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25/07/2016

Le Medef européen relance le débat du gaz de schiste

Commerce & Industrie

Le Medef européen relance le débat du gaz de schiste

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BusinessEurope a renouvellé ses appels en faveur de l'exploitation du gaz de schiste auprès des États membres. L'organisation patronale compte sur les inquiétudes européennes liées à la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie pour faire bouger les lignes. 

Les suites de la crise ukrainienne et les inquiétudes d’approvisionnement d’énergie en Europe ont relancé le lobbying des patrons européens sur l'exploitation du gaz de schiste. 

Markus Beyrer, le secrétaire général de l’organisation patronale européenne, BusinessEurope, a demandé aux chefs d'État européens de prendre du recul sur la question de l'exploration et de l'extraction des gisements de gaz de schiste en Europe. Ce gaz pourrait, selon lui, assurer l'indépendance énergétique du continent.

« Nous pensons que nous devons équilibrer politique climatique, compétitivité des coûts et sécurité d'approvisionnement. Et bien sûr, dernièrement, la question de la sécurité d'approvisionnement énergétique a gagné une résonance particulière » depuis que de nouvelles dépendances énergétiques ont été mises au jour, a-t-il indiqué à EurActiv lors d'un entretien en faisant allusion à l'antagonisme croissant entre Moscou et Kiev.

« Évidemment, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables ont un rôle à jouer. Mais si on parle en termes de quantité, ces deux axes d'actions ne suffisent pas, c’est pour cela que nous devrions avoir des débats plus rationnels et moins émotionnels quant à l'exploration d’autres voies possibles, telles que les ressources locales, dont le gaz de schiste. »

Des faits scientifiques

Selon le point de vue de Markus Beyrer, trop peu de faits scientifiques viennent appuyer la position, à ses yeux quasi « dogmatique », des opposants à l'exploitation de gaz non conventionnels, tels que le schiste.

« Je dirais que 90 % des arguments que vous entendez normalement sont en fait très éloignés de la réalité, » a-t-il expliqué. Selon le secrétaire général du Medef européen, exclure une option sur la base d’a priori ne constitue pas une solution. À la place, il propose de mettre en place un « contrôle des risques ».

« C'est un coup d’arrêt à tout progrès. Il ne s'agit pas d'exclure tout risque ex ante, mais plutôt de contrôler les risques et nous pensons qu'il existe une possibilité claire de contrôler les risques. Nous avons cependant besoin au moins de mener des explorations pour avancer. »

« Et nous pensons que bien des débats que nous avons entendus sur des sujets, tels que le méthane qui polluerait l'eau courante, ne sont fondés sur aucune réalité. De nombreux problèmes restent à résoudre quant à l’épuration de l'eau […] mais nous devons continuer à avancer, à explorer et après nous trouverons des solutions aux problèmes, » selon lui.

De tels propos révulsent Antoine Simon, militant contre le gaz de schiste au sein des Amis de la Terre, qui réfute de tels arguments.

« Il semblerait que BusinessEurope soit la seule à trouver qu'il s'agit là d'un problème mineur. Même la Commission européenne a publié un rapport l'année dernière sur l'impact environnemental de l'exploitation du gaz de schiste après avoir mené une étude sur les risques de contamination souterraine et à la surface. D’après les résultats obtenus, ce serait dans ces zones géologiques que la dangerosité est à son plus haut niveau. Il existe d'innombrables études provenant de l'université de Stanford, l'université de Duke et de MIT […] nous parlons bien de risques majeurs », a-t-il indiqué en ajoutant que l’exploration de gaz de schiste nécessitait une très grande quantité de parcelles de terre.

>> Lire l'interview intégrale avec Markus Beyrer ici.

Le coût du forage

Des écologistes maintiennent, de leur côté, que la proportion de gaz de schiste dans le mix énergétique serait « marginale » et ne changerait rien aux enjeux liés à la sécurité énergétique. De plus, le coût du forage de puits devrait être pris en compte.

« L'industrie du gaz de schiste est un travail pénible et incessant », d'après Antoine Simon. « Quand vous commencez à en extraire […] la production chute tellement rapidement qu'il est nécessaire de forer toujours plus de puits afin de maintenir la production à un même niveau. Aux États-Unis en 2012, ils ont dû forer 30 000 nouveaux puits pour l'huile et le gaz de schiste seulement pour rester au même niveau de production; ceci représente un coût énorme. »

Alors qu'un forage coûte 4 millions d'euros aux États-Unis, le montant pourrait être deux à trois plus élevé en Europe en raison de la géologie du continent, selon les Amis de la Terre qui se fonde sur une étude de la Deutsche Bank et du cabinet d'audit et de conseil KPMG.

« Aucune raison de paniquer »

BusinessEurope a également mis en garde face aux évènements en Ukraine, où le gouvernement « a essayé de diversifier ses ressources énergétiques » avant d'obtenir un rabais de la part de la Russie.

« Même s'il n'y a aucune raison de paniquer, la situation est bien meilleure que ce qu’elle était les années précédentes, car il fait plus chaud dehors, les stocks sont pleins et je pense qu'il n'y a aucune interrogation en suspens. Mais il y a des signes univoques sur le moyen et long terme qui vont dans le sens d’une réduction de la dépendance », a indiqué Markus Beyrer.

La diversification des ressources énergétiques

Pour les écologistes, l'Europe devrait se concentrer sur d'autres solutions, telles que les énergies renouvelables et l'amélioration de l'efficacité énergétique.

Ils citent une autre étude, « indiquant qu’une politique d'économie d'énergie pourrait permettre une économie nette de 250 milliards par an d'ici 2030, ce qui constitue la voie la plus propre, la moins chère et la plus sûre d'un point de vue géopolitique ». En ce qui concerne les énergies renouvelables, Antoine Simon a donné l'exemple de l’Espagne, qui a annoncé que la première source nationale d'énergie produite en 2013 était l'éolien.

BusinessEurope ne partage pas le même avis. Le directeur général, qui a salué les objectifs « moins ambitieux » du paquet énergie-climat 2030 de la Commission européenne, soutient l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, mais ajoute que ces deux voies ne peuvent répondre entièrement aux enjeux.

>> Lire aussi : Le paquet énergie-climat 2030 déçoit les écologistes

« Nous avons évidemment besoin de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables, mais nous avons vu que ces trois objectifs se pervertissent mutuellement et donnent des résultats non souhaités, » a-t-il certifié.

« Ce que nous produisons en Europe sous l’effet de ces objectifs inutilisables est un système trop coûteux par rapport à la production et qui génère des distorsions. Ce système a été la raison principale de la flambée des coûts énergétiques en Europe qui entame profondément notre compétitivité et notre industrie au niveau mondial, »a ajouté Markus Beyrer.

Contexte

L'année dernière, le géant gazier russe Gazprom a fourni 162 milliards de mètres cubes de gaz à l'Union européenne et à la Turquie, un record. Or, 86 milliards de mètres cubes transitaient par l'Ukraine. Le 7 mars 2014, Gazprom a menacé l'Ukraine de couper son approvisionnement en gaz si le pays n'honorait pas ses dettes.

L'approvisionnement avait brièvement était coupé en 2009, lors de tensions entre la Russie et l'Ukraine. L'Europe centrale craint qu'elle soit confrontée à la même situation en raison de la montée des tensions entre la Russie et l'Occident sur la question de la Crimée.

Les spécialistes projettent l’importation de gaz américain pour 2016, au plus tôt. Les États-Unis ne constituent donc pas une solution dans le cadre de la crise ukrainienne actuelle.

Prochaines étapes

  • Mars 2014 : réunion des ministres de l'Énergie

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