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07/12/2016

Le commissaire à l’agriculture s’engage sur le maintien de l’étiquetage des OGM

Commerce & Industrie

Le commissaire à l’agriculture s’engage sur le maintien de l’étiquetage des OGM

Un produit contenant du maïs génétiquement modifié sera toujours étiqueté comme tel, a assuré Phil Hogan, commissaire européen en charge de l’agriculture. Le commissaire irlandais veut dissiper les craintes des consommateurs face à l’accord commercial avec les États-Unis et le Canada. Un article d’EurActiv Allemagne.  

Au moment de l’ouverture de la Green Week, le plus grand salon de l’agriculture au monde qui a lieu chaque année à Berlin, le commissaire européen Phil Hogan s’est clairement positionné en faveur de l’étiquetage des produits contenant des OGM.

Le responsable politique irlandais a déclaré qu’il n’accepterait aucun compromis concernant les normes de protection du consommateur. Phil Hogan, nommé commissaire en charge de l’agriculture en novembre, a accordé une interview au journal allemand Süddeutsche.

« Nous camperons sur nos positions », a-t-il insisté.

La promesse de Phil Hogan est survenue quelques jours seulement après le regain d’attention accordé au génie génétique en UE.

En effet, le 13 janvier, le Parlement européen a approuvé une nouvelle directive concernant les organismes génétiquement modifiés. Cette mesure permettra aux États membres de choisir une clause d’exemption et donc de pouvoir limiter ou interdire complètement la culture OGM sur leur territoire.

Jusqu’à présent, l’interdiction n’était possible que si le pays prouvait que la culture OGM entraînait des risques pour la santé ou l’environnement, a expliqué Vytenis Andriukaitis, commissaire européen en charge de la santé et de la sécurité alimentaire. La nouvelle directive donne davantage de libertés aux États membres de l’UE pour proscrire la culture OGM, a-t-il ajouté.

>> Lire : L’accord sur les OGM approuvé par le Parlement européen

L’AECG et le TTIP menace l’interdiction des OGM

En Allemagne, le ministre de l’agriculture espère arriver à l’interdiction complète de la culture de produits alimentaires génétiquement modifiés. Cette position a été annoncée par Barbara Hendricks, ministre allemande de l’environnement et originaire du Parti social-démocrate (SPD).

Les craintes quant à la consommation de produits génétiquement modifiés demeurent solides. Les opposants voient les accords de libre-échange avec le Canada (AECG) et avec les États-Unis (TTIP) comme une menace pour l’interdiction des OGM.

C’est également l’avis du parti écologiste du Bundestag développé dans une étude appelée Accord de libre-échange – porte ouverte à l’agriculture transgénique. Cette étude, conduite par Christoph Then et qui s’appuie sur un texte de l’AECG, est une analyse des possibles conséquences du TTIP.

Sa conclusion est qu’avec le TTIP, « les normes de l’UE en matière de protection de l’agriculture sans OGM, telles que les mesures contre la contamination des semences propres par exemple, seront réduites à moyen-terme».  L’auteur prédit également des changements dans la procédure d’approbation des produits importés.

Phil Hogan se serait penché sur les inquiétudes des consommateurs, « car jusqu’à présent, les négociations n’ont pas été du tout transparentes » a-t-il commenté. Mais la commissaire en charge du commerce, Cecilia Malmström, est en passe de changer la donne, a-t-il assuré.

« Quand les gens auront compris ce qui est réellement négocié et quels arguments sont mis en avant, je suis sûr que leurs craintes se dissiperont, » a expliqué Phil Hogan, ajoutant au passage que les normes de protection du consommateur n’en seront pas ébranlées.

« Le sceau des spécialités régionales sera maintenu »

La Commission européenne est claire sur au moins un sujet : elle n’autorisera aucune dérogation concernant l’identification des produits génétiquement modifiés. Selon Phil Hogan, « L’identification d’un produit transgénique en scannant le code barre sur le paquet, comme le suggèrent les Américains, n’est pas l’idée que je me fais d’un étiquetage clair, et ne répond pas non plus aux règles existantes.»

Pour lui, la reconnaissance des spécialités régionales doit demeurer, même avec le TTIP. Il a pourtant rappelé que l’accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis ne menaçerait pas les « saucisses grillées de Nuremberg » ou le « jambon de la Forêt-Noire ».

« Notre système de protection des marques régionales restera tel quel, » a expliqué Phil Hogan, rajoutant que le TTIP n’était pas une menace mais plutôt une opportunité pour les producteurs de spécialités locales.

Les militants pour la protection du consommateur et le syndicat agricole ont vivement critiqué le projet au début de l’année. Face à cette réaction, Christian Schmidt, ministre allemand de l’agriculture, a déclaré que si l’on voulait établir le TTIP, toutes les sortes de saucisses ou de fromages ne pourraient pas être protégées.

Son porte-parole a vite corrigé le tir en soutenant que tant que le ministre serait à son poste, « il n’y aurait pas de saucisses grillées de Nuremberg fabriquées dans le Kentucky »

Contexte

L'Union européenne a une des régulations les plus strictes dans le monde en matière de semences génétiquement modifiées. Elles ne sont autorisées qu'après une évaluation complète des risques.

Une seule culture OGM peut être commercialisée dans l'UE. Il s'agit du maïs résistant aux insectes MON 810 de Monsanto. L'Espagne détenait en 2012 plus de 90 % de la superficie totale de maïs transgénique dans l'UE (129 000 hectares). Cependant, l'Autriche, la Bulgarie, la Grèce, l'Allemagne, la Hongrie, l'Italie, le Luxembourg et la Pologne ont adopté des clauses de sécurité pour interdire sa culture sur leur territoire.

Après trois ans, le Parlement européen a définitivement approuvé le 13 janvier une directive qui permet à tout État membre de refuser la culture d’OGM sur son territoire.