La neutralité carbone : un objectif précis et ambitieux !

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Renaud Bettin

2050, c’est l’année où la France devra être neutre en carbone. Un objectif qui devrait stimuler l’ambition plutôt que l’indifférence, selon Renaud Bettin.

Renaud Bettin est responsable du programme Info Compensation Carbone, un programme de l’association GERES.

2050, c’est loin. À vrai dire aussi loin que le temps qui nous sépare des années 1980. Cette décennie où nous avons pris conscience de notre impact sur la stabilité du climat. Mais 2050, c’est aussi demain : les tout jeunes enfants d’aujourd’hui seront seulement trentenaires.

Cette neutralité-là est bien mal nommée, car elle est renvoie à une forme d’indifférence et de désintérêt. Or, c’est tout l’inverse. Quand elle est carbone, la neutralité est un engagement, un investissement pour un avenir plus écologique et solidaire, une volonté forte de faire pencher la balance du côté de l’ambition et de l’action. Explications.

Que signifie « neutralité carbone » ?

Le point commun entre le Vatican, du papier toilette et la Poste ? La neutralité carbone. Depuis le protocole de Kyoto il y a 20 ans et l’apparition de la compensation carbone, de nombreuses organisations se sont lancées dans la quête de ce nouveau Graal climatique. Et sans la nommer expressément, l’Accord de Paris sur le climat consacre la neutralité carbone du monde à travers l’Article 4. Elle y est définie comme « un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre ». Un objectif à atteindre « au cours de la deuxième moitié du siècle ». Mais comment ? Démonstration mathématique avec l’exemple français.

Le Facteur 4, c’est-à-dire la division par 4 en 2050 du niveau d’émissions de 1990, est réaffirmé par la France au travers de son récent Plan climat. Diviser par 4 nos émissions correspond à 75 % de réduction. Restent 25 % qu’il faut annuler pour atteindre la neutralité carbone.

Ce qui nous donne l’équation suivante : 75 % de réduction à la source des émissions carbone + 25 % de séquestration des émissions résiduelles = 0 émission nette

Le terme « Zéro Émission Nette » serait en effet plus approprié et plus juste. Il induit le fait que le solde des émissions qui n’ont pu être évitées dès leur origine devra être annulé par un autre moyen pour atteindre la neutralité.

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Subsiste la question des périmètres de calcul des émissions qui sont pris en compte. Considère-t-on les émissions directes et/ou indirectes ? À ce stade, il faut reconnaître que chaque organisation qui s’annonce neutre en carbone fait ce qu’elle peut, et surtout ce qu’elle veut. Ainsi, les émissions indirectes, sur lesquelles il est le plus difficile d’agir sont rarement prises en compte. Ce qui n’est pas le cas de la ville de Paris qui, avec son ambitieux Plan climat, affiche une prise en compte de la quasi-totalité de ses émissions directes et indirectes pour atteindre la neutralité carbone en 2050, notamment en visant 100 % d’énergies renouvelables.

Des émissions négatives à effet positif

La neutralité carbone donne donc la priorité à la réduction à la source des émissions de gaz à effet de serre. Puis elle active le levier de la séquestration des émissions résiduelles en développant le pouvoir d’absorption des puits de carbone naturels. Il s’agit des émissions dites négatives : des émissions de CO2 absorbées par les forêts, les sols ou les zones humides. Nicolas Hulot le précise : « Sans utiliser les capacités des écosystèmes à séquestrer du CO2, on n’y arrivera pas ». Les puits de carbone naturels devront participer à l’effort de guerre climatique.

La France travaille d’ailleurs actuellement à la création d’un label carbone national volontaire. Ce label Bas Carbone concernera dans un premier temps les projets d’atténuation dans les secteurs agricoles et forestiers. Il pourrait porter à terme sur tout autre secteur non couvert par le marché carbone européen.

L’Agence Internationale de l’Énergie estime que si tous les efforts nécessaires sont menés, il restera en 2050 à l’échelle mondiale 9 GtéqCO2 (gigatonnes équivalent CO2) à compenser et à séquestrer. Pourquoi attendre ?

En parallèle de la transition énergétique et écologique engagée pour réduire notre empreinte carbone et environnementale, il faut s’atteler à la capitalisation d’expériences en matière de compensation carbone. Ces projets peuvent être de véritables têtes chercheuses de l’atténuation et de formidables outils pour cofinancer notre ambition climatique. Quant aux pays émergents et en développement qui représentent aujourd’hui 60 % des émissions mondiales, ils devraient selon toute vraisemblance, émettre de plus en plus avant de pouvoir contenir cette croissance de leurs émissions, et ce malgré le découplage observé entre émissions de CO2 et croissance économique. Alors à ceux qui crient au flou, je réponds que la neutralité carbone est un objectif clair, net, précis et ambitieux, car il implique une mise en œuvre dès maintenant, pas en 2050.