« Le G20 doit aider l’Afrique à produire du chocolat, pas du cacao »

Nachilala Nkombo. World Economic Forum / Benedikt von Loebell

L’augmentation des échanges entre les pays d’Afrique et l’UE ne sera positif que si le G20 investit dans les infrastructures africaines, et si des marchés internes sont créés sur le continent, selon l’ONG ONE. Une interview d’Euractiv Allemagne.

À l’occasion d’un événement sur l’avenir du monde rural organisé par le ministère allemand de l’agriculture, Nachilala Nkombo, directrice de ONE Campaign pour l’Afrique, a parlé agriculture durable et leçon pour le futur avec Euractiv Allemagne.

Cette rencontre a-t-elle été positive ?

Au moins, il existe à présent une compréhension commune de ce qui est nécessaire pour le renforcement des communautés rurales et de leur pouvoir économique. Le statu quo ne fonctionne plus. L’Afrique est loin derrière son potentiel en termes de progrès techniques et agricoles.

Le fait que l’Allemagne dirige le G20 cette année nous donne l’occasion de cesser de faire n’importe quoi et de réellement avancer sur des points stratégiques.

C’est avant tout important pour la jeunesse. Les jeunes veulent une vie meilleure. Il faut investir dans les infrastructures, surtout dans les zones rurales. Et cet investissement doit profiter à des idées durables, impliquer les communautés locales et respecter leurs besoins. En Afrique, la formule d’un investissement réellement durable est de se concentrer sur l’éducation, l’emploi et la participation.

Le plan Marshall pour l'Afrique doit impliquer les dirigeants africains

Le plan Marshall pour l’Afrique est une bonne idée, s’il se concentre sur les bons objectifs, comme la santé, et implique réellement les dirigeants africains, explique Ajay Bramdeo, représentant de l’Union africaine auprès de l’UE, à Euractiv Allemagne.

Pourquoi estimez-vous que le plus gros potentiel de l’agriculture concerne les jeunes et les femmes des campagnes ?

Nous savons que l’extrême pauvreté affecte particulièrement les femmes et les filles, qui ne bénéficient pas des mêmes capacités de production agricole. Leur productivité est en effet entre 23 et 66 % moindre que celle des hommes. Pourtant, ce sont les femmes qui ont le plus de chance d’éliminer la pauvreté, dans le contexte agricole. Si les femmes avaient le même accès aux semences, aux équipements, à la terre, etc., le nombre de personnes souffrant de la faim chuterait d’entre 100 et 150 millions. L’indépendance des femmes dans le secteur agricole profite à leurs familles, à leurs communautés et à leurs pays. Dans le sud de l’Afrique, la croissance agricole participe 11 fois plus à l’éradication de la pauvreté que tout autre secteur industriel.

En ce qui concerne le changement climatique, l’agriculture est cependant l’un des secteurs les plus à risque. Et cela ne vaut évidemment pas uniquement pour l’Afrique. En Europe, les cycles de croissances se rétrécissent, il y a de plus en plus de manipulations génétiques, les sols sont pollués… Comment l’Afrique peut-elle apprendre de ces erreurs et éviter une catastrophe environnementale tout en augmentant la productivité ?

Le développement de l’industrie agricole africaine doit dès le départ limiter les conséquences du changement climatique. Il doit également se concentrer sur des méthodes de production « intelligentes » au niveau climatique. C’est aussi le seul moyen de réduire de moitié la grande dépendance de l’Afrique vis-à-vis de l’eau de pluie pour ses cultures d’ici 2020. Les gouvernements pourraient soutenir les petits exploitants, pêcheurs et éleveurs avec des ressources adéquates afin de réduire l’impact du réchauffement climatique. Ce serait un bon début. Pour ce faire, il faudrait identifier les zones à risque, gérer les investissements, réaliser des recherches empiriques et collecter des données en fonction du sexe.

En outre, les gouvernements africains doivent mettre sur pied des réserves alimentaires nationales et régionales, renforcer les chaines d’approvisionnement nationales et régionales et mettre en place des programmes de protection sociale. La planification doit cependant se dérouler à partir de la base. Tout cela n’est possible qu’avec le soutien de la population locale, de la société civique et de la communauté scientifique. Les décideurs politiques doivent inclure leurs recommandations et évaluations dans les politiques d’agriculture durable.

Les initiatives du G20, comme la convention avec l’Afrique, vont-elles dans le bon sens ?

Cette initiative est un premier pas, mais elle n’est pas suffisante. Elle se concentre sur le développement de l’investissement dans cinq pays seulement. C’est utile et ça peut faire office de catalyseur pour accélérer des réformes nécessaires dans ces pays, mais je pense qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. Tout d’abord, des pays clés, comme le Nigéria, doivent être impliqués. Les entreprises allemandes et leurs homologues du G20 n’investiront cependant pas dans des États aux marchés restreints via cette initiative.

Les projets devraient donc se concentrer sur des régions entières. Il faut mettre en place une convention avec la CÉDÉAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), la Communauté d’Afrique de l’Est, etc. Nous avons besoin d’accords qui développent les régions. Le G20 pourrait fonder son action sur des solutions qui existent déjà. Quand quelque chose fonctionne déjà, il faut simplement l’étendre à davantage de personnes.

«30 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail en Afrique tous les ans»

La démographie fait de l’emploi des jeunes un enjeu de masse en Afrique. Si l’entrepreneuriat offre des pistes, l’agriculture demeure le principal débouché pour les jeunes africains.

À quelles solutions pensez-vous ?

Certains pays africains ont déjà réussi à réduire le niveau de chômage, notamment chez les jeunes, en encourageant les citoyens à créer des centres de production ou à se spécialiser dans l’agriculture. Les pays comme l’Éthiopie et le Kenya sont de bons exemples de la manière dont les chaines d’approvisionnement internes peuvent être améliorées, en cessant de tout miser sur l’exportation de matières premières pour miser aussi sur la production de produits de qualité.

Prenez d’industrie du cacao. Tout le monde aime le chocolat, mais l’Afrique ne fournit que du cacao. Ne serait-il pas plus avantageux de produire du chocolat ? C’est une des choses qui pourraient changer le G20. Il faudrait mettre en place un échange des savoir-faire et qu’il existe une volonté d’acheter du chocolat africain, et cela permettrait de créer des emplois durables et d’offrir de l’espoir aux jeunes et aux femmes.

Accroitre les importations de produits finis, à un prix juste et durable, plutôt que de dépendre simplement des matières premières semble être l’ambition de l’Afrique. Mais l’Europe et les autres économies occidentales essayent de protéger leurs marchés via des accords de libre-échange comme le TTIP et le CETA, cantonnant l’Afrique à son rôle actuel. Pensez-vous que le G20 peut changer quelque chose ?

Cela doit changer, car c’est la cause de nombreux problèmes de l’Afrique et cela est fortement lié à la coopération au développement. Sinon, pourquoi le G20 parlerait de problèmes comme la stabilité ? Si l’Afrique n’obtient pas un meilleur accord, alors les économies ne pourront pas résoudre leurs problèmes. On doit nous donner la possibilité d’étendre les capacités de production et c’est également vrai pour l’agriculture. Même si l’Europe nous ouvre ses marchés, nous n’avons pas les infrastructures adaptées. Tant que la situation restera telle quelle, les accords commerciaux entre l’Europe et l’Afrique ne vaudront pas grand-chose. L’Europe est prête, l’Afrique n’est pas encore au même niveau. Nous devons développer l’industrie africaine, et un esprit d’entrepreneuriat africain avant tout.

Cela s’applique aussi aux marchés africains, qui restent dominés par les produits européens ou chinois. Nous devons mettre en place et développer nos propres marchés internes. Cela nécessite de l’investissement et à cet égard, le G20 peut donner un coup de main. Dans ce cas, nous pourrions booster nos capacités de production et nous dépendrions moins de l’aide au développement. Les économies africaines pourraient être autonomes et subvenir à leurs propres besoins.

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