Bruxelles rappelle à l’ordre les Comores et Taïwan sur la pêche illégale

Karmenu Vella [European Commission]

La Commission européenne a distribué des cartons jaunes aux Comores et à Taïwan pour leur manque de coopération dans la lutte contre la pêche illégale. La Thaïlande risque toujours un carton rouge. 

Les Comores et Taïwan ont rejoint le rang des mauvais élèves en matière de lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Le 1er octobre, la Commission européenne a distribué des cartons jaunes aux deux pays, qui ont six mois pour améliorer leurs cadres juridiques jugés insuffisants.  

La Commission utilise les cartons jaunes pour avertir les pays tiers que leurs produits de la pêche pourraient perdre l’accès au marché européen. Le cas de la Thaïlande, le plus grand pays à être soumis à cette procédure, sera réexaminé avant la fin de l’année. Le Ghana et la Papouasie – Nouvelle-Guinée, qui ont réformé leur système de gouvernance, ont été retirés de la liste.

La procédure d’avertissement est maintenue pour l’île de Curaçao, les îles Salomon, les Tuvalu, Saint-Christophe-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et la Thaïlande, où la procédure a été lancée en avril 2015.

Carton rouge

Si les pays n’améliorent pas leurs normes, ils risquent d’écoper d’un carton rouge et n’auront plus le droit d’exporter leurs produits de la pêche en UE. Jusqu’à présent, les pays qui ont reçu un carton rouge sont la Guinée, le Sri Lanka, et le Cambodge.

À l’inverse, le Ghana et la Papouasie – Nouvelle-Guinée ont rejoint la liste grandissante des pays (Corée, Philippines, Fiji, Belize, Panama, Togo et Vanuatu) qui ont réformé leur système suite à l’avertissement de l’UE. Le Belize a été retiré de la liste noire en décembre 2014, après avoir adopté des mesures sur le long terme pour combler les lacunes de son industrie de la pêche.

Dans le cas de la Thaïlande, le carton jaune est maintenu jusqu’à ce qu’une équipe de la Commission se rende dans le pays à la fin du mois et prenne une décision d’ici à la fin de l’année. La Commission a trois options : lever le carton jaune, le maintenir ou distribuer un carton rouge à la Thaïlande.

En avril, la Thaïlande a déjà reçu un « carton jaune », à cause d’un cadre législatif de lutte contre la pêche illégale inadéquat et de la faiblesse de ses systèmes de surveillance, de contrôle et de traçabilité.

Esclavage

Ces derniers mois, des témoignages de survivants, de défenseurs des droits de l’Homme et de journalistes ont révélé au monde les pratiques horrifiantes de l’industrie de la pêche en Thaïlande, et plus particulièrement de la pêche destinée à l’exportation. Ces pratiques comprennent notamment l’esclavage et l’exploitation de milliers de Rohingyas apatrides.

Les Rohingya sont une communauté musulmane constituant une minorité en Birmanie, où ils sont victimes d’intenses discriminations. Un nombre croissant d’entre eux fuient donc le pays pour tenter d’échapper à cette oppression, et arrivent clandestinement en Thaïlande et en Malaisie.

Les eurodéputés ont prévenu qu’il soutiendrait la décision de distribuer un carton rouge à la Thaïlande et d’interdire les importations liées à la pêche si la pêche illégale n’était pas limitée et la pratique de l’esclavage n’était pas abandonnée.

>> Lire : La Thaïlande risque un « carton rouge » de l’UE pour sa pêche illégale

La Commission est silencieuse sur le sujet car la décision du carton jaune ou rouge est de nature confidentielle. Dans le même temps, les autorités thaïlandaises ont ouvertement cherché à dissiper la crise.

La semaine dernière, le ministre thaïlandais de l’Agriculture, Chatchai Sarikalya, a estimé que le carton jaune de l’UE devait servir de catalyseur pour réformer l’industrie de la pêche du pays.

Chatchai Sarikalya a déclaré que le gouvernement s’était engagé à remplir les obligations internationales pour combattre la pêche illégale, protéger les droits de l’homme et cesser les trafics.

Karmenu Vella, le commissaire européen en charge de l’Environnement, des Affaires maritimes et de la pêche, a déclaré que ces décisions démontraient la détermination de l’Union européenne d’intégrer les principaux acteurs dans la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.

Pêche légale et durable

« Le Ghana et la Papouasie – Nouvelle-Guinée ont assumé leurs responsabilités et possèdent désormais des cadres juridiques et politiques solides pour combattre la pêche INN. J’appelle les autorités des Comores et Taïwan à suivre ces exemples et à rejoindre l’UE dans la promotion d’une industrie de la pêche légale et durable dans le monde entier », a souligné Karmenu Vella.

Les ONG ont également réagi à la nouvelle. La Fondation pour une justice environnementale (EJF), Oceana, Pew Charitable Trusts, et le WWF ont commenté la décision de la Commission. Tony Long, directeur du projet de Pew pour éliminer la pêche illégale, a salué le leadership du commissaire pour combattre la pêche illégale dans le monde.

« L’annonce faite aujourd’hui n’inclut ni feu vert, ni carton rouge pour la Thaïlande. Cela signifie qu’ils travaillent encore avec la Commission pour améliorer les mesures de lutte contre la pêche INN. Nous espérons que, dans un avenir proche, ces mesures seront mises à jour », a déclaré Marta Marrero, de Pew.

Eszter Hidas, responsable de la politique européenne du programme de pêche illégale chez WWF, a rappelé que les cartons jaunes s’étaient avérés efficaces pour encourager les pays à combler leurs lacunes dans le combat contre la pêche illégale. L’organisation d’Eszter Hidas espère qu’avec le soutien de l’UE, les Comores et Taïwan amélioreront les normes de leur industrie .