Des ONG critiquent la faible transparence de Total et Areva en Afrique

Concernant Areva, les ONG estiment que le groupe « semble loin de contribuer à sa “juste part” » pour exploiter l'uranium nigérien. [Yu's to be/Flickr]

Le flou persiste dans les premières déclarations publiques des paiements d’entreprises extractives françaises aux pays producteurs, comme le Niger ou l’Angola, un rapport d’Oxfam, ONE et Sherpa.

Au total, les trois ONG ont passé au peigne fin les déclarations de six groupes français – Total, Areva, EDF, Engie, Eramet ainsi que Maurel et Prom – portant sur leurs activités d’extraction de matières premières (énergies fossiles ou minerais) en 2015.

Un exercice inédit, puisque ces entreprises sont obligées de publier leurs versements aux pays où elles exploitent des ressources naturelles seulement depuis l’an dernier, en vertu de la transposition par la France de deux directives européennes.

Si leurs déclarations représentent « une avancée notable » en matière de transparence, leur compréhension « reste cependant compliquée », notent les ONG.

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Données floues

Les données sont notamment difficiles d’accès et manquent d’éléments de contexte. Dans l’ensemble, les taux de change utilisés restent flous, tout comme les différentes catégories de « projets » et de « bénéficiaires », critiquent-elles.

Au sujet de Total, les trois ONG s’interrogent en particulier sur un écart de plus de 100 millions de dollars entre les revenus déclarés en 2015 par les autorités angolaises, issus du principal champ pétrolier du pays et les versements déclarés par le groupe français pour exploiter ce site.

Cela peut s’expliquer soit par une différence du nombre déclaré de barils de pétrole, soit par une divergence de valorisation du prix moyen du baril de pétrole, selon elles.

« Il est crucial que l’entreprise divulgue l’ensemble des informations requises afin de comprendre ces irrégularités », estime Laetitia Liebert, directrice Sherpa, cité dans un communiqué commun des ONG.

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Obligation de reporting

« Conformément à la loi française, Total respecte toutes ses obligations de reporting », a assuré le géant pétrolier dans une réaction écrite transmise à l’AFP.

« Ces principes sont les mêmes pour l’ensemble des 43 pays concernés par l’obligation de reporting », a-t-il ajouté. « En revanche, chacun de ces États applique des principes spécifiques. C’est pourquoi, pour expliquer les écarts éventuels, il faut identifier les différences entre les indicateurs retenus puis mener un travail important de réconciliation des données ».

Uranium nigérien

Concernant Areva, les ONG estiment que le groupe « semble loin de contribuer à sa “juste part” » pour exploiter l’uranium nigérien, en dépit d’une renégociation de sa redevance au Niger en 2014.

Ce pays, figurant parmi les plus pauvres au monde, représente près de 30% de la production d’uranium d’Areva, mais il perçoit seulement 7% des versements du groupe français aux pays producteurs, pointe le rapport. Areva aurait payé au Niger une redevance inférieure en 2015 par rapport à 2014, privant cet État de 15 millions d’euros de recettes.

Par ailleurs, le prix de l’uranium nigérien exporté serait « largement sous-évalué » par la filiale locale d’Areva, ce qui permettrait au groupe de ne pas payer d’impôts sur ses bénéfices au Niger, accusent les ONG.

Le groupe a qualifié d’« infondé » le chiffre d’une baisse de 15 millions d’euros de la redevance avancée dans le rapport. « La redevance au Niger est fixée par la loi minière en pourcentage du chiffre d’affaires des sociétés minières. Ce pourcentage a été stable en 2014 et 2015 », a-t-il expliqué dans une réaction écrite.

« Areva respecte toutes les règles de “reporting”, conformément à la loi française », a-t-il ajouté, précisant que ses communications de données concernaient ses filiales consolidées financièrement (c’est-à-dire celles contrôlées par le groupe).

Le rapport des ONG émet des recommandations à chacune des entreprises dont il a étudié les déclarations, ainsi qu’à l’Union européenne et à la France pour réviser à la hausse le degré de transparence exigé.

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