L’UE recule dans la liste de priorités de Pékin

Li Keqiang

Le vice-premier ministre chinois, Li Keqiang, parle d'urbanisation lors d'une conférence de haut niveau co-organisée par les Amis de l'Europe. 3 mai 2012 [Friends of Europe/Flickr]

Alors que le sommet UE-Chine s’ouvre aujourd’hui (29 juin) à Bruxelles, une nouvelle étude souligne les performances médiocres de l’UE en matière de renouvelables. Une situation qui risque de décourager la Chine plus à approfondir sa relation avec l’UE.

Les réformes de la Chine pour une énergie propre « ont dépassé toutes les attentes » ces dernières années, encouragées par les craintes concernant la sécurité d’approvisionnement, la pollution de l’air et le changement climatique, indique une nouvelle étude réalisée par E3G, un cabinet de conseil, et par le groupe de réflexion britannique Chatham House.

Même si la coopération s’est accrue dans des domaines tels que l’urbanisation ou la sécurité énergétique depuis le dernier sommet UE-Chine en 2012, l’Union européenne semble dégringoler dans la liste des priorités stratégiques de Pékin, souligne le document. 

Le document de recherche, qui analyse les relations UE-Chine sur le développement à faible émission de carbone, est publié alors que les deux parties célèbrent 40 ans de relations diplomatiques lors d’un sommet bilatéral qui a lieu aujourd’hui à Bruxelles.

Sa publication survient à un moment clé du développement de l’énergie propre, quelques mois avant le sommet de l’ONU sur le climat qui aura lieu à Paris dans le but de parvenir à un accord mondial.

L’Europe et la Chine ont de nombreux points communs sur l’énergie, a déclaré Nick Mabey de EG3, à commencer par le défi commun de la dépendance des importations énergétiques.

Malgré tout, aucune position commune n’a été adoptée sur la politique énergétique, a-t-il commenté devant un petit groupe de décideurs politiques à Bruxelles la semaine dernière.

C’est une opportunité manquée, indique le document. Les relations économiques UE-Chine ont le potentiel de devenir « le moteur de la transition mondiale vers les énergies propres ».

« La Chine et l’UE ont de nombreux intérêts communs qui n’ont pas encore été abordés », a déclaré Nick Mabey lors de la présentation de l’étude.

Pékin pas convaincue par la stratégie de l’UE

Selon le document de recherche, l’UE devrait sélectionner un plus petit nombre de domaines dans la coopération énergétique afin de garantir plus de résultats.

« Les initiatives sont si nombreuses et les résultats sont si rares, particulièrement à Bruxelles, que politiquement, ça n’a aucun sens », a ajouté Nick Mabey, qui souligne que l’UE ne semble pas atteindre ses objectifs, une impression exacerbée par le manque de coordination des initiatives nationales.

En revanche, les autorités chinoises ont désormais tendance à donner plus d’importance à leur relation avec les États-Unis dans les domaines de l’énergie et du changement climatique « car il y a un niveau d’engagement plus élevé et qu’elles sentent que les choses avancent ». Les relations politiques de la Chine se concentrent davantage sur des échanges bilatéraux avec Berlin et Londres et sur une intégration économique renforcée avec l’Europe du Sud et de l’Est, plutôt qu’avec Bruxelles, souligne le rapport.

« Pour être tout à fait honnête, l’UE a dégringolé dans le programme géopolitique de la Chine », a déclaré Nick Mabey, expliquant qu’il était très difficile de trouver des personnes « intéressées par les questions stratégiques européennes » à Pékin. « L’Europe est encore très importante pour façonner l’économie chinoise, mais elle l’est de moins en moins dans l’orientation de la politique en Chine, c’est une réalité. »

Ce point de vue critique a été nuancé par un haut fonctionnaire sur le changement climatique à la Commission européenne, qui s’est exprimé lors de l’évènement sous couvert d’anonymat.

« À Bruxelles nous avons des limites », a reconnu le fonctionnaire qui a rappelé aux participants que l’UE avait une structure de gouvernance unique impliquant la Commission européenne et les États membres dans les relations du bloc avec les pays tiers. La comparaison avec les États-Unis n’est donc pas totalement fondée, a-t-il insisté.

L’UE peut réellement faire la différence au niveau de la coopération réglementaire avec les Chinois, a-t-il commenté. « Ils analysent de façon très méticuleuse ce que l’UE peut leur offrir », a-t-il déclaré prenant pour exemple l’urbanisation et le système d’échange de quotas d’émissions des gaz à effet de serre.

Villes intelligentes, électro-mobilité et économie verte

L’étude de EG3 ne fait pas preuve que de pessimisme et mentionne des domaines dans lesquels l’UE et la Chine ont des intérêts communs pour renforcer leur coopération énergétique, notamment sur les technologies de gestion de la demande en énergie « intelligente » et sur l’électro-mobilité.

 « Cela pourrait être la prochaine grande révolution », a déclaré Nick Mabey, ajoutant que ces deux domaines « influenceront les dix prochaines années de décarbonisation » en offrant de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes. Certains de ces domaines de coopération bilatérale seront examinés à Bruxelles lors du Sommet des affaires et d’un forum de l’urbanisation, organisés en marge du sommet.

Toutefois, pour débloquer les investissements européens en Chine, Pékin doit lever les restrictions sur son marché public, un problème de longue date qui a empêché la Chine d’obtenir son statut d’économie de marché.

 « Ce serait bien que la Chine libéralise spontanément la plupart de ses systèmes urbains, qui, ainsi, pourraient profiter des technologies européennes les plus efficaces », a poursuivi Nick Mabey. « À Pékin cela se sait. »

« Mais encore une fois, il y a un problème de priorité, et de savoir ce que l’Europe est prête à demander», a-t-il insisté, expliquant que l’Europe avait d’autres demandes, telles que la finance, les produits pharmaceutiques, ou le droit d’auteur, qui selon lui, « prennent le dessus » sur les technologies vertes.

Pour lui, un autre domaine clé est le financement vert, pour lequel la Chine a clairement dépassé l’Europe. La proposition de l’UE pour une Union des marchés des capitaux « manque d’une vision durable », alors que les Chinois ont « tout un processus pour rendre leur réforme du financement plus verte », ce qui est une opportunité énorme pour mieux orienter les économies directes vers des investissements à bas risque et à faibles émissions de carbone ».

Contexte

Le dernier sommet UE-Chine a permis d'entamer les discussions techniques pour « ouvrir le plus tôt possible » les négociations pour un accord bilatéral d'investissement.

Le sommet a toutefois été marqué par un grand nombre de désaccords, y compris par un différend commercial sur les subventions chinoises attribuées à l'industrie et le refus de l'Europe de donner à la Chine un statut d'économie de marché.

Lassée que les appels d'offres chinois ne bloquent les entreprises européennes, Bruxelles a mis en place une action de réciprocité. Les États membres de l'UE pourront dès lors refuser des appels d'offres des pays refusant d'ouvrir leurs marchés publics, notamment la Chine. Pékin est bien consciente que c'est le problème du marché unique qui l'empêche d'obtenir le statut d'économie de marché.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a tenté de minimiser la perception actuelle selon laquelle l'Europe est en faillite et inefficace et la zone euro n'est pas en mesure de résoudre la crise de la dette souveraine.

>> Lire : Les dirigeants chinois et européens peinent à se mettre d’accord

Prochaines étapes

  • 28 juin : Sommet UE-Chine à Bruxelles.