Les agriculteurs italiens tentés par le TTIP

Les agriculteurs italiens tentés par le TTIP. [ Giampaolo Macorig/Flickr]

Les représentants du secteur agricole italien émettent des doutes sur la transparence du TTIP, mais estiment que l’accord ne doit pas être « diabolisé ». Un article d’EURACTIV Italie.

Malgré les réticences qui subsistent en ce qui concerne la transparence, les agriculteurs italiens ne rejettent pas le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), pourtant très controversé, qui se négocie en ce moment entre les États-Unis et l’UE.

« Nous ne soutenons pas les attitudes extrêmes et négatives », a indiqué Vincenzo Lenucci, de la confédération agricole Confragricoltura, lors d’une rencontre avec la commission « politiques européennes » de la Chambre des députés. S’il est vrai que « la suppression des barrières tarifaires serait plus bénéfique aux exportateurs américains qu’à leurs homologues européens », « le secteur agricole européen profiterait énormément de l’élimination des obstacles non tarifaires sur les exportations de pommes et de poires, par exemple », a-t-il expliqué.

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Même son de cloche du côté de la Copagri, une autre confédération du secteur. Son représentant, Enrico Fravili, dénonce en effet des « idées préconçues » à l’encontre du TTIP. Il souligne toutefois qu’il subsiste de « grandes incertitudes quant à la santé et à l’environnement », ainsi que sur les OGM. Enrico Fravili regrette pourtant l’opacité des négociations, qui empêche les parties concernées de mesurer correctement les conséquences possibles du TTIP. Il est prudent et estime qu’il vaudrait mieux « savoir [exactement] où nous portent les négociations, parce que tout cet enthousiasme sur des possibilités de profit important n’est au final peut-être pas fondé ».

Stefano Masini, de Coldiretti, partage également cette opinion et a rappelé que la question la plus importante pour les travailleurs du secteur agricole était la protection des marques et des indications géographiques. Il indique que l’UE semble chercher à insérer un système de ce type dans l’accord de libre-échange avec le Canada (CETA), et a présenté à cet effet une liste de 274 indications protégées, dont 173 sont des produits italiens ». Il souligne que plus de 100 produits ne figurent donc pas sur cette liste et perdraient leur protection.

Gaetano Pascale, le président du mouvement Slow Food, une ONG qui promeut la production respectueuse de nourriture, n’a cependant pas caché ses inquiétudes. Il craint en effet que « les bénéficiaires économiques de cet accord soient les producteurs déjà adaptés à un système très compétitif » et que le TTIP « désavantage les petits producteurs de qualité ». Il a en outre appelé les députés à « ne pas oublier la question de l’emploi : dans une optique de réduction des coûts […] on risque de porter atteinte non seulement aux droits des travailleurs, mais aussi de réduire le nombre d’emplois ».

Onzième cycle de négociations : l’agriculture à l’honneur

La communication publiée par la Commission à l’occasion de l’ouverture du onzième cycle de négociations, qui s’est déroulé à Miami du 9 au 23 octobre, mentionne un chapitre sur l’agriculture. Bruxelles y exprime de grandes inquiétudes quant à une initiative américaine récente d’augmentation des taxes d’exportation de beurre et de crème européens. Le timing, mais aussi la logique économique qui sous-tend cette initiative sont en effet étonnants.

Les représentants de l’UE ont également soulevé la question des problèmes liés aux obstacles non tarifaires que rencontrent les produits européens sur le marché étasunien, comme l’interdiction d’importer du vin directement ou des discriminations à l’égard des petits producteurs de bière et de vin européens. Les deux parties ont par ailleurs discuté de la possibilité de mettre en place des dispositions spécifiques pour l’étiquetage des boissons alcoolisées.

Protection des produits italiens

Les députés et les représentants du secteur agricole italiens ont également abordé la question de la visite à Washington d’une délégation du Parlement européen, qui avait pour objectif de clarifier certains aspects du TTIP.

Paolo De Castro, membre de la commission agriculture au Parlement européen a expliqué que les représentants des États-Unis avaient prêté une grande attention aux règles liées à la sécurité alimentaire et à la santé humaine et animale, ainsi qu’à l’importance de l’information des consommateurs. Pour l’UE, et pour l’Italie en particulier, il est important d’empêcher l’utilisation d’appellations géographiques, d’images et de marques qui évoquent l’Italie pour vendre des produits qui ne sont pas du tout italiens. « Dans un accord de cette envergure, il est important de mettre en place un système d’étiquetage clair qui permette d’éviter que les consommateurs soient induits en erreur », souligne-t-il. « Nous devons trouver une solution qui convienne à tout le monde et permette au TTIP de constituer une réelle opportunité de croissance et de création d’emploi pour le secteur agroalimentaire européen, et italien en particulier. »

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