Face à Trump, l’UE et la Chine s’allient pour défendre l’accord de Paris

[@EPA/Olivier Douliery / POOL]

L’UE et la Chine se tiennent prêtes à défendre l’accord de Paris sur la lutte contre le changement climatique, au moment même où Donald Trump fait durer le suspense sur un éventuel retrait américain.

L’Union européenne et la Chine ont décidé de prendre leur revanche sur le président américain Donald Trump, qui pourrait décider de se retirer de l’accord de Paris sur le changement climatique.

Lors d’un sommet UE-Chine jeudi et vendredi à Bruxelles, les dirigeants des deux puissances devront s’accorder sur la première déclaration commune sur le climat et l’énergie propre.

Cette annonce sans précédent est une condamnation à peine voilée de l’attitude climato-sceptique de Donald Trump.

Le conseiller climat de Trump hué à Bruxelles

Le conseiller pour le climat de Donald Trump a été interrompu lors de son discours devant les conservateurs à Bruxelles le 1er février.

Résultat de huit mois de discussions secrètes et de trois cycles de négociations entre ministres menées par le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, la décision est soutenue par les États membres. Ces réunions ont commencé en novembre l’année dernière, directement après l’élection de Donald Trump.

Revanche contre Trump

À l’origine, la déclaration avait pour but de mettre la pression sur les États-Unis pour qu’ils restent dans l’accord, censé limiter les émissions et la hausse des températures. Mais plus la probabilité d’un retrait devient réelle, plus la déclaration se transforme en revanche contre Donald Trump.

Pékin et Bruxelles se livreront au « plus haut engagement politique » envers l’accord de Paris et « appelleront toutes les parties à le respecter » dans une alliance qui isolera les États-Unis.

L’UE et la Chine promettront de travailler main dans la main sur des stratégies mondiales pour le climat et développeront des coopérations au niveau des lois et des règlementations.

Les partenaires s’engagent à accroître l’ambition de l’accord historique dans une dure riposte envers les efforts de Donald Trump pour le minimiser. « Nous sommes déterminés à avancer sur d’autres mesures et politiques », indique le communiqué.

La transition vers une énergie propre « n’a jamais été aussi importante » et le changement climatique est une menace à la sécurité nationale et un facteur d’instabilité et de déplacement des personnes, souligne le document.

Le communiqué lie changement climatique et libre-échange –deux des bêtes noires de Trump – dans ce qui est, malgré le langage diplomatique, une critique claire de ses politiques.

L’UE, qui impose actuellement des mesures anti-dumping sur les panneaux solaires chinois, fait donc des concessions majeures pour que la Chine la suive sur le climat.

L’annonce de vendredi sera une véritable démonstration de force, la preuve que l’accord de Paris continuera, avec ou sans les États-Unis, et probablement sans l’argent promis aux pays en développement pour l’action pour le climat.

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L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis aura un impact corrosif sur les politiques climatiques et énergétiques mondiales et européennes.

Prendre le leadership

La Chine et l’UE enfilent la cape des leaders de la lutte mondiale contre le changement climatique, ce qui concède aux deux partenaires une importance géopolitique majeure. De leur côté, les États-Unis perdent la face ainsi que des emplois et investissements verts.

Interpellé mercredi sur ce sujet lors d’un point de presse, le vice-président de la Commission européenne chargé de l’Énergie, Maros Sefcovic, s’est dit bien conscient de ces « rumeurs » persistantes.

« Nous le sentons déjà. Il y a de fortes attentes de nos partenaires dans le monde, en Afrique, en Asie, en Chine, pour que l’Europe assure le leadership dans cet effort », a déclaré M. Sefcovic.

« L’Europe est prête à prendre la tête du mouvement. Nous allons certainement le faire », a-t-il poursuivi, estimant même que ce ne « serait pas la fin de l’humanité » si les États-Unis se retiraient.

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Le risque que les Etats-Unis sortent de l’accord de Paris fait planer des incertitudes sur les négociations climatiques. Voire sur le futur du marché du carbone européen.

« La réaction violente et rapide des États-Unis en matière de politique climatique exige un leadership approfondi de tous les autres pays », a estimé Li Shuo, de Greenpeace East Asia, lors d’une conférence mercredi avec l’ONG Climate Action Network (CAN).

« En s’écoutant, au lieu de se parler de loin, la paire [UE-Chine] a le potentiel de devenir le nouveau moteur de la diplomatie climatique internationale. Pour démontrer qu’elles peuvent vraiment montrer la voie, la Chine et l’UE doivent accélérer leurs mesures au niveau intérieur », a ajouté la représentante de Greenpeace.

Le doute plane

Lorsque Barack Obama était encore au pouvoir, les États-Unis et la Chine ont ratifié ensemble l’accord. L’engagement des deux plus grands pollueurs du monde a déclenché une vague de soutien des 195 pays ayant signé l’accord.

Lors du récent sommet du G7, Donald Trump a laissé ses alliés internationaux dans le flou quant à ses projets pour l’accord de Paris.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a prévenu mercredi soir à Berlin que l’accord de Paris était « un traité international avec des obligations légales » et qu’« il faudrait plusieurs années si les Etats-Unis voulaient en sortir », selon un tweet de sa porte-parole.

En l’absence de toute instruction lors des 130 derniers jours de sa présidence, ses négociateurs pour le climat ont continué à utiliser les lignes directrices de Barack Obama lors des négociations.

Les responsables de la Maison-Blanche ont déclaré hier aux médias américains que le retrait des États-Unis n’était pas encore certain.

Quoi qu’il en soit, la décision de retrait de l’accord de Paris, si elle est confirmée par Trump, est déjà condamnée, à juste titre, comme un acte irresponsable de vandalisme mondial.

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