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29/09/2016

Appel à des objectifs contraignants pour protéger l’industrie photovoltaïque et éolienne

Développement durable

Appel à des objectifs contraignants pour protéger l’industrie photovoltaïque et éolienne

L'ancien ministre de l'Environnement allemand, Jürgen Trittin, prévient l'UE que ses objectis énergie-climat pour 2030 pourraient être contre-productif. [Stephan Röhl]

Une étude de la European Climate Foundation (ECF) estime que seuls des objectifs contraignants permettraient d’éviter que les industries photovoltaïques et éoliennes de CO2 quittent l’Europe. Cette étude est publiée à la veille du sommet européen qui doit décider des objectifs énergie-climat pour 2030. Un article d’EurActiv Allemagne

Deux anciens ministres de l’Environnement allemands, Klaus Töpfer et Jürgen Trittin, s’alarment de voir l’Europe abandonner son rôle important dans la protection de l’environnement.

Les 28 chefs d’État et de gouvernements ne doivent pas céder aux lobbyistes lors du sommet des 23 et 24 octobre, qui déterminera les objectifs pour 2030 en matière d’énergie et de climat, exhortent-ils.

Les représentants des industries énergivores estiment que la compétition avec des pays sans législation stricte sur les émissions de CO2 pourrait les forcer à délocaliser leurs infrastructures, ce que l’on appelle les « fuites de carbone ».

« Il n’existe en réalité pas de fuite de carbone, assure Jürgen Trittin. Le danger de fuite des industries spécialisées dans la réduction des émissions de CO2 est beaucoup plus réaliste !» L’ancien ministre fait ainsi allusion à la production de technologies à faible émissions de carbone, comme les panneaux solaires, qui sont à présent principalement fabriqués en Chine.

>> Lire : Succès des panneaux solaires en Chine

« L’Europe doit offrir des conditions-cadres fiables au secteur de l’énergie renouvelable », ajoute-t-il, en référence aux politiques contradictoires et instables de soutien aux  énergies renouvelables qui ont mené à la dépression du marché européen.

Il est inacceptable, selon Jürgen Trittin, que les États membres de l’UE poussent leurs industries à se distancier alors même que celles-ci sont en train de devenir plus compétitive sur le marché mondial et gagnent du terrain dans des régions de plus en plus nombreuses.

« Cette attitude met en danger l’emploi et la croissance. Ni l’Allemagne, ni l’Europe ne peuvent se permettre de tels risques », a-t-il assuré ce lundi 20 octobre, lors de la présentation d’un rapport établi par la European Climate Foundation (ECF) en association avec la société de conseil E&Y à Berlin. 

L’économie européenne est toujours à la pointe des marchés mondiaux en ce qui concerne les énergies renouvelables, l’e-mobilité, le stockage d’énergie et les réseaux intelligents. Selon ce rapport, les relocalisations vers la Chine, le Japon, les États-Unis et un nombre important de pays en voie de développement et d’industrialisation constituent une menace imminente.

Plus d’investissement et des objectifs climatiques contraignants

Le rapport de la ECF estime que certaines industries-clés, comme celle du photovoltaïque de l’éolien ou du biocarburant pèseraient environ 100 milliards d’euros chacune. Au sein de l’UE, elles représentent plus de 600 000 emplois.

La ECF recommande des investissements stables, des objectifs politiques fiables et des régimes de soutien efficaces afin d’exploiter le potentiel de croissance du secteur.

« La seule façon d’éviter cette migration de l’industrie est que les États membres établissent des objectifs ambitieux et contraignants, non seulement en ce qui concerne la multiplication des sources d’énergie renouvelable et la réduction des gaz à effet de serre, mais aussi en termes d’efficacité énergétique », explique Jürgen Trittin.

Les propositions de politiques climatiques et énergétiques d’ici à 2030 de la Commission européenne comprennent des objectifs contraignants pour une réduction de 40 % des gaz à effet de serre, un accroissement de l’efficacité énergétique de 30 % et une augmentation de la part des énergies renouvelables, qui devrait atteindre 27 % dans toute l’UE.

À l’heure actuelle, la Pologne est l’un des États membres qui bloquent les négociations. La Grande Bretagne et Chypre sont également opposés à toute forme d’objectif obligatoire en matière d’efficacité énergétique.

À l’inverse, l’Allemagne, le Danemark et la Suède souhaitent que ces objectifs soient tous les trois contraignants; et que les objectifs en termes d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique soient élevés à 30 %.

Jürgen Trittin a vivement critiqué le gouvernement allemand qui, selon lui, ne fait pas figure de modèle. « La ministre de l’Environnement, Barbara Hendricks, a déjà annoncé que la réduction des gaz à effet de serre en Allemagne n’atteindrait pas 40 %, comme prévu, mais seulement de 33 %. Cela ressemble beaucoup à un abandon de responsabilités. Cette attitude invite presque les États qui bloquent les négociations à rester sur leurs positions », dénonce l’ancien ministre.

Le gouvernement allemand doit comprendre que des objectifs climatiques contraignants constitueraient une opportunité énorme pour l’industrie nationale.

Vers une réforme du secteur du charbon?

« Nous devons développer et généraliser l’utilisation de technologies de l’avenir en Europe, assure quant à lui Klaus Töpfer.

Si l’Allemagne veut atteindre ses objectifs climatiques et continuer d’être à la pointe des politiques climatiques mondiales, elle doit réduire drastiquement les émissions de son secteur énergétique et mettre en place une politique d’efficacité énergétique d’envergure. »

« Pour ce faire, il faudra cependant passer par une réglementation de l’électricité produite grâce au charbon, explique Klaus Töpfer, qui a été directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) pendant huit ans.

Jusqu’ici, les politiques climatiques ont toujours été subordonnées aux intérêts économiques. Klaus Töpfer souligne néanmoins que même les détracteurs de ces politiques sont aujourd’hui heureux qu’elles aient été mises en place, ainsi que certaines décisions politiques ambitieuses.

Le résultat du sommet européen de cette semaine aura un impact considérable sur les prochaines négociations de l’ONU sur le climat. Un nouvel accord mondial de protection du climat devrait voir le jour d’ici à la fin de l’année 2015 à Paris. Cet accord entrerait en vigueur en 2020 et mettre tous les pays sur la voie d’une nouvelle ère de protection du climat.

Contexte

Pour 2030, le cadre énergie-climat prévoit :

  • une réduction de 40 % des gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990, obligatoire à l'échelle nationale et qui ne peut être atteint par l'utilisation de crédits carbone ;
  • l'utilisation de crédits carbone en vue de respecter de nouveaux engagements internationaux sur le climat ;
  • un objectif portant à 27 % la part des énergies renouvelables, contraignant pour l'ensemble de l'Union, mais pas à l'échelle nationale ;
  • aucun nouvel objectif en matière d'efficacité énergétique avant l'examen en juin 2014 des avancées sur la directive sur l'efficacité énergétique ;
  • des recommandations non contraignantes sur le gaz de schiste qui pourraient devenir obligatoires en 2015 ;
  • une réserve de stabilité du marché pour le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) capable de retirer ou de libérer jusqu’à 100 millions de crédits carbone ; et
  • l'échéance de la directive sur la qualité des carburants d'ici 2020, qui impose une réduction de 6 % de l'intensité de gaz à effet de serre des combustibles de l'UE.

Prochaines étapes

  • 23-24 Oct.: sommet européen à Bruxelles sur les objectifs en matière de climat et d'énergie

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