La COP23 laisse en plan la question du financement

Un globe bleu illuminé sur le site accueillant la COP23 à Bonn, Allemagne. [Philipp Guelland/EPA]

Les pays riches avaient promis de lever 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour financer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement. En septembre 2017, les engagements concrets ne s’élevaient pourtant qu’à 10,3 milliards.

Le sommet de l’ONU sur le climat à Bonn, la COP23, était censé permettre aux États du monde entier de s’accorder sur l’application de l’accord de Paris à partir de 2020. Les gouvernements avaient notamment prévu de revoir à la hausse leurs promesses en termes d’émission de gaz à effet de serre. Il reste cependant une question de taille, à laquelle la COP n’a pas pu répondre : qui financera la lutte contre le changement climatique ? Le soir du 17 novembre, dernier jour de la COP, les négociations allaient encore bon train.

Les habitués des négociations climatiques font remarquer que la pression de la société civile sur les gouvernements augmente chaque année. Et pour cause, 2017 a encore battu des records et s’inscrit comme l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées et, après une stagnation de trois ans, les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont à nouveau à la hausse. L’ONU a d’ailleurs rappelé aux participants que les promesses de réduction des émissions n’atteignaient encore qu’un tiers du volume nécessaire pour limiter le réchauffement à 2°C, comme promis lors de la COP21 à Paris.

À partir de 2018, les États devront donc intensifier leurs efforts dans le cadre de l’accord de Paris qui permet aux pays de renforcer leurs ambitions d’ici 2020. La structure fondamentale de ce mécanisme fait à présent l’objet d’un accord et le dialogue est lancé, s’est félicité Mohamed Adow, de l’organisation Christian Aid.

Un mécanisme fonctionnel ne résout cependant pas tout, à un moment, les États devront passer à la caisse.

Différents sur la facture climatique

La source principale de tensions lors de cette COP23 a été le financement de la lutte contre le changement climatique. En vertu de l’article 9 de l’accord de Paris, les pays développés ont promis de « fourni[r] des ressources financières pour venir en aide  aux pays en développement aux fins tant de l’atténuation que de l’adaptation », ainsi que de faire le point sur leur aide et fixer l’aide à venir tous les deux ans.

« L’ambition des pays en développement dépend des moyens d’application fournis par les pays développés. La COP23 n’a pas été à la hauteur et n’a pas réussi à assurer l’application de l’accord de Paris », estime l’Alliance panafricaine pour la justice climatique.

« L’article sur le financement ne promet rien. Résultat, en Afrique, nous souffrons », assure Shaddad Mauwa, scientifique ayant assisté à toutes les COP.

En 2015, les pays riches avaient promis de lever 100 milliards de dollars (85 milliards d’euros) tous les ans pour financer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement. Et pourtant, en septembre 2017, les engagements concrets ne s’élevaient qu’à 10,3 milliards de dollars (8,8 milliards d’euros).

De nouvelles promesses ont été formulées à Bonn par l’Allemagne (50 millions d’euros pour le Fonds d’adaptation et 50 millions d’euros pour le Fonds des pays les moins développés), la Suède (186 millions pour chacun de ces deux fonds) et la Belgique (10,25 millions pour le Fonds des pays les moins développés). Cela reste cependant très éloigné de la somme initialement promise.

« Nous ne sommes pas parvenus à atteindre un consensus sur l’article 9.5, qui traite de l’information et du soutien financier », déclarait Gebru Jember Endalew, représentant des 47 pays les moins développés au monde, le 17 novembre. « J’espère que ça ne nous prendra pas la nuit aujourd’hui. »

Les pays riches sont en faveur de la mise en place d’assurances pour la limitation du risque. Ils estiment qu’il s’agit là d’un moyen de réduire et de répartir les risques économiques liés aux événements climatiques extrêmes. Rien qu’en 2017, ceux-ci ont déjà causé l’équivalent de 170 milliards d’euros de dégâts.

Le système des assurances n’est cependant pas adapté pour les menaces climatiques à plus long terme, comme la désertification ou la montée du niveau des mers. « Les assurances peuvent fonctionner pour les pays qui n’ont plus de problèmes de développement. Pour eux, il s’agit uniquement de protéger les infrastructures existantes », souligne Gebru Jember Endalew, « mais cela ne s’applique pas à nous. »

La COP23 met la pression sur la finance climat

Une semaine après le début de la COP23, qui se tient jusqu’au 17 novembre à Bonn, la question qui fâche s’est invitée sur le devant de la scène avec la journée consacrée à la finance.

 

Une moisson de nouvelles coalitions

Le Royaume-Uni et le Canada ont convaincu une série de pays de les suivre pour former une alliance mondiale pour l’élimination du charbon. Il est intéressant de noter que cette initiative s’est mise en place hors des négociations de la COP, et met une pression considérable sur l’Allemagne, qui accueillait la conférence et dont 40 % de l’électricité provient du charbon, et les États-Unis. Le seul événement organisé par Washington lors de la COP soutenait l’utilisation d’énergies fossiles et a été assez mal reçu.

Ce sont toutefois les acteurs non gouvernementaux qui ont été les plus remarqués lors de la conférence, comme ce réseau de 25 villes du monde entier qui ont juré de cesser d’émettre du carbone d’ici 2050.

Une coalition d’États, villes et entreprises américaines, unis sous le slogan « Nous sommes toujours là », (We Are Still In), a également été créée, dans le but d’assurer que les États-Unis respectaient l’accord de Paris, qui prévoyait pour le pays une réduction de 26-28 % des émissions par rapport à 2005 d’ici 2025, malgré la volonté de Donald Trump de s’en retirer.

Et le poids de cette coalition n’est pas anecdotique : les entités qu’elle représente constituent 49 % de la population américaine, 54 % de son PIB et plus d’un tiers de ses émissions de gaz à effet de serre.

Les États-Unis montrent leur second visage à la COP23

À la COP23, l’« autre moitié » des États-Unis a présenté ses efforts de lutte contre le changement climatique, malgré la décision de Donald Trump de quitter l’accord de Paris.

La société civile a également joué un rôle important dans la constitution d’un plan d’action pour le genre, qui a pour but d’impliquer et de former davantage de femmes dans les négociations climatiques et d’inclure un aspect d’égalité des genres dans tous les efforts climatiques.

« Les femmes ne font pas assez partie de la prise de décision et les décisions ne bénéficient pas assez aux femmes », conclut Hilda Heine, présidente des îles Marshall.

Enfin, les gouvernements ont accepté de créer une plateforme pour les populations autochtones, afin d’échanger connaissances et pratiques liées à l’adaptation au changement climatique.

Prochaines étapes

La prochaine COP aura lieu à Katowice, en Pologne. Le pays est seul État de l’UE à ne pas avoir ratifié l’amendement de Doha, qui modifie le protocole de Kyoto et engage l’UE à réduire ses émissions de 30 % d’ici 2020, comparé au niveau de 1990.

Miguel Arias Cañete, commissaire au climat, a annoncé que le bloc tenterait de mettre l’amendement en place malgré le blocage polonais.

L'UE tentée de contourner la Pologne pour tenir ses engagements climat

Le commissaire au climat a assuré que l’UE allaient tenter de dépasser le blocage de la Pologne pour la signature de l’amendement de Doha, qui représente la seconde partie du protocole de Kyoto.

Une volonté qui ne convainc pas les ONG. Wendel Trio, directeur du Résean Action Climat (CAN), estime que les États membres doivent faire preuve de plus d’ambition dans le processus décisionnel européen et attend de voir ce que devienne les propositions sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables actuellement étudiées par le Parlement.

Selon le Climate Action Tracker, une évaluation scientifique indépendante des efforts climatiques des pays, si les politiques européennes actuelles sont suivies à la lettre, la température mondiale augmentera de 3°C, soit bien plus que ce que prévoit l’accord de Paris.

« La Commission européenne n’est plus la meneuse en termes d’ambition climatique. Elle a joué un rôle dans les années 1990 et 2000, mais depuis elle stagne, et elle n’est certainement plus à la pointe », estiment les observateurs.

Pays-Bas et France appellent à rehausser l'ambition climatique européenne

Alors que la COP23 touche à sa fin, le bilan le plus positif que l’on peut en tirer est à attribuée à la mobilisation des acteurs non-étatiques. Pays-Bas et France souhaitent aussi réviser l’ambition européenne pour 2030 à la hausse.