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29/07/2016

Le point d’entrée unique pénalise fruits et légumes européens aux États-Unis

Commerce & Industrie

Le point d’entrée unique pénalise fruits et légumes européens aux États-Unis

Pont Benjamin Franklin, Philadelphie.

[Bossi/Flickr]

Les agriculteurs européens estiment que la question des barrières non tarifaires piétine dans les négociations du TTIP.

Les règles du commerce international imposent des barrières commerciales qui représentent « une taxe de 10 % » sur les exportations de fruits et légumes européens vers les États-Unis, selon la Copa-Cogeca, l’association de représentation des agriculteurs européens.

Arnaud Petit, directeur des produits et du commerce de Copa-Cogeca, a assuré à EurActiv que la question des barrières non tarifaires sur les fruits et légumes est envisagée depuis le début des négociations du partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP), sans pour autant qu’il y ait un résultat concret.

>> Lire : TTIP: l’agroalimentaire dénonce la faible ouverture du marché américain

Selon la Copa-Cogeca, les fruits et légumes européens sont très désavantagés face aux produits européens. Les États-Unis exportent en effet l’équivalent de plus de 2,5 milliards d’euros vers l’UE, alors que les pays de l’union n’exportent que 0,9 milliard d’euros vers les États-Unis.

Arnaud Petit explique que la compétitivité tarifaire des produits américains n’est pas le seul facteur expliquant cette différence. « Les commerçants de fruits et légumes européens sont confrontés à des obstacles techniques qui freinent les échanges », assure-t-il. Ces obstacles absorberaient les trois quarts des gains possibles.

Un seul port d’arrivée

Dans un communiqué publié en octobre, la Copa-Cogeca expliquait que les fruits et légumes européens ne pouvaient atteindre les États-Unis que via le port régional de Philadelphie, une obligation administrative qui a les mêmes effets qu’une restriction aux échanges.

« De l’autre côté, les fruits et légumes américains peuvent être exportés rapidement et accéder aux 500 millions de consommateurs de l’UE via tous les ports du continent », regrette l’association.

Le directeur souligne également que le gouvernement américain impose une série de mesures aux exportateurs espagnols, par exemple, qui doivent notamment réfrigérer les agrumes qui sont transportés vers le marché américain.

« Ces obligations sont très couteuses et ne conviennent certainement pas aux grands volumes à transporter. Les commerçants espagnols exportent donc leurs agrumes sans réfrigération et utilisent les ports qui ont les capacités de refroidissement nécessaires », explique-t-il. « Philadelphie est donc leur seul port d’arrivée possible. »

Les représentants de la Copa-Cogeca assurent que ces sujets ont été abordés lors des négociations, mais « malheureusement, nous n’avons encore vu aucune solution concrète à nos problèmes », regrettent-ils.

« Si nous mettons ensemble toutes les obligations auxquelles nous sommes confrontés, nous arrivons à l’équivalent d’une taxe de 10 % sur les fruits et légumes, ce qui suffit amplement à entraver le commerce », explique-t-il.

Un nombre de ports limité en Europe aussi

Une source européenne proche du dossier contactée par EurActiv a toutefois contredit l’information selon laquelle les fruits et légumes européens ne pouvaient entrer aux États-Unis que via le port de Philadelphie.

Cette personne admet toutefois qu’il est nécessaire de diriger les produits vers les ports qui sont équipés pour les contrôles obligatoires.

L’UE fait d’ailleurs la même chose pour les produits qui doivent faire l’objet d’une inspection sanitaire. Ce système permet de réduire le temps d’attente et est dans l’intérêt des exportateurs et des importateurs.

Le représentant ajoute qu’il existe bien des restrictions pour les plantes, les porte-greffes et autres produits destinés à être plantés, tout en spécifiant que le choix n’est pas limité au seul port de Philadelphie, mais à un total de 17 ports.

Des restrictions existent également pour d’autres types de produits. Les carottes, par exemple, ne peuvent être exportées que vers des ports de l’Atlantique Nord.

Sécurité alimentaire

Arnaud Petit insiste : ces questions doivent être réglées par des responsables de la sécurité alimentaire à la fois à l’UE et aux États-Unis.

« Il faut présenter des propositions pour que nous atteignions notre objectif commun d’une haute sécurité alimentaire, avec des méthodes un peu différentes selon les cas. Nous respectons tous les preuves scientifiques. Appliquons-les ! », martèle-t-il.

Lors d’une interview avec EurActiv, Michael R. Taylor, vice-commissaire à l’alimentation et à la médecine vétérinaire des autorités pour l’alimentation et les médicaments, la Food and Drug Administration, a déclaré que la nouvelle loi américaine sur la sécurité alimentaire serait « flexible » pour les importations européennes. Cette loi devrait également comprendre une « harmonisation intégrée ».

Le représentant américain a également noté que les États-Unis et l’UE avaient la chance d’améliorer leur collaboration et de dominer la scène mondiale en ce qui concerne la sécurité alimentaire.

>> Lire aussi : La protection des indications géographiques dans le TTIP « n’est pas un problème »

Prochaines étapes

  • Fin janvier - début février 2016 : 12ème cycle des négociations autour du TTIP.

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