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03/12/2016

La planète s’apprête à perdre deux tiers de ses animaux sauvages d’ici 2020

Climat & Environnement

La planète s’apprête à perdre deux tiers de ses animaux sauvages d’ici 2020

Les gorilles sont des espèces menacées.

Le nombre d’animaux sauvages vivant sur la planète devrait chuter de deux tiers d’ici à 2020, prévient un nouveau rapport. Une extinction massive détruit l’habitat naturel duquel dépend l’humanité. Un article de notre partenaire The Guardian.

L’analyse la plus complète à ce jour indique que les populations animales se sont effondrées de 58 % entre 1970 et 2012 et que ce pourcentage devrait atteindre 67 % d’ici à 2020. Des chercheurs du WWF et de la Société zoologique de Londres ont compilé des données et trouvé que la destruction des habitats sauvages, la chasse et la pollution étaient à l’origine de ces catastrophes.

Les animaux qui disparaissent des montagnes, des forêts, des rivières et des mers, sont des espèces bien connues pour être en voie de disparition, comme les éléphants et les gorilles, et d’autres moins connues comme les vautours et les salamandres.

L’effondrement de la faune est, avec le changement climatique, le signe le plus frappant de l’Anthropocène, une nouvelle ère géologique où l’Homme domine la planète. « Nous ne sommes plus un petit monde sur une grande planète. Nous sommes maintenant un monde gigantesque sur une petite planète, où nous avons atteint un seuil de saturation », a déclaré le professeur Johan Rockström, directeur du Centre de résilience de Stockholm,  dans l’avant-propos du rapport.

Marco Lambertini, directeur général du WWF, a quant à lui estimé que « la richesse et la diversité de la vie sur Terre sont fondamentales aux systèmes complexes de la vie sur laquelle elle repose. La vie repose sur la vie elle-même et nous faisons partie de la même équation. Sans biodiversité, le monde naturel et la vie, telle que nous les connaissons aujourd’hui, s’effondreront. »

Selon lui, l’humanité est complètement dépendant de la nature pour un air pur, pour l’eau, les matériaux, ainsi que l’inspiration et le bonheur.

Le rapport analyse le changement de taille de plus de 14 000 populations surveillées sur les 3 700 espèces vertébrées pour lesquelles des données sont disponibles. Cela a débouché sur une mesure semblable à un indice boursier indiquant l’état des 64 000 espèces animales dans le monde entier, et utilisée par les scientifiques pour mesurer les progrès des efforts de protection.

La première cause d’effondrement des espèces animales est la destruction de zones sauvages pour l’agriculture et l’abattage : la plupart des terres de la planète ont été touchées par les humains et seules 15 % sont protégées. Le braconnage et l’exploitation alimentaire est un autre facteur majeur, notamment à cause de pratiques de pêche et de chasse non durables. Selon une récente recherche, plus de 300 mammifères sont en passe d’être mangés jusqu’à extinction de la population.

La pollution est aussi un grave problème. Les orques et les dauphins en eaux européennes par exemple souffrent terriblement des polluants industriels à longue durée de vie. Les vautours du sud-est de l’Asie ont été décimés ces 20 dernières années, mourant après s’être nourri de carcasses de bovins bourrées d’anti-inflammatoires. Les amphibiens ont quant à eux subi un des plus forts déclins de tous les animaux à cause d’une maladie fongique qui se serait propagée dans le monde entier via le commerce de grenouilles et de tritons.

Les rivières et les lacs sont les habitats les plus durement touchés, puisque les populations animales y ont diminué de 81 % depuis 1970, à cause de l’extraction excessive d’eau, de la pollution et des barrages. Tout cela est amplifié par le réchauffement de la planète, qui modifie les zones dans lesquelles les animaux sont capables de vivre, a déclaré le directeur des sciences au WWF, Mike Barrett.

 >> Lire : Les ONG contestent les incohérences de la loi biodiversité

Certains chercheurs ont des réserves quant à l’approche du rapport, qui résume différentes études en un seul gros titre. « Tout est vrai dans l’ensemble, mais ce n’est rien d’autre que la somme de différents études », a jugé Stuart Pimm, professeur à l’université Duke aux États-Unis, ajoutant que le regard posé sur les groupes en particulier, tels que les oiseaux, était plus précis.

Le rapport prévient que la perte de biodiversité affectera les personnes et pourrait même provoquer des conflits. « La pression croissante des activités humaines menace les ressources naturelles dont dépend l’humanité, en augmentant le risque d’insécurité alimentaire et liée à l’eau et en créant une concurrence sur les ressources naturelles », prédisent ses auteurs.

Néanmoins, certaines populations d’espèces commencent à se reconstituer, ce qui signifie qu’une action rapide pourrait permettre de surmonter la crise. Le nombre de tigres serait à la hausse et le panda géant a récemment été retiré de la liste des espèces menacées.

En Europe, la protection de l’habitat du lynx d’Eurasie et les contrôles de la chasse ont permis à sa population de se multiplier par cinq depuis les années 1960. Un récent sommet mondial sur la faune et la flore a permis de mettre en place une nouvelles protection pour les pangolins, les mammifères les plus trafiqués au monde, et pour le bois de rose, le produit naturel le plus trafiqué au monde.

Il n’en reste pas moins que pour juguler la disparition des espèces et des habitats, un changement systémique dans la manière dont la société consomme les ressources est indispensable, a rappelé Mike Barrett. Les gens peuvent choisir de manger moins de viande, qui est souvent nourrie grâce à des graines cultivées sur des terres déboisées, et les entreprises peuvent s’assurer que leurs chaines de production, comme celle des bois de construction par exemple, est durable, a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, les politiciens doivent aussi s’assurer que leurs politiques – toutes, pas seulement les politiques environnementales – sont durables, a-t-il ajouté. « Le rapport est un aperçu assez choquant de la situation dans laquelle nous nous trouvons. » « J’espère néanmoins que nous n’allons pas lever nos bras de désespoir – nous n’avons pas de temps à perdre en désespoir, nous devons agir. Je reste convaincu que nous pouvons trouver une manière durable de traverser l’Anthropocène, mais pour cela nous devons faire preuve de volonté. »