Le budget carbone s’est fortement resserré

De quand date le début des activités industrielles humaines? [Ashley Adcox/Flickr]

Une étude internationale, publiée par Nature Climate Change, estime que le réchauffement est plus avancé que prévu. Conséquence : nous pouvons émettre moins de carbone que prévu si nous voulons toujours stabiliser le réchauffement à 2 °C. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Il n’y a pas que le gouvernement français à vouloir réduire son budget. Car, si les estimations de l’équipe d’Andrew Schurer se révèlent exactes, notre budget carbone est appelé à diminuer comme peau de chagrin.

Encore 20 ans

Dans le jargon des climatologues, le budget carbone est le tonnage de CO2 (ou de gaz à effet de serre, GES) que nous pouvons encore émettre pour atteindre une concentration et donc une température moyenne globale prédéfinie. Pour avoir une bonne chance de limiter le réchauffement à 2 °C, nous pouvons nous permettre d’envoyer 800 milliards de tonnes de CO2dans l’atmosphère. Un budget carbone que nous aurons épuisé en une vingtaine d’années, au rythme actuel de nos émissions.

Quelle ère préindustrielle ?

L’accord de Paris ambitionne de limiter le réchauffement à 2 °C, voire 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle la température moyenne du monde. Problème, s’écrient le climatologue de l’université d’Edinburg et ses collègues, cette fameuse ère n’a jamais été définie scientifiquement. Or, selon le moment où l’on fait débuter cette période bénie du carbone, le budget carbone n’aura pas tout à fait le même volume.

Plus que trois ans pour arrêter un changement climatique irréversible

Il est encore possible d’éviter un degré dangereux de changement climatique, mais pour cela, les gouvernements, les entreprises, les citoyens et les scientifiques devront redoubler d’efforts et de coordination dans les trois prochaines années, prévient un groupe d’experts.

Climat fluctuant

Rien n’est plus difficile que de situer dans le temps la période où le bilan carbone de l’Humanité était encore neutre. «Car, les températures fluctuent aussi naturellement à cause des éruptions volcaniques ou des fluctuations de l’activité solaire», rappelle Andrew Schurer. L’hémisphère nord a connu un climat plus chaud entre du IXe au XIVe siècles: l’optimum médiéval. S’en sont suivis les six siècles du petit âge glaciaire.

Pour établir le niveau zéro carbonique, les auteurs ont reconstruit l’évolution passée des températures de la surface de l’océan et des continents.

1 °C, 1,1 ou 1,2 °C ?

«Le Giec estime à 1°C le réchauffement actuel par rapport à l’ère pré-industrielle. Ce qui est probablement faux», estime Michael Mann (université de Pennsylvanie), co-auteur de l’étude. En effet, rappelle le créateur de la «crosse de Hockey», le Giec la fait débuter en 1750, date où les émissions de gaz à effet de serre anthropiques contaminaient déjà l’atmosphère. Conclusion du climatologue: «mieux vaut parler d’un réchauffement de 1,1 à 1,2°C». Ce qui réduit de 20 à 40 % le volume du budget carbone initial.

Bref, il va falloir se serrer la ceinture carbone plus vite et plus fort que prévu.

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