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27/09/2016

L’embargo russe sur le porc européen sème la zizanie à Bruxelles

Commerce & Industrie

L’embargo russe sur le porc européen sème la zizanie à Bruxelles

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La Commission a intimé l'ordre aux pays membres de stopper les contacts bilatéraux avec la Russie à propos de la filière porcine. Elle songe à porter plainte à l'Organisation Mondiale du Commerce tant l'embargo russe sur le porc européen semble peu justifié.

Selon les informations d'EurActiv.fr, la France, le Danemark et les Pays-Bas ont établi des contacts bilatéraux avec la Russie pour tenter de lever l’embargo sur leur production porcine. Il était question qu'une liste de pays ait de nouveau accès au marché russe, qui a bloqué toute importation de porcs européens le 29 janvier dernier, pour une raison sanitaire : des cas de peste porcine africaine sur des sangliers.

>>Lire La Russie bloque les importations de porc

Ces contacts bilatéraux ne sont guère du goût de la Commission, qui a « intimé l’ordre aux États membre d’interrompre les discussions bilatérales » selon une source française.

Diviser les Européens

Bruxelles a «réclamé que l’UE parle d’une seule voix sur ce genre de sujet, d'autant qu'il est dans l'intérêt de la Russie de diviser les Européens» relativise Fréderic Vincent, porte-parole de la DG Santé et consommateur.

La Commission européenne a pris des mesures pour tenter d'endiguer la crise. Elle débloqué cette semaine une aide de 3,5 millions d’euros pour aider les Pays-Bas et la Pologne à mettre en place des mesures de non-prolifération, y compris pour réaliser des analyses biologiques, des campagnes de prise de conscience voire l’abattage des porcs élevés en plein-air.

« Nous avons aussi mis en place des certificats par région qui permettent d’avoir une bonne traçabilité. Malheureusement les Russes pour l’instant ne considèrent pas ces garanties comme suffisantes » constate Fréderic Vincent.

Le motif de l’embargo est jugé léger par les principaux producteurs de porc que sont l’Allemagne, la France ou les Pays-Bas, mais surtout la Pologne, qui sont directement affectés. Les discussions bilatérales auraient surtout porté sur les conditions de reprise des exportations, et les échanges ont principalement eu lieu entre services vétérinaires.

Quatre cas de peste porcine africaine sur des sangliers

« Ce que l’on sent c’est que la Commission européenne paie la rigueur avec laquelle elle a traité la crise de peste porcine africaine en Russie de 2006-2007. Les Russes ressortent aujourd'hui exactement les mêmes arguments qu'on leur avançait il y a 7 ans » souligne une source.

Les cas de peste porcine africaine identifiés sur quelques sangliers en Lituanie et en Pologne ne seraient qu’une excuse. D’autant que le foyer infectieux ne  proviendrait pas d’Europe mais…de Russie et de Biélorussie, les animaux sauvages ayant sans doute traversé les frontières discrètement.

La Commission dit avoir repéré seulement 4 cas de sangliers atteints de peste porcine depuis fin janvier, en Lituanie et en Pologne, non loin de la frontière avec la Biélorussie. « Ces cas sont liés à la présence prolongée de peste porcine africaine dans les régions de l’Ouest de la Russsie et de l’introduction de la maladie en Biélorussie » assure la Direction Générale Santé et consommateur dans un communiqué. Selon la Commission, la maladie n'existe, en Europe, qu'en Sardaigne, chez des sangliers. Et les sangliers ne nageant pas, l'exécutif européen estime que le virus n'a pas pu se propager sur le continent.

Mesures compensatoires

Des mesures compensatoires doivent être prises jeudi 20 mars par la DG Agriculture pour compenser les pertes financières des agriculteurs polonais et lituaniens, qui ne peuvent plus vendre leurs porcs ; 3,5 millions d’euros devraient être débloqués pour cela.

Le sujet a provoqué la démission du ministre polonais de l’agriculture, Stanislaw Kalemba le 14 mars. L’homme politique a décidé de quitter son poste pour contester l’immobilisme de son gouvernement à l’égard des agriculteurs polonais.  La question de la destruction préventive de porcs dans la zone supposée dangereuse avait aussi été évoquée, alors que les agriculteurs estiment que le risque de contamination est minime. Pour l’heure, aucun cas de peste porcine n’a été détecté sur le moindre porc européen.

Un marché déjà déprimé

La dernière note de conjoncture du Marché du porc breton souligne combien le facteur russe a déprimé le marché du porc.

« Un seul marché vous manque et la planète est destabilisée » assure la place de marché, qui centralise les achats et vente de porc en France et produit des cours une fois par semaine. La Russie absorbe d’ordinaire 4 % de la production de l’UE. Le prix du kilo de porc en France a chuté à 1,32 euro le kilo, contre 1,48 euros il y a un an. Le Marché du Porc Breton estime que l'offre totale de porc étant inférieure à celle de l'année dernière, le prix aurait été de 25 centimes plus élevé, hors embargo russe.

« Les éleveurs de porcs français font face à une conjoncture difficile, des trésoreries exsangues et une rentabilité de leur activité bien en-deçà de niveaux suffisants, ils  n’ont pas les moyens de résister à la baisse des prix » assurait en février la Fédération Nationale Porcine, membre de la FNSEA, tout en appelant la France à des négociations bilatérales.

La filière française s’inquiète aussi du fait que certains opérateurs songent à s’approvisionner dans des zones où le prix a encore plus baissé, comme la Pologne.

L’UE exporte d’ordinaire 70.000 tonnes de porcs par mois à la Russie, dont 10 % pour la France. « Nous perdons 6 à 7000 tonnes de débouchés chaque mois, c’est énorme, les stocks sont quasiment saturés » assure Didier Delzescaux, directeur d’Inaporc.

Plainte à l'OMC dans la balance

Alors que la Russie songerait à bannir d’autres viandes de sa palettes de produits importés, en fermant des entrepôts agrémentés pour l’exportation en Russie notamment dans les pays baltes, force est de constater que, sur le terrain la guerre commerciale a déjà commencé –même si le pays n’en est pas à son premier épisode de blocus commercial pour raison sanitaire.

Mais cette fois la riposte de l’Union européenne pourrait être plus violente- et unifiée. Selon une source à la Commission, les 28 pays membres pourraient déposer plainte contre la Russie à l’Organisation Mondiale du Commerce si les dernières mesures annoncées cette semaine ne font pas évoluer la position de l’ex-URSS. Une hypothèse qui ne réjouit pas outre mesure les producteurs, tant l’agenda d’une telle plainte est difficile à prévoir.

Contexte

L’Union européenne est le plus grand importateur mondial de denrées
alimentaires. Les régimes d’importation et d'exportation pour la viande et les produits à base de viande ont été totalement harmonisés et la Commission européenne agit en tant qu’autorité compétente au nom des 28 États membres. En l'occurrence, il existe une seule certification pour la viande européenne, et non pas des certifications locales.
L'UE est donc l'unique partenaire de négociations des pays tiers pour toutes les questions touchant aux conditions d’importation et d'exportation de la viande et des produits à base de viande.