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11/12/2016

VW et Shell s’unissent contre les voitures électriques

Climat & Environnement

VW et Shell s’unissent contre les voitures électriques

VW attaque les voitures électriques.

[Clever Cupcakes/Flickr]

Volkswagen et Shell veulent contrer la promotion des véhicules électriques et plus efficaces de la Commission. Un article de notre partenaire, The Guardian.

L’UE prévoit deux nouveaux objectifs d’efficacité des carburants pour 2025 et 2030, afin de respecter ses promesses de la COP 21, en décembre dernier. Volkswagen (VW) et Shell semblent en avoir décidé autrement : le 27 avril, ils ont présenté une étude promouvant une plus grande utilisation des biocarburants, le signalement des émissions des véhicules et le maintien du système de quotas.

En réalité, les propositions des deux géants impliqueraient la fin de toute nouvelle action réglementaire sur les émissions de voitures pour plus de dix ans, indiquent certaines sources européennes.

Les hybrides et des véhicules plus efficaces sont importants pour l’avenir, mais, en attendant la transformation du secteur, il faudra augmenter les parts des biocarburants, assure Ulrich Eichhorn, nouveau directeur pour la recherche et le Développement chez VW.

« D’ici 2020, les moteurs modernes au diesel et au gaz naturel seront absolument nécessaires au respect des objectifs d’émissions de CO2 et contribueront également à la poursuite des réductions après cette date », a-t-il déclaré lors d’un événement à Bruxelles. Selon lui, pour atteindre les objectifs de Paris, « les coûts sociaux doivent être minimisés, afin de soutenir notre compétitivité et notre vigueur industrielle ».

L’étude présentée par Shell et VW, réalisée par Roland Berger pour la coalition des carburants des véhicules, fait une série d’hypothèses pessimistes sur le coût de l’amélioration de l’efficacité des carburants et des allégations très optimistes sur les émissions entrainées par les biocarburants. Un parti-pris qui ne correspond pas à une étude récente affirmant que les biocarburants les plus polluant émettent trois fois plus de carbone que le diesel.

>> Lire : Le biodiesel plus nocif que l’essence pour l’environnement

« Ces deux industries viennent de réaliser qu’elles avaient un intérêt commun », explique une source au sein des institutions européennes. « Quand on voit qui a payé l’étude, on sait tout de suite quelles seront ses conclusions. »

Une position en porte-à-faux avec la réalité

Les activistes soulignent que les véhicules électriques sont bel et bien en plein essor, une hypothèse confirmée par les 400 000 commandes du nouveau Model 3 de Tesla, ou encore l’intention du parlement néerlandais d’interdire les moteurs à l’essence et au diesel d’ici 2025. Le 28 avril, Berlin a également promis une subvention d’un milliards d’euros pour encourager l’achat de véhicules électriques.

L’étude produite par VW et Shell mise pourtant sur un manque d’intérêt du public vis-à-vis des voitures électriques dans la décennie à venir, et ce jusqu’à l’installation de cinq millions de centres de recharge et d’une chute des prix de l’électricité renouvelable. Une analyse européenne a déjà dévoilé que le rapport prix-compétitivité des énergies renouvelables était en hausse rapide, avec l’éolien en première place.

« L’électrification prend un essor rapide dans les marchés comme la Chine, la Norvège ou les Pays-Bas. Les législateurs européens doivent prendre des mesures fortes qui pousseront le secteur automobile à développer des produits compétitifs dans ce nouveau marché très porteur », assure Christoph Wolff, directeur exécutif de la Fondation européenne pour le climat, au Guardian.

Par ailleurs, l’Arabie Saoudite a récemment déclaré vouloir s’affranchir de sa dépendance au pétrole d’ici 2030.

Le vice-président de la stratégie en aval de Shell, Colin Crook, n’en démords cependant pas : « les carburants liquides continueront à être nécessaires pendant la transition [vers une économie à faibles émissions], étant donné que les moteurs à combustion interne devraient continuer à animer la plus grande partie des transports pour de nombreuses années encore ».

Le géant pétrolier néerlandais a fait un énorme investissement dans l’éthanol brésilien, et Colin Crook assure que les biocarburants ont un rôle important à jouer à l’avenir, même s’il faudra pour cela mettre en place des incitations politiques. « Les nouveaux carburants doivent être financièrement soutenus par les gouvernements, afin de financer le développement de la technologie est de réduire le risque lié à l’investissement », estime-t-il.

Le transport routier représente actuellement un cinquième des émissions de gaz à effet de serre en Europe. L’UE s’est fixé un objectif de réduction des émissions du secteur du transport de 60 % d’ici 2050, comparé aux niveaux de 1990. Les émissions actuelles ont commencé à diminuer, mais sont encore 20 % trop élevées.

D’ici 2021, les nouvelles voitures ne pourront plus émettre plus de 95 grammes de CO2 par kilomètre. Pour s’approcher de zéro émission,  il faudra pourtant augmenter considérablement la production d’électricité renouvelable et le nombre de véhicules électriques.

Carlos Calvo Ambel, analyste pour le groupe de réflexion Transport & Environment, est catégorique : l’Europe n’atteindra absolument pas ses objectifs de réduction des émissions si elle suit les conseils de l’étude de la coalition des carburants.

« Les constructeurs automobiles, sociétés pétrolières et producteurs de biocarburants ont lancé une tentative désespérée de dissuader l’Europe de mettre en place des normes d’efficacité des carburants pour les voitures, les vans et les camions, d’encourager les véhicules électriques et de prendre bien d’autres mesures pourtant très nécessaires dans le secteur des transports », conclut-il.