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08/12/2016

TTIP: l’agroalimentaire dénonce la faible ouverture du marché américain

Commerce & Industrie

TTIP: l’agroalimentaire dénonce la faible ouverture du marché américain

Le roquefort a fait l'objet d'une véritable bataille tarifaire entre les États-Unis et l'UE.

Crédit : [Doozle / flickr.com]

Les organisations du secteur agro-alimentaire s’inquiètent de l’équilibre de l’accord commercial. Un seul port américain, Philadelphie, peut accueillir les aliments européens -alors que les produits américains arrivent de toutes parts.

Copa-Cogeca et FoodDrinkEurope – qui représentent les agriculteurs européens, les coopératives agricoles et les fabricants de produits alimentaires et de boissons – soutiennent dans l’ensemble le très controversé partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP).

>> Lire : Le gouvernement allemand fait fi des manifestations sur le TTIP

Les agriculteurs européens sont toutefois de plus en plus sceptiques quant à la volonté des États-Unis de conclure un accord équilibré.

Le prochain cycle des négociations entre les États-Unis et l’UE aura lieu la semaine prochaine (du 19 au 23 octobre) à Miami, en Floride.

Selon Eurostat, les États-Unis sont le premier marché à l’exportation pour les boissons et produits alimentaires européens (à hauteur de 13,6 milliards d’euros) et le second pour les matières premières agricoles européennes (4,4 milliards d’euros). À l’inverse, les États-Unis sont le troisième plus grand fournisseur de produits de base agricoles de l’UE (2,1 milliards d’euros).

Durement frappés par l’embargo russe, les agriculteurs européens voient le TTIP comme l’occasion de trouver des marchés alternatifs pour leurs produits. Ils sont également convaincus que les consommateurs américains sauront reconnaître la grande qualité de leurs produits.

Copa-Cogeca a néanmoins souligné que les négociations trainaient sur l’allègement des lourdeurs administratives et la levée des obstacles non-tarifaires.

« Il y a eu peu d’avancées à ce sujet, mais pour nous, il est indispensable que les négociations aboutissent », a déclaré Peka Pesonen, secrétaire générale de Copa-Cogeca.

Lors d’une conférence de presse à Bruxelles le 14 octobre, Peka Pesonen a cité quelques exemples d’exportations de fruits et de légumes européens bloquées par « le système bureaucratique couteux et pesant des États-Unis ».

« Un nombre limité de produits sont autorisés à entrer sur le marché américain après une procédure de pré-dédouanement », a-t-il rappelé, ajoutant que tous les produits européens ne pouvaient arriver que par un seul port : celui de Philadelphie.

En revanche, les fruits et légumes américains « peuvent être exportés rapidement et atteindre les 500 millions de consommateurs via tous les ports » d’Europe, a commenté Peka Pesonen.

Selon lui, les négociations n’ont pas non plus avancé sur la reconnaissance du système européen des indications géographiques, alors que ces dernières permettent aux produits européens de qualité de ne pas être imités.

Les États-Unis s’attaquent au secteur laitier européen

La semaine dernière, Washington a décidé d’appliquer des taxes supplémentaires aux exportations européennes de beurre et de crème. Une annonce qui a provoqué de vives réactions chez les producteurs de lait européens.

« Je m’interroge sur l’engagement des États-Unis à conclure un accord de libre-échange, quand ils frappent l’industrie laitière européenne avec une augmentation des accises pour le beurre et la crème », a déclaré Martin Merrild, le président de COPA, lors d’une visite le 9 octobre aux États-Unis.

« Je ne vois pas en quoi cette décision est justifiée quand on sait que nous exportons des quantités modestes vers les États-Unis […] environ 8 000 tonnes de beurre par exemple », a-t-il ajouté.

Mansel Raymond, président du groupe de travail sur le lait à Copa-Cogeca, s’inquiète également de la position du fromage européen sur le marché américain, puisque l’approbation prend parfois jusqu’à 60 jours.

« Les fromages européens n’ont pas accès au marché américain, car les informations sur l’étiquette ne sont pas au format approprié », a-t-il souligné.

Renverser la tendance

Eleni Giannakaki, responsable de la communication chez FoodDrinkEurope, a déclaré à EurActiv que la part de marché de l’UE aux États-Unis s’est réduite ces dernières années. De 26 % en 2001, elle est passée à 23 % en 2010.

« Le TTIP est l’occasion de renverser cette tendance et d’accroître les échanges entre les deux plus grandes économies au monde. Nous voulons un accord ambitieux qui facilitera l’échange entre les producteurs européens et les États-Unis », a-t-elle affirmé, rappelant toutefois qu’il n’y aurait aucune négociation sur le maintien des normes européennes existantes sur la protection du consommateur, de l’environnement et de la santé.

>> Lire : Une pétition recueille trois millions de signatures contre le TTIP

Interrogée sur les « lignes rouges » de l’industrie agroalimentaire, c’est des tarifs douaniers dont elle a parlé.

« Résoudre les questions réglementaires et progresser sur le front des droits de douane permettra de réduire les coûts de transaction pour les entreprises et d’accélérer les opérations commerciales. Par ailleurs, des prix plus bas rendront les produits européens plus attractifs aux États-Unis », a-t-elle fait remarquer.

« Le TTIP est une belle occasion de se pencher sur l’élimination ou la réduction des barrières non-tarifaires lourdes et couteuses, comme les obstacles sanitaires et phytosanitaires (SPS) et d’autres entraves techniques, et de maintenir à la fois des normes de sécurité élevée », a-t-elle conclu. 

Prochaines étapes

  • 19-23 octobre : 11ème cycle des négociations sur le TTIP à Miami.