Une majorité d’états veut limiter la hausse des températures à +1,5 °C

Réunion du forum de la vulnérabilité climatique, à Paris, le 30/11

Une majorité d’Etats, soit 106 sur 196, souhaite ramener l’objectif des 2°Celsius de la COP21 à 1,5°. Les pays les plus vulnérables appellent à un objectif de 100 % de renouvelables en 2050.

Le Forum des Etats les plus vulnérables, qui rassemble depuis 2009 les Etats les plus exposés au changement climatique, a fait salle comble lors d’une rencontre à la COP21. La mobilisation de cette coalition hétéroclite, mais directement concernée par l’accumulation de gaz à effet de serre, s’avère en effet cruciale pour le futur de la COP21. Elle rassemble des pays en voie de développement de taille importante, comme les Philippines ou le Bengladesh, qui se rangent d’ordinaire durant les négociations climatiques, dans le groupe des 77.

Une ambition climatique venue du Sud

Or les Etats les plus vulnérables sont clairement sortis du rang en appelant à revoir les ambitions de la COP21 à la hausse, avec un thermomètre dont la hausse serait limitée à + 5 °C, et un objectif commun de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050. Il s’agit de la demande la plus ambitieuse de la conférence jusqu’alors, et qui s’avère soutenue par une majorité de pays. Elle rejoint en effet la position des petits états insulaires, regroupés dans l’appel de Manille.

«Si nous plaçons le curseur à +2 °, environ 100 millions de personnes passerons à la trappe, et la plupart sont dans les pays en voie de développement. Il y a suffisamment de technologies et d’argent, mais pas assez de volonté politique » regrette Saleemul Huq, de l’International Center for Climate Change and Devlopment, au Bengladesh.

Changement climatique et droits de l’homme

Au sein de la coalition, le Costa Rica donne un exemple de succès. « Nous avons réduit nos émissions de CO2, tout en étant le pays avec la plus forte croissance économique de notre région » a assuré Manuel Gonzalez, ministre des affaires étrangères du Costa Rica.

Le petit pays côtier est aussi très exposé au changement climatique, estime que limiter la température à une hausse de 1,5 °C permettra plus de sécurité, mais aussi plus de justice.

« Il faut que les gens comprennent le lien entre les droits de l’homme et le changement climatique. Nous, en tant qu’états exposés, nous sommes à la merci de la réponse collective qui sera faite au changement climatique.

Dans le Pacifique, 70 % des habitants de Kiribati et Tuvalu sont déjà prêts à quitter leur pays si les conditions se détériorent, selon une enquête conjointe ONU-UE réalisée auprès de 6852 personnes. Mais seul un quart des locaux auraient les moyens d’émmigrer, ce qui laisse les autres pris au piège d’un environnement hostile.

Un point de vue dramatique partagé par le président des Philippines, Benigno S. Aquino III, qui a appelé le reste du monde à la « justice et la solidarité », en rappelant que les Philippins étaient déjà, en tant qu’individus, des survivants, après les terribles typhons endurés par l’archipel

Des négociations en ordre dispersé

Mais au niveau des négociations, les Etats avancent toutefois en ordre dispersé, ce que Christiana Figueres, secrétaire générale de l’UNFCCC, le bras armé de l’ONU sur le climat, leur a d’ailleurs reproché.

« Je vous félicite pour cette mobilisation, mais maintenant comment on transforme cette initiative en action concrète ? Je ne vois pas les pays (du forum) travailler dans une stratégie claire et articulée. C’est vous-même qui allez déterminer si au final nous avons un accord ambitieux ou pas » a assuré la grande prêtresse des négociations.

Car s’ils s’expriment en petit comité, les pays plus vulnérables se rangent derrière les mastodontes diplomatiques comme la Chine ou d’autres pays du G77 au niveau des négociations diplomatiques.

Or s’ils ne sont a priori pas près de changer de position, dans la mesure où leurs engagements ne permettent pas d’atteindre les 2°Celsius, un mouvement de soutien croissant en faveur des 1,5° semble apparaître. Ainsi, Laurent Fabius et Hollande ont appelé à « limiter la température à +2°, voire 1,5 ° dans leurs discours d’ouverture.

Contexte

Pour parvenir à un nouvel accord universel sur le climat, applicable à tous, les délégués des 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont régulièrement réunis pour avancer sur le texte qui sera voté à Paris en décembre.

Lors de la première session de négociations, du 8 au 13 février à Genève (Suisse), ils ont poursuivi les travaux à partir des premiers éléments déjà produits lors de la COP20 de Lima (Pérou), du 1er au 14 décembre 2014. Au terme d’une semaine de travail, les délégués se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages devant servir de base pour les sessions suivantes au nombre de quatre. La dernière session a eu lieu du 19 au 23 octobre à Bonn (Allemagne), siège de la CCNUCC. Les 1 300 délégués ont finalisé le texte qui sera discuté lors de la COP21

En parallèle du processus de négociation, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international et futur président de la COP21 Laurent Fabius a organisé deux réunions de consultations ministérielles informelles, en juillet (en savoir plus) et en septembre (en savoir plus), à Paris. L’objectif de ces séances de travail a été de trouver des compromis pour permettre d’avancer dans les négociations. Plus d’une cinquantaine de ministres ont répondu à chaque fois à l’invitation.

Cette année de négociations a été marquée par la publication du rapport de l’OCDE avec le think tank Climate Policy Initiative sur les financements climat le 7 octobre. D’après le rapport, 62 milliards de dollars ont été mobilisés en 2014 par les pays développés en faveur des pays en développement pour les aider à faire face aux changements climatiques (en savoir plus). Une annonce qui a permis constater que l’objectif des 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pris par les pays développés à Copenhague en 2009 (en savoir plus), est à portée de main.

En plus du volet financier, l’autre temps fort a été la publication du rapport de synthèse de la CCNUCC sur les contributions nationales le 30 octobre. Les pays avaient jusqu’au 1er octobre pour publier leur feuille de route sur leur politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), afin qu’elles soient comptabilisées dans la synthèse. La CCNUCC a étudié l’impact de 146 contributions nationales. En l’état, la trajectoire mondiale des émissions de GES dessinée par les contributions publiées nous situeraient en 2030 sur une trajectoire menant à environ 3°C à la fin du siècle, comprise entre 2,7 et 3,5°C. Le scénario du pire, avec un réchauffement proche des 4,5 voire 6°C, qui correspond aux trajectoires actuelles d’émissions et jusqu’ici considéré par les scientifiques comme le plus probable, s’éloigne. Grâce à ces contributions, l’objectif des 2°C d’ici 2100 peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique . Un des enjeux de l’accord de Paris sera de mettre en place un mécanisme de révision périodique, idéalement tous les cinq ans, pour relever l’ambition de chacun et d’améliorer progressivement la trajectoire collective.

Le dernier rendez-vous avant la COP21 a eu lieu à Paris du 8 au 10 novembre à Paris. Plus de 60 ministres venus du monde entier ont répondu à l’invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pour la pré-COP.

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