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24/08/2016

Un site français réunit les données scientifiques sur le carbone

Climat & Environnement

Un site français réunit les données scientifiques sur le carbone

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Le projet Global Carbon Atlas propose un site internet regroupant l'ensemble des données scientifiques disponibles sur le dioxyde de carbone.

Le Laboratoire des Sciences de l'Environnement vient de mettre en ligne un projet unique en son genre. L'Atlas global du carbone, ou Global Carbon Atlas est un programme de recensement de toutes les données scientifiques existantes en matière de dioxyde de carbone.

 

L'idée est de rassembler en un site unique toutes les recherches, dont les résultats peuvent diverger, mais, qui vont globalement dans le même sens.

 

« On a beaucoup de rapports où les données ne sont pas bien référencées par rapport à leurs sources. Ici, il y aura toutes les sources » assure Philippe Ciais, en charge du projet au Laboratoire des Sciences du Climat, un centre de recherche du CEA et du CNRS.

 

Le site a été réalisé en France, mais les données renvoient aux serveurs des 30 laboratoires universitaires ayant contribué au projet. Des universités des pays du Nord, mais aussi de Chine on travaillé avec les chercheurs, et un laboratoire brésilien devrait bientôt entrer dans la boucle.

 

Le site a été mis en ligne mercredi 20 novembre, pour coïncider avec la publication annuelle des émissions de CO2 du Global Carbon Project, qui représente une initiative plus ancienne.

 

Cette année, les émissions de CO2 devraient représenter un nouveau record à 36 milliards de tonnes. Les émissions provoquées par l'homme sont estimées à 550 milliards de tonnes depuis le début de la révolution industrielle jusqu'à aujourd'hui. Elles doivent se limiter à 350 milliards de tonnes supplémentaires durant le siècle actuel, si l'on veut limiter l'envolée des températures à + 2 degrés, selon les spécialistes. Leur évaluation représente donc un enjeu majeur.

 

Un site pédagogique et scientifique

 

L'intérêt du site est à la fois pédagogique et scientifique. Il alimente le débat sur l'anthropocène, cette période qui marque l'impact de l'homme sur le climat, que l'IPCC fait démarrer en 1750.

 

« Mais selon les données, on s'aperçoit que les émissions de CO2 de l'homme ont pu varier de façon importante auparavant » constate le scientifique.

 

Ainsi, les évolutions importantes de population à la hausse ou à la baisse ont souvent eu un impact sur les émissions de dioxyde de carbone. L'arrivée des Mongols en Chine, qui a décimé la dynastie Ming, a entraîné une chute brutale de la population et un recul des émissions de CO2 lié à la reforestation. Le même phénomène a pu être constaté au XIVe siècle en Europe, lorsqu’une épidémie de peste a réduit la population de plus d'un tiers, avec 25 millions de morts.

 

Le croisement systématique des données proposées par l'Atlas du Carbone permet aussi d'identifier les anomalies. « Aujourd'hui, on a un problème qui est la marge d'erreur, en raison des audits plus ou moins rigoureux menés par certains pays. Par exemple en Chine la marge d'erreur de comptabilité des émissions est de 15 %, contre 3 à 4 % ailleurs », explique le chercheur.

 

Les émissions officielles de la Chine ont ainsi chuté de 10 % entre 1997 et 2000. En 1997, un type de charbon chargé en souffre et donc polluant avait été interdit. Son utilisation n'a pourtant pas été supprimée du jour au lendemain, mais progressivement. « C'est sans doute que les déclarations officielles étaient erronées », estime Philippe Clais.

 

L'initiative est bienvenue alors que le scepticisme sur la question climatique revient de façon récurrente. « C'est un outil de déclenchement de la lutte contre le changement climatique », assure Michel Pébereau, président d'honneur de la Fondation BNP Paribas qui a participé au financement du projet.

Contexte

Le ?« paquet climat » adopté par l'Union européenne représente une série de mesures qui traduisent les engagements de l'Europe lors du protocole de Kyoto.

Le lancement du marché du carbone en 2005 et la politique de soutien aux énergies renouvelables sont les principaux piliers de cette politique. L'Europe discute actuellement du cap 2030 et des objectifs 2050. Les objectifs 2020 sont quasiment déjà atteints.