La Cour des comptes fustige l’inefficacité de la politique climat de l’UE

Tout en reconnaissant leur importance, la Cour des comptes européenne souligne l’inefficacité de nombreuses mesures du programme Climat Énergie communautaire. Lequel a peu de chance d’aboutir faute de financements. Un article de notre partenaire le JDLE.

C’est entendu : la lutte contre le changement climatique à l’européenne est un exemple à faire pâlir d’envie le plus angoissé des climatologues. L’Europe est le seul espace géopolitique d’ampleur de la planète à vouloir abattre de 80 à 95 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES), entre 1990 et 2050.

Seul espace politique aussi à s’être fixé d’ambitieux objectifs en matière d’énergies renouvelables (au moins 27 % de la consommation finale en 2030) ou d’efficacité énergétique (27 % par rapport à des projections tendancielles), l’Europe a enfin décliné ses buts en politiques sectorielles : ETS pour l’industrie lourde et la production d’énergie, nouveaux carburants pour les transports, gestion des déchets (les fractions putrescibles émettent du méthane), pratiques agricoles « climate-friendly ». Autant de moyens destinés à réduire nos émissions de GES. C’est ce que l’on appelle en jargon : l’atténuation.

N’oublions pas l’atténuation

Beaucoup moins sexy est le deuxième axe de toute politique climatique digne de ce nom : l’adaptation. Des années durant, le sujet a été tabou, tant pour les gouvernements que pour les ONG. Vouloir s’adapter aux conséquences des changements climatiques (que l’on observe déjà, pourtant), c’était s’avouer vaincu. Ce qui explique l’important retard européen en la matière. Il aura fallu attendre… 2013 pour que l’Europe adopte une stratégie d’adaptation ; laquelle « encourage, plutôt qu’elle n’oblige, les États membres et les villes à prendre des mesures », souligne la Cour.

Contraindre les États à s’adapter ?

Bien placée, la France met la dernière main à son second plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC). La plupart des 27 autres États membres n’en sont pas là. Raison pour laquelle la Commission envisage la création d’un « instrument juridiquement contraignant » pour obliger les États réticents à se préparer aux effets de la montée du thermomètre.

Pas de financement

Cette impréparation n’est pas sans conséquence… financière. Selon le rapport que la Cour des comptes européenne a publié mercredi 20 septembre, les 28 devront investir, collectivement, 1 115 milliards d’euros entre 2021 et 2030 pour atteindre leurs objectifs en matière d’atténuation. Sans décarbonation rapide de l’économie mondiale, le climat global devrait s’échauffer de 3, voire 4° C d’ici la fin du siècle. « Dans un scénario de statu quo, si aucune mesure d’adaptation n’est prise, les changements climatiques anticipés à l’horizon 2080 coûteraient chaque année 190 Md€, à prix constants, aux ménages de l’ensemble de l’UE, c’est-à-dire presque 2 % du PIB actuel de l’Union », résument les auditeurs. L’UE s’est pourtant engagée à consacrer 20 % de son budget à l’action climatique (212 Md€), entre 2014 et 2020. Problème : cette manne n’est toujours pas financée. Un détail.

Quid de l’atténuation ?

Les contrôleurs de gestion communautaire ne sont pas tendres non plus avec les politiques d’atténuation. Dans toute l’Union, les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables ont financé « des technologies inefficaces » et fourni de véritables rentes aux exploitants « de technologies déjà établies sur le marché ». Le rapport s’alarme aussi du fait que les mesures en faveur de l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments ont souvent été prises avec retard. Quand elles l’ont été.

L’ETS, inefficace jusqu’en 2030

Vaisseau amiral de la politique climatique communautaire, l’ETS a été, est et restera d’une redoutable inefficacité. Victime d’une sur-allocation initiale de quotas, à laquelle se conjuguent les effets de la crise, de la désindustrialisation et des politiques d’économie d’énergie, le système communautaire d’échanges de quotas de GES n’a aucune chance -dans son état actuel- de donner un prix élevé aux émissions de GES avant… 2030.

Les rédacteurs soulignent, avec un doux sens de l’euphémisme, que la transition du fret routier vers le fer, la mer ou le fluvial « ne se concrétise pas ». « Nous avons également relevé, en 2016, le caractère inefficace et non durable d’investissement dans les ports. »

Des enjeux encore incompris

En cause, peut-être, le manque de technologies bas carbone disponibles. Un point qui ne devrait guère évoluer, au vu des politiques européennes de recherche sur l’énergie et le climat. « La réussite de la transition énergétique nécessit [e] des ruptures technologiques, mais [qu] il ne sembl [e] exister aucune technologie arrivée à maturité en mesure de garantir la sécurité du système énergétique à l’horizon 2030. » Le fait que l’intérêt de la R&D énergie-climat n’ait pas été « pleinement exploré, ni clairement compris » par les décideurs n’est sans doute pas étranger à ce piètre résultat.