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29/07/2016

Les manifestations anti-TTIP, miroirs de contestations multiples

Commerce & Industrie

Les manifestations anti-TTIP, miroirs de contestations multiples

Manifestation contre Tafta le 11 octobre 2014 à Paris (Credit: Anne-Claude Martin)

400 initiatives à travers l’Europe ont mobilisé les citoyens contre les accords commerciaux en cours de négociations, et surtout le TTIP (ou Tafta) , samedi 11 octobre. Les nombreux défilés n’ont toutefois pas déplacé les foules.

« Le TTIP, on n’en veut pas !» Le mot d’ordre de la manifestation organisée le 11 octobre dans plusieurs villes européennes était simple. Hambourg, Berlin, Madrid, Ljubljana, Helsinki, Londres, Vienne ou encore Paris sont devenus le temps d’un après-midi d’automne le théâtre de la contestation de cet accord commercial, mais aussi d’autres sujets.

« C’est la première initiative d’ampleur en Europe sur des accords de libre-échange. On a jamais vu une telle prise de conscience ancrée au niveau local », explique Hélène Cabioc’h, membre du réseau Attac et du collectif Stop Tafta, à l’origine de la mobilisation. « C’est important de se mobiliser ensemble à l’échelle européenne pour dénoncer la mainmise des multinationales sur ces négociations ».

En France, de nombreux petits rassemblements se sont concentrés sur la protestation contre le gaz de schiste notamment dans le Sud de la France, alors qu’à Berlin les manifestants s’inquiétaient de la perte de pouvoir des Länder par rapport au pouvoir fédéral dans le cadre de l’accord commercial international, montrant que la contestation affiche des visages multiples.

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Les manifestants anti-Tafta ont ainsi été rejoints par d’autres acteurs de la contestation, à Paris, notamment les Verts et l’extrême-gauche, mais pas l’extrême-droite qui s’oppose aussi au traité. Des drapeaux de partis politiques, de syndicats et d’organisations citoyennes de gauche flottaient au-dessus d’une marée multicolore de pancartes « Stop Tafta » au son de slogans criés au micro et repris en chœur par une assemblée relativement modeste pour le pavé parisien, soit environ 2000 personnes.

« On réclame un rejet clair et un arrêt des négociations car on pense que le projet tel qu’il est amené n’est pas aménageable. L’objectif même de normes et de création de mécanisme investisseur État ou de forum de coopération réglementaire sont des mécanismes qui éloignent totalement les citoyens de la prise de décision et qui mine la capacité de la puissance publique à réguler », a précisé Hélène Cabioc’h.

Un accord qui cristallise la contestation

« Plus ça va, plus on est gouverné par des gens qui sont invisibles et ce sont eux qui prennent les décisions. Nous on a que le droit de manifester et on n’est pas pris en compte. Je trouve que c’est lamentable »,  a expliqué Annie, une militante du Front de gauche de 62 ans, qui souhaite la tenue d’un référendum sur Tafta.

« On réclame la transparence dans ces négociations et on souhaite un droit de regard car les peuples européens ne sont pas informés de ces négociations », a ajouté Brian, militant socialiste de 20 ans venu manifester avec des amis. Le jeune homme se montre d’ailleurs déterminé sous son drapeau des jeunes socialistes, « on n’est pas prêt d’arrêter tant qu’on ne sera pas satisfait, tant que nos revendications ne seront pas atteintes ».

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De son côté, Jean-Luc Mélenchon, député européen du Front de gauche, s’est montré satisfait de cette mobilisation. « Je vois qu’il y a un mouvement d’opinion qui est en train de se construire parce que Tafta arrive à l’intersection de grandes problématiques qui obsèdent les opinions européennes, notamment la question de la démocratie, des préoccupations sociales et environnementales », a expliqué l’élu pour qui Tafta « cristallise tout ça dans l’esprit des gens ».

« Les gens sont trop passifs »

La participation s’est clairement avérée décevante pour le défilé parisien. Grégory, un militant de Nouvelle Donne, un parti politique créé en 2013, s’est désolée de cette passivité. «Ce sont des sujets qui concerne tout le monde mais les gens sont trop passifs. Ils ne comprennent pas que c’est par leur mobilisation qu’on va faire changer les choses », a expliqué le trentenaire, estimant que les médias ne parlent pas assez de Tafta.

D’ailleurs, dans la rue, les passants les plus curieux s’arrêtaient pour voir les têtes connues et les pancartes représentant un Barack Obama aux allures d’oncle Sam tenant par le col de sa veste un François Hollande soumis.

Des préoccupations différentes selon les pays

Le défilé parisien reprenait plusieurs thèmes, s’en prenant aussi bien au TTIP qu’au gaz de schiste et au nucléaire.

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« Les sujets ont plus ou moins d’importance selon les pays, en Allemagne c’est la capacité des Länder à prendre des décisions qui est au cœur des débats. En France, il y a la question des OGM, de la santé, de l’environnement. En Grande-Bretagne, c’est plus la question de la santé. C’est pour ça que cette que cette négociation est extrêmement importante et potentiellement dangereuse » a souligné le député européen écologiste Yannick Jadot.

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Pour lui, cette manifestation est « le signe que les citoyens veulent absolument s’emparer de ce sujet parce qu’ils voient bien que c’est leur vie quotidienne, leurs choix de société qui sont potentiellement remis en cause », a-t-il développé tout en marchant au milieu de la foule.

Le collectif Tafta ne compte pas s’arrêter là. Le 19 décembre prochain, à l’appel du collectif belge D1920, le collectif « Stop Tafta » voudrait  bloquer le sommet européen à Bruxelles. De même, en 2015, une nouvelle action de grande ampleur devrait avoir lieu en coordination avec les mouvements similaires aux États-Unis et au Canada.

Contexte

Les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (Tafta) ont débuté en juillet 2013. Si un accord est conclu sur le Tafta, il concernerait plus de 40 % du PIB mondial et représenterait les plus grandes parts commerciales et d'investissement direct étranger. Les échanges commerciaux entre les deux continents sont déjà les plus importants au monde.

 Mais les manifestations anti-Tafta affirment que l'accord aboutira à une réduction des normes environnementales, de la sécurité alimentaire et des normes sociales. Ils ont également critiqué le manque du transparence dans les négociations.