EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

26/07/2016

L’Allemagne craint que le TTIP ne pénalise ses saucisses grillées

Commerce & Industrie

L’Allemagne craint que le TTIP ne pénalise ses saucisses grillées

Si le TTIP était appliqué, les spécialités traditionnelles allemandes pourraient être produites hors du pays, par des entreprises américaines.

[poolie/Flickr]

Le TTIP pourrait affaiblir la protection de certaines spécialités régionales, commes les saucisses grillées de Nurembourg ou la bière bavaroise. Le débat houleux suscité par cette possibilité gagne l’Allemagne. Un article d’EurActiv Allemagne.

« Si nous voulons profiter des avantages du libre-échange avec le gigantesque marché américain, nous ne pourrons plus protéger chaque type de saucisse et de fromage comme une spécialité », a déclaré Christian Schmidt, le ministre allemand de l’agriculture, au journal allemand Der Spiegel.

Suite à cette déclaration du ministre, certains s’inquiètent de voir la production de spécialités régionales très appréciées, comme le jambon de la Forêt Noire, la saucisse grillée de Nuremberg ou la bière bavaroise migrer vers les États-Unis,  une fois les barrières commerciales supprimées par le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP).

Christian Schmidt, membre du parti conservateur de l’Union chrétienne sociale, estime que nombre de producteurs de spécialités régionales européennes pourraient perdre leur avantage actuel avec la mise en place du TTIP. 

Les ONG et organisations de protection du consommateur ont été choquées par la déclaration du ministre et la possible arrivée sur le marché allemand de saucisses grillées américaines ou de bière bavaroise brassée en Californie.

>> Lire : La France oppose appellations viticoles et TTIP

Des inquiétudes plus vives que jamais

Le 5 janvier, le porte-parole du ministre a tenté de rassurer le public en affirmant qu’aucune saucisse grillée de Nuremberg ne serait produite aux États-Unis tant que Christian Schmidt serait ministre de l’agriculture. Le porte-parole a ajouté que le ministre se concentrait surtout sur l’amélioration de la protection des produits et sur l’obligation d’un étiquetage clair.

À Bruxelles, la Commission européenne a essayé de désamorcer les critiques en déclarant que le TTIP ne changerait pas la politique d’appellations géographiques précises. Cela n’a pas suffi à apaiser les inquiétudes, plus vives que jamais, en Allemagne.

« Quand Nuremberg, la Thuringe ou la Forêt-Noire sont mentionnés sur l’étiquette d’un produit, cela doit vouloir dire quelque chose sur ce qui se trouve dans l’emballage », estime Renate Künast, ancienne ministre verte de l’agriculture en Allemagne.

Le porte-parole des Verts chargé de l’agriculture au Bundestag, Friedrich Ostendorff, a déclaré être inquiet pour l’avenir de l’emploi au niveau local. « Des milliers d’emplois sont en danger », a-t-il affirmé au journal berlinois Tagesspiegel. Même les habitants de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’état allemand le plus riche, s’alarment, a-t-il ajouté.

Le PDG de la Fondation allemande pour la législation et la science alimentaires (BLL), Christoph Minhoff, a également exprimé son inquiétude : « Les spécialités régionales doivent rester des spécialités régionales. Nous ne voulons pas de saucisses grillées de Nuremberg produite dans le Kentucky ».

>> Lire : Les fromages compliquent les négociations transatlantiques

Origine et étiquetage

En 1992, L’UE a introduit trois labels différents afin de protéger et de soutenir la production régionale et traditionnelle de denrées alimentaires.

La vignette rouge et jaune portant l’inscription « appellation d’origine contrôlée » (AOC) garantit que la production, la transformation et l’élaboration des produits se déroulent dans une certaine zone géographique selon une certaine méthode. En Allemagne, le fromage de montagne d’Allgäu et la viande de mouton des landes de Lüneburg ont tous deux récemment obtenu cette appellation. 

La vignette d’« indication géographique protégée » (IGP), beaucoup plus répandue, est bleue et jaune. La plupart des 79 spécialités allemandes enregistrées sont définies comme telles. Pour obtenir cette vignette, au moins une des étapes de production doit avoir été réalisée dans une certaine zone. Dans cette catégorie, on retrouve le Spätzle souabe (une sorte de pâte aux œufs), le jambon fumé de Forêt-Noire et la saucisse grillée de Nuremberg.

La troisième catégorie indique les « spécialités traditionnelles garanties » (STG) et ne se réfère pas à une origine géographique spécifique. Pour obtenir cette vignette, le produit doit avoir été créé à partir de certains ingrédients traditionnels ou selon une méthode de production ou de transformation traditionnelle.

Le groupe de consommateurs Foodwatch critique depuis longtemps ces indications, jugées « complètement inadéquates ». Selon Foodwatch, au moins 90 % du jambon de forêt Noire est produit à partir de viande de porc provenant d’autres régions, ce qui ne l’empêche pas d’être vendu comme un produit régional.

L’organisation appelle à des indications d’origine légalement contraignantes pour la nourriture, dans lesquelles les producteurs devraient mentionner le pays d’origine des ingrédients principaux de leurs aliments.

« Les déclarations du ministre de l’agriculture prouvent que les gouvernements entendent revoir à la baisse les normes de protection du consommateur à l’avenir. Malgré toutes les manifestations qui s’y opposent, cette révision des standards européens est discutée dans le cadre des négociations du TTIP avec les États-Unis. Cela aura des conséquences inévitables pour les consommateurs européens, dénonce Foodwatch. En réalité, le TTIP signifiera soit la survie de normes insuffisantes, soit la dégradation de ces normes ».

Rainer Heimler, président de l’association de protection de la saucisse grillée de Nuremberg, garde cependant son calme. « La législation européenne qui protège la saucisse grillée de Nuremberg, ou le jambon de Parme, par exemple, ne peut pas simplement disparaitre. Je doute que cela soit possible », a-t-il déclaré au Tagesspiegel.

« De fait, l’appellation protégée des produits est liée à la propriété intellectuelle », explique-t-il. Il juge la commercialisation de saucisses grillées produites aux États-Unis impossible : « Après tout, il est difficile d’imaginer une distillerie produisant du whiskey Bourbon du Kentucky à Nuremberg. »

>> Lire : Le TTIP ne menace pas les normes alimentaires européennes, selon un institut allemand

>> Lire aussi : Le retour du bœuf européen aux Etats-Unis ne serait pas lié au TTIP

Contexte

Les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (TTIP) ont débuté en juillet 2013.

 La ratification du Partenariat transatlantique pourrait avoir un impact sur près de 40 % du PIB mondial. Le marché transatlantique est déjà le plus important marché à l'échelle planétaire.

La conclusion de ce partenariat pourrait permettre aux entreprises d'économiser des millions d'euros et créer des centaines de milliers d'emplois. On estime que l'économie engendrée par le TTIP s'élèvera en moyenne à 545 euros par an par foyer européen. Le partenariat pourrait également faire augmenter le PIB européen de 0.5 %.