Fin de vacances pour Monsieur Hulot

Après avoir refusé Chirac, Sarkozy et Hollande, Nicolas Hulot dit oui à Macron. [(COP Paris/Flickr)]

La composition du gouvernement Edouard Philippe a été annoncée ce 17 mai. Ministre d’État, Nicolas Hulot pilotera la transition écologique et solidaire. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Cette fois c’est oui! Après Chirac, Sarkozy et Hollande, c’est finalement Macron qui a convaincu Nicolas Hulot de prendre les rênes d’un ministère. Celui-ci sera dédié à «la transition écologique et solidaire», avec un champ d’action élargi à l’énergie, le climat, la biodiversité, la mer, et les transports. De quoi satisfaire les ONG qui s’étaient mobilisées dès le 11 mai.

N°3 du gouvernement

L’ancien animateur de l’émission Ushuaia obtient le statut de ministre d’Etat (comme Jean-Louis Borloo en son temps), et arrive en troisième position dans l’ordre protocolaire après Edouard Philippe et le ministre de l’intérieur Gérard Collomb. Cette nomination n’en est pas moins une surprise. Cet opposant farouche au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes et du traité de libre-échange avec le Canada (CETA) rejoint un président dont le programme écologique s’est avéré maigre pendant la campagne, et s’est surtout inscrit dans la continuité de son prédécesseur François Hollande. Sur la table, l’attendent des dossiers majeurs dont l’application de l’Accord de Paris et de la loi sur la transition énergétique avec la réduction de la part du nucléaire. Sans oublier l’avenir de Notre-Dame-des-Landes, la lutte contre la pollution de l’air et des eaux, les océans, la réglementation des perturbateurs endocriniens, ou encore la tenue d’un Grenelle de l’alimentation avec le ministre Jacques Mézard.

C’est une Ségolène Royal émue qui a accueilli Nicolas Hulot sur le perron de l’Hôtel de Roquelaure. La ministre quitte le ministère de l’Environnement avec le «sentiment du devoir accompli», après avoir ouvert les chantiers de la transition énergétique, de la biodiversité, de l’accord de Paris, des pollutions marines et des pesticides néo-nicotinoïdes. Du tac au tac, le désormais ministre d’État en charge de la transition écologique et solidaire n’a pas caché l’admiration qu’il porte à sa prédécesseur: «vous êtes une grande dame, une dame courage». Se situant dans la continuité de l’action menée ces dernières années, Nicolas Hulot entend lui apporter une touche solidaire. Et «mettre de l’humain» partout où il le pourra.

La directrice de cabinet de Nicolas Hulot sera Michèle Pappalardo. A l’origine de la création de l’Ademe, cette magistrate à la cour des comptes de 61 ans connaît bien la maison. Directrice du cabinet du ministre de l’environnement Michel Barnier (1993-1995), elle a présidé l’Ademe, de 2003 à 2008. Elle fut commissaire général au développement durable, entre 2008 et 2011.

L’arrivée de Nicolas Hulot à l’Hôtel de Roquelaure est saluée par les ONG. FNE se félicite de sa «nomination à la tête d’un grand ministère de la transition écologique». Le syndicat des énergies renouvelables salue «l‘arrivée d’une grande figure de l’écologie.» Même tonalité pour le WWF qui applaudit la nomination d’un « homme de la société civile […] qui a déjà démontré qu’il était capable de faire bouger les lignes». L’arrivée de l’anti-nucléaire au gouvernement est moins appréciée par les investisseurs: le cours des actions EDF a décroché, perdant plus de 6,5% dans la journée.

Les ONG veulent un grand ministère de l’environnement

Dans une lettre ouverte au président Macron, 8 associations environnementalistes demandent un élargissement du périmètre actuel du ministère de l’Environnement. Un article de notre partenaire, le JDLE.

Matthieu Orphelin joue le « trait d’union »

Par cette décision, Nicolas Hulot fait peut-être taire ses regrets d’avoir renoncé à la campagne présidentielle et balaie les tristes souvenirs de son échec à la primaire écologiste de 2011. Le récent ralliement à Macron de son ami proche Matthieu Orphelin (le directeur à l’économie circulaire de l’Ademe porte les couleurs d’En Marche! aux législatives dans le Maine-et-Loire) n’est sans doute pas étranger à ce revirement. Dans un tweet, l’ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot a d’ailleurs affirmé être «fier d’avoir été un trait d’union entre Emmanuel Macron et Nicolas Hulot», et a précisé qu’il ne serait pas dans l’équipe du nouveau ministre. «Ce qui le guide, c’est toujours de se demander où il peut être le plus utile», a commenté l’eurodéputé Pascal Durand, un ami fidèle.

Ni de gauche ni de droite

Agé de 62 ans, ce passionné de kitesurf aimé des Français possède deux qualités « macroniennes ». Issu de la société civile, il est perçu comme n’étant ni de gauche ni de droite. En 2007, son Pacte écologique est à l’origine du lancement du Grenelle de l’environnement par Nicolas Sarkozy. Le 29 avril dernier, il avait signé une tribune dans Le Monde dans laquelle il affirmait voter Macron au second tour. Ce «vote de raison», «n’est en aucun cas un chèque en blanc et encore moins une adhésion sans réserve au projet d’Emmanuel Macron qui, sous bien des aspects, n’a pas pris la mesure de l’exigence de solidarité dans laquelle se trouvent le pays, l’Europe et le monde», écrit-il.

L’OCDE étrille la politique environnementale française

 

Objectifs souvent audacieux, mais rarement atteints. Telle pourrait être résumée l’évaluation de la politique environnementale française publiée, le 11 juillet, par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Un article de notre partenaire Le Journal de l’Environnement.

Les transports entre des mains expertes

Elisabeth Borne est, quant à elle, familière des ors de la République comme du monde des transports. Son CV en témoigne: cette femme de 56 ans, formée à Polytechnique, a déjà arpenté les couloirs (socialistes) du ministre de l’équipement, avant de faire un crochet par l’équipe de Jack Lang versant éducation et de retrouver un Lionel Jospin alors Premier ministre. Puis elle file à la mairie de Paris en 2008, où elle prend la tête de la direction de l’urbanisme. En 2013-2014, cette Parisienne fait une incursion en région Poitou-Charentes comme préfète, puis rejoint l’ambassadrice du Chabichou à Roquelaure. La voici directrice de cabinet de Ségolène Royal, qu’elle quittera au bout d’un an pour diriger la RATP. Une régie des transports parisiens dont elle a commencé le verdissement.

L’agriculture et l’alimentation à Jacques Mézard

Jacques Mézard emporte quant à lui le portefeuille de l’agriculture et de l’alimentation. Agé de 69 ans, ce membre du parti radical de gauche, sénateur du Cantal depuis 2008, succède à Stéphane Le Foll.

L’ancien avocat, ancien adjoint au maire d’Aurillac et ancien conseiller général du Cantal, devra notamment mettre en œuvre le programme d’investissement d’avenir agricole de 5 milliards d’euros sur cinq ans annoncé par Emmanuel Macron. Autre mission: organiser un Grenelle de l’alimentation avec le nouveau ministre de la transition écologique.

Des armées au Quai d’Orsay

Jean-Yves Le Drian quitte l’armée pour rejoindre la diplomatie. Il hérite du portefeuille des affaires étrangères et de l’Europe. À presque 70 ans, celui qui aura largement contribué au rayonnement de la vente d’armes made in France, dont les exportations en 2016 s’élèvent à 20 Md€, devra désormais composer avec les mots. Actuellement président de la région Bretagne, il n’a pas encore indiqué s’il démissionnerait de son mandat. À ses côtés, Marielle de Sarnez. À 66 ans, cette « Bayrouiste » fidèle est chargée des affaires européennes. Un monde qu’elle connaît par cœur puisqu’elle a siégé sans discontinuer au Parlement européen depuis 1999.

Santé et territoires

Agnès Buzyn est nommée ministre des solidarités et de la santé. A 54 ans, médecin et professeure d’université, elle est spécialiste d’hématologie, d’immunologie des tumeurs et de la transplantation. Elle a aussi dirigé le Conseil d’administration de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Elle présidait la Haute Autorité de santé depuis mars 2016.

La « cohésion et les territoires » (dont le logement et la politique de la ville) revient à Richard Ferrand, fidèle d’Emmanuel Macron. Le secrétaire général du mouvement En Marche! est conseiller régional de Bretagne et député du Finistère. Il a officiellement quitté le parti socialiste le 8 mai dernier, au lendemain de l’élection du nouveau président. Il avait annoncé sa candidature aux législatives dans le Finistère au nom du mouvement En Marche!. Une candidature qui reste d’actualité.

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