Rome vent debout contre les importations de riz asiatique

Au Cambodge, le riz est cultivé de manière traditionnelle. [Shutterstock]

L’Italie et sept autres pays européens ont demandé à Bruxelles l’autorisation de limiter les importations de riz cambodgien, afin de « protéger l’industrie du riz italienne et européenne ».

Ces cinq dernières années, les importations de riz cambodgien ont doublé, ce qui a eu un impact négatif sur le solde commercial de l’UE avec le pays. En 2016, les importations totales en provenance du Cambodge ont dépassé de 3,9 milliards d’euros les exportations européennes vers son territoire.

Selon le traité fondateur de l’UE, quand les importations d’un pays tiers nuisent au solde commercial d’un pays membre, celui-ci peuvent demander à la Commission d’introduire « les mesures nécessaires pour remédier à cette situation ».

L’initiative de l’Italie est « révolutionnaire », a affirmé un porte-parole du ministère italien de l’Agriculture à Euractiv, qui souligne que la France, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, la Hongrie et la Roumanie se sont associés à cette demande. Si celle-ci aboutit, les importations de riz cambodgiens, qui accèdent librement au marché unique, seront soumises à des contrôles d’importations.

Le ministère assure que l’augmentation d’importations de riz long grain, ou « indica », depuis le Cambodge à un tiers du prix du marché européen a poussé les producteurs de l’UE à se convertir au « japonica », ou grain court. La surproduction de ce type de riz a provoqué une chute des prix atteignant 60 %.

L’Italie avait déjà demandé l’activation de la clause de protection des traités en 2016, mais n’avait jamais reçu de réponse de la Commission. « Avec ce nouveau dossier, nous attendons une décision de la part de la Commission », explique le ministère.

Tous sauf les armes

Sous le régime commercial « tous sauf les armes » de l’UE, les pays peu développés bénéficient du droit d’exporter sans taxes des quantités illimitées de produits vers l’UE, à l’exception des armes et armements, à condition de respecter les valeurs de l’UE, comme les droits de l’Homme et le droit du travail. Ce système a été mis en place en 2012 pour encourager le développement.

Une série de garde-fous sont censés donner aux industries touchées « un temps d’adaptation afin de permettre les ajustements nécessaires » face à ces importations.

Contrairement aux mesures antidumping et anti-subventions, ces garde-fous ne se penchent pas sur le caractère éthique de ces échanges. Quand certaines importations sont contestées, celles-ci doivent répondre à certaines conditions : l’augmentation doit être nette et non prévue, elle doit causer un « dommage matériel grave » à l’industrie nationale et être contraire aux intérêts de l’UE.

Depuis 2006, l’UE n’a pas lancé d’enquête  à ce sujet ou mis de mesures en place. La Commission n’a pas souhaité commenter le lancement possible d’une enquête, mais a indiqué « surveiller les importations de riz cambodgien et leur impact potentiel sur le secteur rizicole européen ».

L’Italie adopte un étiquetage très exigeant pour les produits laitiers

Les producteurs laitiers italiens doivent désormais indiquer l’origine des matières premières utilisées sur les étiquettes de leurs produits, y compris pour le fromage. Un article de notre partenaire, Italia Oggi.

Les voix des producteurs

Suite à de nouvelles mesures d’étiquetage du lait et des produits laitiers, en 2016, dans le cadre d’un projet pilote approuvé par la Commission, le gouvernement italien a introduit toute une série de décrets afin d’étendre l’obligation d’indication du pays d’origine au riz et aux pâtes, ainsi qu’aux produits à base de tomates. Et celle fois, Bruxelles n’a pas été informé à l’avance de ces mesures, censées protégée l’image de marque du « made in Italy ».

Les mesures de protection du riz européen sont réclamées depuis 2014 par les producteurs, via Coldiretti, la plus grande association d’agriculteurs italienne. Le soutien de Coldiretti, qui compte pas moins de 1,6 million de membres, pourrait donc influencer le résultat des élections de 2018, et le gouvernement italien s’intéresse de près à ses revendications.

« Nous sommes face à une crise sans précédent à cause du régime favorable dont bénéficient les pays les moins avancés », défend Paolo Falcioni, économiste agricole de Coldiretti, qui pointe également du doigt les importations birmanes en Italie. Celles-ci ont augmenté de 700 % entre janvier et août 2017.

Pourtant, l’accès libre est censé être conditionné au respect de certaines valeurs, rappelle-t-il. « Malgré les accusations des Nations Unies quant au nettoyage ethnique des Rohingya, ce pays bénéficie toujours d’un accès libre au marché unique. »

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