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04/12/2016

Malgré l’accord de Paris, le monde se dirige vers un réchauffement de 3°C

Climat & Environnement

Malgré l’accord de Paris, le monde se dirige vers un réchauffement de 3°C

Une illustration saisissante du réchauffement climatique. Le retrait de ce glacier au Canada est très visible. [Shutterstock]

L’entrée en vigueur de l’accord de Paris, ce 4 novembre, n’empêchera pas un réchauffement accéléré des température si l’on s’en tient aux engagements actuels. Un article de notre partenaire The Guardian.

Le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) indique que les promesses faites pour réduire les émissions de CO2 seront entravées par une hausse de température de 3°C au-dessus du niveau préindustriel, soit bien au-delà des 2°C de l’accord de Paris sur le Climat, qui entre en vigueur aujourd’hui (4 novembre).

>> Lire : L’Accord de Paris entrera en vigueur le 4 novembre

Il faut réduire les émissions d’au moins un quart d’ici la fin de la prochaine décennie, et par rapport aux tendances actuelles, assure l’ONU. Son rapport indique que les émissions d’ici 2030 atteindraient probablement les 54 à 56 gigatonnes d’équivalent CO2 par an, très loin des 42 gigatonnes par an qui permettrait de limiter le réchauffement de la planète à 2°C.

Pour Erik Solheim, chef du PNUE, le monde « est sur la bonne voie » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le changement climatique, mais des mesures urgentes doivent être prises pour éviter d’avoir recours à des réductions aussi drastiques des émissions à l’avenir. « Si nous n’agissons pas davantage aujourd’hui, nous pleurerons face à une tragédie humaine évitable. »

Il a notamment prévenu que les gens commenceraient à être déplacés par les effets du changement climatique, qui entrainerait des sècheresses, des famines, des maladies et des conflits. La migration de masse comme conséquence du réchauffement climatique est difficile à séparer des autres causes de migration, pourtant, elle risque de devenir un problème majeur.

Cette année est en passe de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée, selon la NASA. Elle éclipse déjà les records de chaleur de l’année dernière et illustre les hausses de température et les problèmes qui en découlent.

Dans l’accord de Paris, conclu en décembre dernier, tous les gouvernements du monde se sont accordés à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour maintenir le réchauffement climatique à 2°C, qui est, selon les scientifiques, la limite de sécurité. Cet accord a été ratifié par les États-Unis, la Chine et l’Union européenne, entre autres.

Néanmoins, même si tous les gouvernements impliqués dans l’accord de Paris ont fixé leurs propres objectifs à échelle nationale, ceux-ci ne sont pas juridiquement contraignants. Par ailleurs, certains pays ont mis en place des plans concrets pour mettre en œuvre leurs promesses.

>> Lire : L’UE s’engage dans des promesses très théoriques de financement avant la COP 22

L’année prochaine, les signataires de l’accord de Paris se rassembleront à Marrakech pour étoffer certains aspects de l’accord conclu l’année dernière. Les plus optimistes espèrent que les pays présentent des plans d’action plus complets sur la manière dont ils vont réduire les émissions et que ceux qui n’ont pas encore ratifié l’accord le fassent au Maroc.

Cependant, personne n’a prévu d’annoncer de nouveaux objectifs à la hauteur de ce que le rapport du PNUE suggère. Les nations ont actuellement des objectifs nationaux pour réduire les émissions d’ici à 2020, fixés en 2009 lors d’un sommet de l’ONU à Copenhague, ainsi que les engagements pris à Paris qui s’appliquent de 2025 à 2030.

« C’est un avertissement retentissant qui ne peut être ignoré – des actions plus fermes sont nécessaires pour empêcher le monde de courir vers la catastrophe », a déclaré Asad Rehman, militant chez les Amis de la Terre. « En respectant les objectifs ambitieux de l’accord de Paris, les gouvernements prennent le bateau de la dernière chance. »

>> Lire : Les eurodéputés déplorent les insuffisances de l’accord sur l’aviation

« Le rapport du PNUE confirme qu’il y a eu une accélération incroyable de la transition vers une économie à faible émission de carbone l’année dernière, mais les gouvernements doivent prendre davantage de mesures s’ils veulent atteindre les objectifs fixés dans l’accord de Paris », a lui aussi estimé Richard Black, directeur du groupe de réflexion Energy and Climate Intelligence Unit.

Un autre accord sur le climat important a été signé ces dernières semaines. Dans le cadre du protocole de Montréal de 1987, les pays se sont accordés à éliminer les gaz néfastes pour la couche d’ozone. Certaines des substances se sont révélés être beaucoup plus puissantes que le dioxyde de carbone dans le réchauffement de la planète.

Les pays ont aussi décidé de supprimer les hydrocarbures fluorés utilisés dans les systèmes de climatisation et de réfrigération. Si ces objectifs sont pleinement mis en œuvre, cela pourrait entrainer une réduction de 0,5°C. L’élimination des substances chimiques les plus polluantes risque de prendre encore des années et de se heurter à l’opposition de certaines industries.

Erik Solheim encourage les pays à s’engager dans des programmes encore plus ambitieux pour améliorer l’efficacité énergétique, accroitre la quantité d’énergie provenant de sources renouvelables et chercher à atteindre les objectifs nationaux qu’ils ont fixés à Paris.