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29/08/2016

Janez Poto?nik : « Les subventions à l’eau et l’énergie entravent l’économie circulaire »

Développement durable

Janez Poto?nik : « Les subventions à l’eau et l’énergie entravent l’économie circulaire »

Le commissaire Janez Potocnik, 2014. [TEDxFlanders/Flickr]

Janez Potocnik, le commissaire en charge de l’environnement, affirme que le modèle de l’économie circulaire va inévitablement s’imposer. Un des enjeux centraux sera le découplage de la croissance économique et de la consommation, pour ne pas épuiser les ressources de la planète

Janez Potocnik est Slovène. Il a été commissaire européen en charge de la science et la recherche de 2004 à 2010 puis commissaire à l’environnement depuis 2010. 

L’économie circulaire est-elle juste une idée séduisante ou une évolution véritable de l’économie européenne ?

C’est en fait inévitable.

Premièrement, car nous sommes dans un continent densément peuplé et nous consommons énormément de ressources. 16 tonnes de ressources par personne et par an. Dont trois tonnes terminent dans des décharges à ciel ouvert. Nous sommes enfermés dans de vieux modèles de production et de consommation industrielles.

Deuxièmement, parce que nos ressources et nos sources d’énergie deviennent de plus en plus chères. Après un siècle marqué par un recul des prix, les prix des ressources ont commencé à exploser au tournant du siècle. Le prix réel des ressources a progressé de 300 % entre 1998 et 2011. 87 % des sociétés européennes anticipent une poursuite de cette tendance ces cinq prochaines années.

Troisièmement, déjà aujourd’hui, les ressources représentent la première dépense structurelle. Par exemple, dans l’industrie allemande, 43 % du total des coûts peuvent être attribués à l’exploitation de ressources. Seulement 18 % incombent à la masse salariale.

Enfin, quatrièmement, l’Europe est dépendante de ses imports énergétiques, mais aussi de bien d’autres ressources. Nous importons plus de la moitié des matériaux que nous utilisons. Et cette dépendance continue à s’accroître- nous importons toutes les ressources issues de terres rares dont nous avons besoin pour les technologies intelligentes, par exemple.

Produire des biens avec moins d’énergie, moins d’eau, moins de matière première, produire des biens recyclables et réutilisables fait sens d’un point de vue économique. Protéger l’environnement ne portera pas atteinte à l’industrie en Europe, c’est exactement le contraire. En respectant [l’environnement], nous créons les conditions pour que le secteur industriel européen reste compétitif globalement – en Europe. Pour rester compétitifs, nous avons besoin de changement.

Quels sont les thèmes les plus importants inscrits au calendrier écologique de l’Union européenne ?

Les priorités pour les années à venir sont indiquées dans le 7e programme d’action général de l’Union pour l’environnement à l’horizon 2020. L’objectif est de renforcer la résilience écologique de l’Europe et de faire de l’UE une économie verte et durable.

Les facteurs clés sont la protection du capital vert, le soutien de l’efficacité des ressources et l’accélération de la transition énergétique vers une économie à faibles émissions de carbone. Le programme cherche également à s’attaquer aux causes environnementales dans les maladies. Les résultats devraient contribuer à stimuler une croissance durable et produire de nouveaux emplois en vue de faire de l’UE un lieu plus agréable et plus sain où il fait bon vivre.

Un citoyen européen rejette en moyenne 6 tonnes de déchet par an et la tendance est à la hausse. Comment peut-on s’attaquer à la question ?

« Découplage » est le mot – nous devons trouver de nouvelles voies en vue de maintenir la croissance tout en utilisant moins de ressources. Cette semaine, l’International Resource Panel rendra son dernier rapport sur le découplage, et il sera intéressant de le lire.

Leurs derniers rapports mettaient en garde face aux conséquences engendrées par l’augmentation de la population et de la prospérité qui pourrait amener l’humanité à consommer 140 milliards de tonnes de minéraux, de minerais, de carburants fossiles et de biomasse par an d’ici 2050, sauf si la croissance économique est découplée de la consommation en ressources. C’est trois fois plus que ce que l’on consommait en 2000, et cette consommation excède certainement toutes les ressources valables et les limites de la planète en vue d’absorber l’impact de leur extraction et de leur utilisation.

Ce qu’ils sont en train de faire maintenant est d’identifier où sont les obstacles véritables au découplage, dont notamment les subventions à l’énergie et à la consommation en eau, des cadres réglementaires dépassés ainsi que des technologies biaisées. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il existe des solutions à de tels problèmes – nous venons tout juste de convaincre les gouvernements quant à leur faisabilité.

Est-il important d’avoir recours à des instruments fondés sur les prix, tels que des taxes sur les sacs plastiques ou les quotas de carbone ?

Les instruments économiques sont des modèles éprouvés et vérifiés en vue d’apporter des réponses aux problèmes environnementaux. Peut-être, le plus gros problème auquel est confronté l’environnement est celui-ci : lui porter atteinte n’engendre aucun coût supplémentaire – comme si la pollution atmosphérique, la pollution des eaux, les déchets, etc. étaient autant de crimes sans victime – alors qu’en fait, c’est exactement le contraire, puisque nous en souffrons tous. Donc les instruments économiques essaient de fixer un prix sur ces externalités puis les mettent en œuvre, ce qui à terme permet d’éviter que de telles externalités existent.

Il existe un grand nombre [d’instruments] et autant de preuves de leur efficacité. La gestion des déchets, de solides plans de gestion des déchets, des programmes de prévention des déchets, ainsi que des instruments économiques, tels que le modèle PAYT [Pay As You Throw – Payez en fonction de ce que vous jetez], les taxes de mise en décharge, les systèmes de consigne, les systèmes de responsabilité du producteur et ainsi de suite, sont autant de méthodes éprouvées et vérifiées. Ils se sont révélés très efficaces parmi les États membres qui présentent maintenant un taux de recyclage particulièrement élevé, comme en Allemagne, en Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas ou encore en Suède. 

Interview réalisée par Aline Robert, EurActiv France.