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22/01/2017

Les footballeurs demandent à la Commission de les sortir de l’«esclavage»

Concurrence

Les footballeurs demandent à la Commission de les sortir de l’«esclavage»

Kevin de Bruyne a été acheté à 75 millions d'euros par Manchester City. La FIFPro dénonce des pratiques contraire au droit européen.

[Erik Drost/Flickr]

La fédération internationale des footballeurs appelle à l’« abolition » du système de transfert actuel. 

Les sportifs les plus riches seraient aussi des esclaves. C’est en tout cas la thèse de leur syndicat, qui juge que l’actuel système de transfert des footballeurs professionnels s’assimile à de l’« esclavage » pour certains joueurs. Ces derniers seraient exploités par leurs clubs et agents, selon la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels, la FIFPro. L’organisme compte sur l’UE pour changer la situation.

Le système de fenêtres de transfert (périodes pendant lesquelles les joueurs peuvent être vendus et achetés) a fait exploser les indemnités de transfert, qualifiées d’« indécentes » par Philippe Piat, le président de la FIFPro. Il prend pour exemple l’indemnité de transfert de Kevin de Bruyne, le milieu de terrain belge pour qui Manchester City a déboursé la bagatelle de 75 millions d’euros.

Plainte auprès de la Commission

Le 18 septembre, la FIFPro a donc déposé une plainte auprès de la Commission, arguant que ce système est en contradiction avec les règles de concurrence de l’UE parce qu’il donne aux grands clubs le monopole sur les bons joueurs. La fédération estime aussi qu’il va à l’encontre du droit du travail.

La Commission jouit de pouvoirs étendus en ce qui concerne les règles de concurrence. En 1995 la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un jugement, l’arrêt Bosman, en vertu duquel les joueurs de football peuvent quitter leur club à la fin d’un contrat sans que cela donne lieu à une indemnité de transfert.

Le coût des transferts est de fait bien trop élevé pour les petits clubs. 67 % des joueurs vendus par les grands clubs sont donc achetés par d’autres grands clubs, explique Theo Van Seggelen, secrétaire général de la FIFPro. La fédération souligne également que les contrats des joueurs sont davantage utilisés comme instruments financiers, que comme des contrats de travail.

Il n’est en outre pas inhabituel que les clubs offrent aux joueurs de prolonger leur contrat, avant de les vendre à un autre club. Et s’ils ne signent pas, les joueurs risquent de rester sur le banc de touche.

Trafic

La FIFPro ne mâche pas ses mots et explique que les jeunes joueurs sont amenés en Europe par des agents peu scrupuleux, qu’elle compare à des trafiquants. Le fait que les agents sont censés représenter les joueurs, mais sont en réalité payés par les clubs est inacceptable, souligne Philippe Piat.

Sans les indemnités de transfert, les grands clubs pourraient toutefois garder leur monopole en augmentant simplement les salaires. C’est pourquoi Theo Van Seggelen estime qu’il faut mettre en place des garde-fous qui assureraient la rentabilité et le caractère concurrentiel des équipes.

La position des équipes plus modestes en serait renforcée et elles pourraient concurrencer les grands clubs. Pour le secrétaire général de la fédération, sans changement de système, les matches de ligue nationale de beaucoup de pays n’auront plus rien d’intéressant.

Ce recours juridique tombe mal pour la FIFA, dont les règles de fair-play financier ont été vertement critiquées et sont en ce moment examinées de près par la justice européenne. Les critiques estiment en effet que ces règles sont trop avantageuses pour les grandes équipes et maintiennent le statu quo.

Toute décision prise par Bruxelles ne devrait toutefois pas avoir de conséquences avant plusieurs années. Si la Commission soutient la fédération internationale des footballeurs, les clubs feront en effet très probablement appel, ce qui entraînerait des procédures juridiques interminables.

Contexte

En 1995 la Cour de justice de l'Union européenne a rendu un jugement, l'arrêt Bosman, en vertu duquel les joueurs de football peuvent quitter leur club à la fin d'un contrat sans que cela donne lieu à une indemnité de transfert.

Après ce jugement, les ligues nationales ont été envahies de joueurs étrangers. Les clubs ne peuvent donc plus exiger d'indemnité de transfert au moment de l'échéance d'un contrat. L'arrêt Bosman a aussi rendu illégal le système de quota de l'UEFA, selon lequel une équipe pouvait avoir trois joueurs étrangers et deux étrangers « assimilés ».

Les règles de fair-play financier de l'UEFA, qui ont pour objectif d'assurer la rentabilité des clubs, sont en ce moment examinées par les juges européens.

Le 18 septembre, la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (FIFPro) a déposé une plainte contre la FIFA auprès de la Commission européenne. La FIFPro estime en effet que le marché des transferts actuel est contraire à la concurrence.

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