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28/07/2016

Les fromages compliquent les négociations transatlantiques

Commerce & Industrie

Les fromages compliquent les négociations transatlantiques

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Fait rare, les républicains et les démocrates font front commun face au projet européen d'imposer des indications géographiques sur l'origine de production des produits fromagers américains. Une demande qui risque de compliquer les négociations sur le partenariat transatlantique.

Le fromage anglais de Stilton sentirait-il aussi bon s'il s’appelait différemment ? La demande de l'Union européenne de renommer les fromages non produits dans leur région d'origine fait grincer des dents les législateurs américains.

« Pouvez-vous vous imaginer nous rendre dans une épicerie où le cheddar et le provolone seraient vendus sous un nom différent ? » interroge le sénateur Pat Toomey, un républicain de la Pennsylvanie.

Le sénateur Pat Toomey et Charles Schumer, un démocrate new-yorkais, ont rassemblé plus de la moitié des membres du Sénat américain afin de faire pression sur Tom Vilsack, secrétaire à l'agriculture, ainsi que sur Michael Froman, représentant américain au commerce, pour contrer le projet européen de changer l’appellation des fromages.

Le Canada a accepté il y a peu d'imposer des restrictions sur l'utilisation de l’appellation « feta » et d'autres appellations de produits laitiers fermentés, mais les sénateurs américains, pour leur part ne veulent pas céder.

« Beaucoup d'exploitations familiales de petite ou moyenne taille ainsi que des entreprises pourraient voir leur chiffre d’affaires amputé de manière injuste en raison de la volonté européenne d'utiliser des indications géographiques comme barrière au commerce et à la concurrence dans le domaine des produits laitiers » rapportent les parlementaires.

Les législateurs américains indiquent que leur action était soutenue par Kraft Foods Group, Leprino Foods, le plus grand producteur de mozzarella au monde dont le siège est à Denver, et des groupes tels que le National Milk Producers Association, le Dairy Export Council et enfin le American Farm Bureau Federation. « Le munster reste du munster, peu importe la manière de le couper, » a déclaré Charles Schumer mardi dernier.

L’indication géographique, source de tensions politiques

Le débat portant sur la dénomination des produits fromagers pourrait être un avant-goût des tensions à venir sur les indications géographiques des produits alimentaires, alors que l'UE et les États-Unis continuent de négocier le Partenariat transatlantique sur le commerce et l'investissement (PTCI).

En Europe, les viticulteurs et les producteurs d’aliments s'appuient sur les indications géographiques protégées pour déterminer l’appellation de certains produits tels que le cognac, le roquefort, le sherry, le parmesan « Parmigiano Reggiano », mais aussi le riz basmati et le thé darjeeling.

Une étude récente publiée par l'Office européen des brevets, situé à Munich, montre que 35 % des emplois européens sont liés aux brevets, aux marques déposées, à des identités visuelles, aux droits d'auteur ou encore à des indications géographiques. Selon le rapport, environ la moitié des industries européennes sont fortement tributaires des droits de la propriété intellectuelle:

>> Lire : 35 % des emplois européens dépendent des droits de propriété intellectuelle

Pekka Pesonen, le secrétaire général de Copa-Cogeca,(syndicats et coopératives agricoles de l’UE)  a prévenu que les négociations commerciales transatlantiques ne devraient pas « faire de vagues » lorsqu'il s'agit de la confiance des consommateurs en matière d'alimentation et des produits issus de l'agriculture.

« Que ce soit du point de vue des exploitants agricoles européens ou américains, nous avons un intérêt commun à ce qu'il n'y ait pas de vagues au final sur le marché européen ou américain. La confiance des consommateurs doit être préservée, peu importe prix, » a insisté Pekka Pesonen.

Contexte

Les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI) ont débuté en juillet.

Si un accord est conclu, il concernerait plus de 40 % du PIB mondial et représenterait les plus grandes parts commerciales et d'investissement direct étranger.  Les échanges commerciaux entre les deux continents sont déjà les plus importants au monde. Le commerce des biens et services équivaut à 2 milliards d'euros.

Cet accord pourrait faire économiser des millions d'euros aux entreprises et créer des centaines de milliers d'emplois. Un ménage européen moyen pourrait économiser chaque année 545 euros et le PIB de notre économie grimperait d’environ 0,5 %, si l’accord est complètement mis en œuvre.

Bruxelles et Washington ont établi l'objectif ambitieux de conclure les négociations d'ici la fin 2014.

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