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11/12/2016

L’ancien commissaire réfute toute responsabilité dans le Dieselgate

Climat & Environnement

L’ancien commissaire réfute toute responsabilité dans le Dieselgate

Günter Verheugen a affirmé qu’il n’y avait aucune preuve de manipulation des tests sur les émissions de gaz polluants avant 2010.

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Günter Verheugen a affirmé qu’il n’y avait aucune preuve de manipulation des tests sur les émissions de gaz polluants avant 2010 pour se défendre des accusations de complicité avec l’industrie automobile.

Alors que le scandale autour de Volkswagen s’est calmé, l’ancien commissaire à l’industrie et à l’entreprise, Günter Verheugen, s’est présenté devant la commission d’enquête du Parlement européen le 30 août.

>> Lire : La commission d’enquête Volkswagen sur les rails au Parlement européen

Le commissaire allemand a affirmé que les règlements européens, établis pendant son mandat à la Commission, de 2004 à 2010, étaient « sans équivoque », dans une tentative de réfuter les allégations selon lesquelles la manipulation des tests avait été possible grâce à des politiques excessivement favorables à l’industrie.

Pas de « conflits d’intérêts inhérents »

Günter Verheugen a admis qu’à l’époque la croissance et l’emploi avaient été « sans aucun doute une priorité » pour la Commission, mais a maintenu que, selon lui, il n’y avait pas eu de « conflits d’intérêts inhérents » entre les politiques industrielles et environnementales.

L’ancien vice-président de la première Commission Barroso s’est également défendu contre les accusations d’accords passés avec l’industrie automobile. « Mon travail n’était pas pour l’industrie, mais pour les citoyens », souligne-t-il.

L’an dernier, les États-Unis ont découvert que certaines voitures VW, qui roulaient au diesel, avaient été équipées d’outils falsifiant les tests d’émission de gaz. Selon les données fournies par le fabricant de voitures allemand lui-même, ce logiciel a été installé dans 11 millions de voitures dans le monde entier.

Pas de preuves

Alors qu’il occupait ses fonctions, il n’y a « pas eu de preuves » que le fabricant de voitures utilisait des outils pour améliorer leurs résultats de tests, a soutenu Günter Verheugen face aux eurodéputés. « Je ne pensais même pas que c’était possible, d’un point de vue moral. Ni même d’un point de vue technique », a-t-il affirmé.

Il a également rappelé à la commission que les États membres étaient responsables de la mise en œuvre et le contrôle des lois européennes.

L’eurodéputée Cornelia Ernst a accusé l’ancien commissaire d’essayer de se défaire de ses propres responsabilités. Selon elle, il « soutient les intérêts du lobby automobile » et ne s’est pas assuré que les réglementations européennes étaient véritablement appliquées.   Le PPE a indiqué que la réunion de deux heures avec Günter Verheugen n’avait apporté aucun éclaircissement concernant le dieselgate.

>> Lire : Malgré le Dieselgate, les États membres freinent sur la réforme des émissions

Étant le « père » de la législation posant problème sur les émissions de gaz, il devra « fournir davantage de réponses », a expliqué le porte-parole du PPE, Krisjanis Karins. Les eurodéputés ont déclaré qu’ils « n’en avaient pas fini » avec l’ancien commissaire.

Günter Verheugen avait initialement refusé de se présenter devant la commission d’enquête. Il avait justifié sa « réticence » en invoquant des raisons purement législatives, étant donné qu’il n’était pas certain de pouvoir parler au nom de la Commission, en tant qu’ancien membre.

Réactions

« M. Verheugen a confirmé la passivité coupable dont a fait preuve la Commission durant tout son mandat. Non seulement il a reconnu que l’interdiction des dispositifs d’invalidation par le règlement de 2007 était trop vague, mais il a également été incapable de dire pourquoi la Commission avait pu réagir si vite au dieselgate de 1998, qui concernait les poids lourds, alors qu’elle a été si lente à le faire pour les voitures. Cette passivité, sous son mandat comme sous celui de son successeur Mr Tajani (auditionné le 5 septembre) a fait perdre 10 ans à la lutte contre la pollution atmosphérique en Europe », a affirmé Karima DELLI, Vice-Présidente de la Commission EMIS. « J’espère grandement que tous les États invités à être auditionnés répondront favorablement, comme M. Verheugen a fini par le faire. […] À travers le dieselgate, on voit bien que la France donne la priorité à un constructeur automobile plutôt qu'à notre santé. Et que l'Union européenne ne se tirera d'affaire qu'à la condition de ne plus laisser les mains libres aux États-membres et leurs industriels pour gérer un secteur aussi sensible. C'est pourquoi dès jeudi, je présenterai en commission TRANSPORTS du Parlement européen un projet de rapport dans lequel est exigée la création d'une Agence européenne indépendante, dont la fonction sera de superviser l'homologation des véhicules automobiles sur le marché européen. C'est à ce prix que la santé publique sera préservée. »