Washington se rallie à l’objectif minimum de 1,5°C à la COP21

Sit-in dans le Hall 2 du Bourget, où se tient la COP 21. [James Crisp]

Les États-Unis ont annoncé leur adhésion à la coalition qui milite pour que l’accord de la COP 21 comprenne un objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C au minimum.

Todd Stern, l’envoyé des États-Unis pour le climat, a déclaré lors d’une conférence de presse que l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C, au minimum, devait être inclus dans l’accord final de la Conférence de l’ONU sur le Climat (COP 21). L’objectif initial de la COP 21 était de parvenir à un accord pour limiter le réchauffement à 2 °C.

L’envoyé spécial américain s’est joint à des représentants de la coalition des pays en développement, de l’Allemagne, de la Norvège et de l’UE, représentés par le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete. Au départ constituée des membres de l’UE et de 79 pays en développement africains, caraïbes et du Pacifique, la coalition pour un accord ambitieux s’est élargie depuis le 7 décembre.

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EURACTIV avait alors demandé à Miguel Arias Cañete si l’objectif de 1,5 °C était une condition sine qua non pour les pays de la coalition, qui ont assuré qu’ils ne signeraient pas l’accord s’il n’est pas réellement ambitieux. Le commissaire a refusé de répondre.

Plus tard dans la journée, une autre source européenne a néanmoins souligné que cet objectif serait inclus à l’accord final, ainsi que l’objectif de 2 °C, afin de graduer les progrès à venir.

Barbara Hendricks, la ministre allemande de l’Environnement, a appelé à une réelle reconnaissance de l’objectif de 1,5 °C dans l’objectif final. Miguel Arias Cañete a souligné que l’UE n’était pas contre cet objectif, mais que les discussions étaient encore en cours.

« La proposition d’accord publiée aujourd’hui [9 décembre] n’est pas encore assez percutante et ambitieuse. Je suis donc extrêmement content de voir que les États-Unis nous ont rejoints », a déclaré le commissaire.

La coalition pour un accord ambitieux compte environ 100 nations développées et en développement. Elle pourrait donc avoir une certaine influence sur les pays réticents à un accord réellement décisif, surtout depuis que les États-Unis, un des plus gros émetteurs de CO2 du monde, s’est joint à l’initiative.

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Ensemble, ces pays appellent à un accord légalement contraignant, juste et durable, qui impose un objectif à long terme, un réexamen tous les cinq ans et un système d’évaluation des progrès.

La situation a évolué rapidement à la COP 21 ce mercredi, quand John Kerry a appelé à un système contraignant et transparent de suivi des progrès des nations. Il a également annoncé un doublement des subventions pour les pays en développement.

Cette déclaration a été suivie par la publication de la dernière proposition d’accord en date, vivement critiquée par les ONG parce qu’elle exclut le transport aérien et maritime international. 

Aviation et transport maritime

Après que Washington a rejoint la coalition pour un accord ambitieux, Miguel Arias Cañete a assuré aux journalistes que l’UE luttait pour la réintroduction de ces deux secteurs. Il a décrit leur suppression de l’accord de « régression ».

Une proposition précédente, datée du 5 décembre, incluait un paragraphe optionnel mettant en valeur ces deux secteurs, justement, et encourageant les États à limiter leur empreinte carbone « dans le but de s’accorder sur des mesures concrètes pour réduire les émissions de ces secteurs ».

Si ce passage n’imposait pas de mesure spécifique aux États, il aurait encouragé des efforts nationaux qui auraient fait augmenter les coûts du transport.

L’aviation et le transport maritime représentent environ 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et ce chiffre devrait encore augmenter de manière considérable dans les années à venir si aucune mesure de réduction n’est prise. La Commission européenne estime que le transport aérien et maritime pourrait ainsi constituer un tiers des émissions d’ici 2050.

« L’exemption des émissions issues des secteurs aérien et maritime de la proposition d’accord sur le climat […] met réellement en danger notre capacité à limiter le réchauffement à 2 °C », expliquent dans un communiqué commun les organisations Seas at Risk et Transport & Environment. Le Réseau action climat européen partage cet avis.

Après la publication de la proposition d’accord, les organisations de la société civile ont orchestré un sit-in dans l’un des halls principaux de la COP. 

Cette manifestation de leur mécontentement, qui a rassemblé 500 personnes, selon ses organisateurs, n’a toutefois pas été officiellement autorisée. Les manifestations organisées par les ONG à la COP 21 doivent respecter une série de conditions, comme le fait de ne pas dénoncer de pays spécifique.

« L’UE a pour objectif annoncé un accord juste et ambitieux, mais risque d’être responsable d’un résultat injuste et inéquitable. Il reste des questions essentielles à régler, comme le financement de la lutte contre le climat et le soutien aux pays les plus vulnérables. L’UE doit donc hausser le ton et faire sa part pour que l’accord ne soit pas défavorable aux plus pauvres », estime Susann Scherbarth, spécialiste de la justice climatique et de l’énergie chez les Amis de la Terre Europe, une des ONG à l’origine du sit-in.

Elle n’est que moyennement convaincue par la coalition pour un accord ambitieux : « l’UE ne peut pas se cacher derrière des alliances, elle doit s’engager à limiter ses émissions et à financer la lutte ».

C’est le fait que la dernière proposition comporte encore de nombreux vides sur les points les plus délicats de la conférence, qui réunit près de 200 pays, qui a motivé la manifestation.

Ces points incluent notamment le coût de la transition vers un système à faibles émissions de carbone – qui s’en chargera ? – et la fréquence à laquelle les nations devraient revoir leurs objectifs à la hausse.

« C’est donc en particulier sur ces sujets que je vous demande d’intensifier vos consultations pour aider à bâtir rapidement des solutions de compromis », a déclaré Laurent Fabius, président de la COP 21, lors d’une intervention le 9 décembre.

Il a annoncé que le texte de l’accord avait été raccourci, de 43 pages, il est passé à 29, et que les trois quarts des sujets de désaccord avaient été résolus.

Les États en développement exigent que les gouvernements des pays riches augmentent leurs financements. D’ici 2020, ils sont déjà censés verser environ 90 millions d’euros par an.

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Les pays les plus riches réagissent cependant assez mal aux formules qui les contraindraient à augmenter leurs aides. Ils sont favorables à une autre option, qui mobiliserait également des ressources privées et des donations d’un éventail plus large de pays, incluant par exemple la Chine.

Ian Duncan, un conservateur britannique, est l’eurodéputé chargé de la réforme du système européen d’échange de quotas d’émissions. « Pour la Chine, c’est le début de la partie. [Jusqu’ici] le pays qui émet le plus de CO2 au monde, la deuxième économie de la planète a réussi à éviter d’avoir quoi que ce soit à payer aux nations qui souffrent des conséquences du changement climatique », explique-t-il. « Trois quarts des problèmes du texte ont été résolus, c’est très bien, mais il reste encore beaucoup de travail, et seulement deux jours avant la fin de la COP 21. »

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont commencé en 1992. Tous les ans, l'ONU organise une conférence internationale sur le changement climatique appelée la Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence en décembre 2015.Les États participants doivent y conclure un accord pour remplacer le protocole de Kyoto, dont le but était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. 

Prochaines étapes

  • 11 décembre : Dernier jour de la COP 21.

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