fil des objectifs énergétiques, climatiques et d’efficacité de l’Union » souligne le règlement.

Si les objectifs du plan de relance sont clairement définis dans la législation européenne, dans la pratique, un certain nombre de projets soutenus par le plan d’investissement sont en contradiction avec les objectifs européens, qui tablent sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici à 2030.

Le rapport du WWF, Bankwatch, le Réseau Action Climat Europe, Counter Balance et les Amis de la Terre  a analysé les 93 projets soutenus par le plan Juncker dans les secteurs de l’infrastructure et de l’innovation.

Pour la Banque européenne d’investissement, le FESI « contribue largement au respect des objectifs de l’action climatique » a indiqué un représentant à EURACTIV. « Plus de la moitié des 115 projets approuvés ont une composante climatique. S’ils se concrétisent, ces projets représenteront entre 25 et 30% de l’investissement total attendu » explique-t-il.

>>Lire : Les socialistes renoncent à orienter le plan Juncker vers l’efficacité énergétique

Première critique, alors que le plan Juncker a très largement contribué à des projets d’énergie renouvelable, une partie non négligeable des  projets soutenus dans le secteur de l’énergie concernent cependant les combustibles fossiles.

Le plan d’investissement « a ainsi consacré 1,5 milliard d’euros d’investissements supplémentaires dans les infrastructures de combustibles fossiles », souligne le rapport.  « En la matière, le plan Juncker ralentit le processus de cohérence de l’Union européenne avec l’Accord de Paris ».

En matière énergétique, si l’EFSI finance 40% de projets dans le secteur de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, il soutient « encore 15% de projets relevant des énergies fossiles ».

>> Lire : Les eurodéputés veulent dédier une partie du plan Juncker à l’efficacité énergétique

Le secteur des transports émetteurs a également bénéficié d’un soutien important. En effet, le rapport souligne que 68 %  des projets transport soutenus par le plan d’investissement concernent à « des infrastructures routières et des aéroports ».

L’EFSI a en effet financé « 5 autoroutes et 2 aéroports dans des pays où ces investissements ne peuvent pas être considérés comme prioritaires à savoir les Pays-Bas, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. » peut-on lire.

«Si l’Europe dispose des meilleurs plans d’investissement, elle entretient des points hémorragiques de dépenses vers des projets résolument non durables comme les autoroutes, les aéroports et les infrastructures gazières. L’Europe manque ainsi d’énormes opportunités de modernisation et ralentit sa transition vers une économie décarbonnée pourtant accessibles grâce à des investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique », a souligné Markus Trilling, responsable des campagnes pour des fonds soutenables en Union européenne pour Bankwatch et les Amis de la Terre Europe.

Faible additionnalité

Au-delà des aspects environnementaux, l’analyse des 93 projets montre une faible additionnalité, selon le rapport. Selon les ONG, le plan Juncker soutient fortement le secteur de l’énergie, mais parallèlement la Banque européenne d’investissement « a fortement diminué ses prêts au même secteur », ce qui entame la rapidité de la transition énergétique européenne.

« Le WWF demande à ce que les futurs investissements financés par le bras armé du plan Juncker soient, dans le domaine des transports et de l’énergie, alignés sur l’objectif de neutralité carbone de l’accord de Paris. Ces investissements devaient démontrer en quoi ils contribuent à cet objectif. Cela permettrait de financer des projets de manière additionnelle à ce que fait la BEI aujourd’hui, ce qui n’est clairement pas démontré dans le cas des 93 premiers investissements analysés ». a demandé Pascal Canfin, directeur général du WWF France.

Contexte

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé un plan de mobilisation de 300 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne.

Le commissaire à l'emploi, la croissance, l'investissement et la compétitivité, Jyrki Katainen espérait que le paquet comprenne un partenariat public-privé, une plus grande capacité de prêt pour la BEI, ainsi que d'autres organes de prêt de l'Union, un plus grand nombre « d'investissements » par les États membres dans les domaines comme les infrastructures et la réalisation du marché unique.

Selon la campagne « Renovate Europe », la demande d'énergie pourrait être diminuée de 80 % grâce aux nouvelles technologies, mais, selon les auteurs, il est nécessaire de mettre en place une réglementation et un cadre législatif efficace afin d'atteindre un tel objectif.

Défenseurs de l'environnement et décideurs politiques s'accordent sur le fait que la rénovation de bâtiments pour une meilleure efficacité énergétique pourrait réduire considérablement les émissions de CO2, dynamiser l'économie et renforcer la sécurité énergétique.