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29/08/2016

Désaccords entre le gouvernement et l’industrie plastique sur le Bisphénol A

Sciences & Législation

Désaccords entre le gouvernement et l’industrie plastique sur le Bisphénol A

Le Bisphénol A entre dans la composition des emballages alimentaires en plastique ou en résine (Credit: [Brian A Jackson]/Shutterstock)

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Le gouvernement français estime qu’il sera possible d’utiliser des substituts au Bisphénol A dans la fabrication de nombreux emballages en plastique dès 2015. Une analyse jugée « irréaliste » par l’industrie du plastique. 

La France part en guerre contre le Bisphénol A. Le gouvernement a remis le 21 novembre  un rapport au Parlement qui évalue les substituts possibles au Bisphénol A pour ses applications industrielles, au regard de leur éventuelle toxicité.

En effet, plusieurs études tendent à démontrer les effets indésirables de l’exposition au Bisphénol A sur le foie, les reins, la reproduction ou encore la glande mammaire.

Le Bisphénol A (BPA) en association à d’autres substances chimiques participe à la fabrication de plastiques et de résines. Il est présent dans la composition de nombreux objets courants (couverts, bouilloires, cafetières, théière, certains éléments de mixeurs…) et notamment dans les emballages alimentaires tels que les conserves et certaines bouteilles. Il sert aussi à conserver le goût des aliments et à les protéger d’une contamination microbiologique.

Depuis le 1er janvier 2010, l’utilisation du Bisphénol A est suspendue pour les produits en contact direct avec des denrées alimentaires pour les nourrissons et enfants en bas âge, comme les biberons. Cette mesure s’est étendue par la suite à toute l’Union européenne en janvier 2011. La loi française prévoit également que cette suspension soit étendue à l’ensemble des emballages alimentaires au 1er janvier 2015.

>> A lire aussi : L’UE interdit les biberons produits avec du Bisphénol A

73 substituts au Bisphénol A

Ainsi dans son rapport, le gouvernement affirme que des alternatives sont bel et bien disponibles pour l’usage alimentaire et pourraient être déployées dès le 1er janvier 2015, comme la loi le prévoit. Pour d’autres usages, des recherches sont encore nécessaires. 

Parmi les 73 alternatives possibles au Bisphénol recensées par le rapport, « la substitution du polycarbonate (un plastique rigide et transparent, ndlr) a été réalisée sans difficulté majeure, notamment pour les bombonnes de fontaine à eau ». De même, la substitution des papiers thermiques  (utilisés par exemple pour les tickets de caisse) est déjà en œuvre.

>> A lire aussi : Consultation européenne en vue de restreindre l’utilisation du Bisphénol A

Les substituts au BPA inexistants ou non performants

Selon le document « les industriels annoncent qu’en l’état actuel des essais effectués, les résultats sont satisfaisants pour la grande majorité des substituts utilisés et ils estiment globalement pouvoir être prêts pour la seconde échéance de la loi au 1er janvier 2015 ». Une annonce contredite par l’association des producteurs de matière plastique, PlasticsEurope.

Selon Jasmin Bird de PlasticsEurope, la conclusion du rapport « suggère au lecteur que le passage à des substituts aux produits à base de BPA serait immédiatement réalisable et facilement comparable, tout en étant sans doute une alternative ‘plus sûr’ ». Mais les alternatives au BPA n’existent pas ou sont bien moins performantes, selon le lobby. 

« Cette interprétation serait une simplification irréaliste des défis existants, et elle contredit largement l’évaluation de l’industrie », explique dans un communiqué de PlasticsEurope Ralf Maecker, du Comité Epoxy Resins.

Par ailleurs, PlasticsEurope juge que le rapport ne fournit aucune évaluation scientifique ou toxicologique solide concernant des solutions de rechange proposées, selon Jasmin Bird. Elle estime ainsi que le rapport du gouvernement ne valide pas de manière critique les informations fournies par l’industrie plastique française. Cela pourrait alors donner une image trompeuse concernant la disponibilité et la pertinence des solutions de rechange au BPA.

La suppression du BPA dans les emballages alimentaires pas nécessaire selon les industriels

PlasticsEurope indique que pour certaines alternatives, la documentation et l’évaluation toxicologique ne sont pas aussi poussées que pour le Bisphénol A. Elle se dit ainsi opposée à la volonté de Paris de limiter les emballages alimentaires à base de BPA. Cette décision du gouvernement français  serait contraire aux règles européennes sur le plastique et n’aurait aucun avantage sur la santé.

Alors que l’objectif du gouvernement est depuis longtemps clairement affiché – la fin du Bisphénol A dans les emballages plastiques – pour PlasticsEurope, il n’est pas nécessaire de supprimer le BPA des contenants alimentaires. « Le BPA est intensément testé, bien compris, la sécurité est continuellement évaluée », affirme Jasmin Bird.

PlasticsEurope estime qu’un arrêt pur et simple du Bisphénol A dans les emballages alimentaires ferait disparaître un bon nombre de produits qui ne pourraient plus être conservés correctement. Si les substituts au BPA ne sont pas assez connus notamment du point de vue de la leur durabilité et de leur toxicité, cela pourrait alors mettre en danger la sécurité des consommateurs, estime l’organisation.

>> A lire aussi : Le plastique bientôt banni des décharges ?

Contexte

Le système endocrinien est un réseau de glandes qui régule et contrôle la libération et les niveaux d'hormones dans le corps.

Les hormones sont des messagers chimiques qui sont essentiels pour que le corps puisse exécuter certaines fonctions telles que le métabolisme, la croissance et le développement, le sommeil et l'humeur. Seule une petite quantité d'hormone peut suffire pour déclencher l'action envisagée.

Le système endocrinien est complexe et les interactions au sein de ce système régulant la libération hormonale dépendent d'une variété de facteurs biologiques et physiologiques.

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