Croissance atone des énergies renouvelables en Europe

Despite enjoying an offshore wind boom, overall levels of renewables investment in Europe stayed about the same this year. [Statkraft/Flickr]

Les investissements dans les énergies renouvelables en Europe ont été pratiquement paralysés l’année dernière, avec moins de 1 % de croissance. Une stagnation due au manque de continuité des systèmes d’aides aux renouvelables des Etats membres. 

Les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables ont grimpé de 17 % pour atteindre 290 milliards d’euros, la première hausse depuis trois ans, indique un rapport de l’ONU.

Cette envolée est due en partie aux 80,5 milliards d’euros investis dans les installations solaires en Chine et au Japon et à des investissements record de 20 milliards d’euros dans des projets d’éoliennes offshore en Europe.

Le montant total des investissements dans les renouvelables, qui ne prend pas en compte les grandes centrales hydroélectriques, se situe à 3 % seulement en dessous du record historique de 299,6 milliards d’euros, atteint en 2011, selon le rapport? publiée le 31 mars.

La Chine est de loin le plus gros investisseur. Le pays a injecté 89,5 milliards d’euros dans des projets de renouvelables, soit 39 % de plus que l’année dernière.

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Les États-Unis sont deuxièmes au classement, avec 41,2 milliards d’euros, soit une hausse de 7 % par rapport à l’an passé, mais encore bien en-dessous de son record historique atteint en 2011. Le Japon vient compléter le podium, avec 38,4 milliards d’euros d’investissements, soit 10 % de plus qu’en 2013 et que son plus haut historique, selon un rapport influent sur le financement des nouvelles énergies, co-écrit par la Frankfurt School.

Les énergies solaire et éolienne représentent 92 % des investissements mondiaux dans les renouvelables et les combustibles. La biomasse et la récupération d’énergie représentent 3 % du total. Les investissements dans le solaire ont fait un bond de 25 % pour atteindre 161 milliards d’euros, un deuxième plus haut historique. Ceux de l’éolien ont grimpé de 11 % pour atteindre un montant record de 107 milliards d’euros.

L’éolien offshore se développe

Les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont alloué 7 milliards d’euros au financement de projets de parcs éoliens offshore.

Ces 7 milliards ont permis, entre autres, de financer le projet Gemini 600MW, un parc éolien situé dans les eaux néerlandaises. D’une valeur de 4,1 milliards d’euros, il s’agit de la plus grande installation non-hydraulique d’énergies renouvelables au monde à avoir reçu un feu vert. Le financement de Gemini a été approuvé par 12 banques, trois agences de crédit à l’exportation, la Banque européenne d’investissement et un fonds de pension danois.

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Les décideurs politiques de l’UE appellent à un meilleur réseau énergétique en mer du Nord dans le cadre du projet d’Union de l’énergie, qui vise à renforcer la résistance de l’UE face aux pénuries.

Même en tenant compte de l’essor du secteur offshore, les investissements en Europe ont à peine bougé depuis 2013, enregistrant une hausse de moins de 1 %, indique le rapport.

L’investissement total des économies développées dans les renouvelables n’a augmenté que de 3 % pour atteindre 149 milliards d’euros. En revanche, dans les pays en développement, les investissements ont grimpé de 36 %, à 141 milliards d’euros.

La part de l’Europe dans les renouvelables mondiaux a diminué, montre le rapport. Le pays qui a le plus contribué au total des investissements européens dans les renouvelables est le Royaume-Uni. Ses investissements n’ont pourtant augmenté que de 1 %.

Perte de confiance des investisseurs en Europe

Selon les experts, les investisseurs n’ont pas fait confiance aux systèmes d’aides aux renouvelables des responsables politiques européens. Suite à la crise financière, l’Espagne et l’Italie ont fait marche arrière sur leur système de subventions pour le solaire et l’éolien, déclenchant ainsi des batailles juridiques.

« Le sud de l’Europe n’est pas une région où s’aventurent les investisseurs à cause des changements de politiques rétroactifs, le dernier en date concernait les installations solaires en Italie », a déclaré Michael Liebreich, président du comité consultatif pour Bloomberg New Energy Finance.

« L’Europe, pourtant pionnière des énergies propres, se trouve encore dans un processus de restructuration de ses mécanismes de soutien précoces », a expliqué Michael Liebreich.

« Le Royaume-Uni et l’Allemagne s’éloignent des tarifs de rachat et des certificats verts pour s’orienter vers des systèmes d’enchères inversées et de plafonds de subventions, visant à limiter le coût de la transition pour les consommateurs.

L’effondrement des prix du pétrole, de plus de 50 %, dans la seconde moitié de l’année dernière, ne devrait pas affecter les investissements dans les renouvelables à l’avenir. Selon Udo Steffens, président de la Frankfurt School of Finance and Management, la perte de confiance des investisseurs due aux politiques instables est très préoccupante.

« Le pétrole et les renouvelables ne sont pas en concurrence pour attirer l’investissement mondial », a-t-il souligné. « Les secteurs du solaire et de l’éolien devraient donc continuer à se développer, surtout si les coûts par MWh sont encore davantage réduits. Leur aspect durable est tout simplement plus convaincant. »

Plus de capacités

Grâce à la baisse du prix des technologies dans l’éolien notamment, l’argent investi a permis d’accroitre le potentiel de production d’énergie. Les 103 GW de capacité produite dans le monde ont fait de 2014 la meilleure année pour les nouvelles capacités installées. En 2013, le potentiel de production d’énergie était de 86 GW.

« Encore une fois, en 2014, les renouvelables représentaient près de la moitié de la capacité nette de production d’énergie dans le monde », a rappelé Achim Steiner, sous-secrétaire général de l’ONU et directeur de l’UNEP (Programme des Nations unies pour l’environnement).

« Les technologies énergétiques respectueuses de l’environnement sont un élément indispensable du bouquet énergétique mondial. Leur importance ne cessera de croitre tant que le marché se développe, les prix continueront de chuter et la nécessité de contenir les émissions de carbone se fera de plus en plus urgente. »

Des dirigeants du monde entier se rencontreront à Paris en décembre pour tenter de fixer un objectif juridiquement contraignant pour maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C.

Après Paris, la Commission émettra sans doute un projet de loi pour transposer cet accord dans la loi européenne. Les dirigeants européens se sont accordés pour un objectif commun de 27 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, mais cet objectif est non contraignant au niveau national.

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Réforme sur l’électricité

Les gouvernements ont souvent eu du mal à élaborer des mesures pour soutenir l’avancée des énergies renouvelables et leurs répercussions sur le reste du système électrique, ont estimé les auteurs du rapport. Dans de nombreux pays, les réseaux et fournisseurs d’électricité font difficilement face à l’intégration croissante du solaire et de l’éolien dans le bouquet énergétique.

Les réformes majeures concernant le marché de l’électricité, telles que la transition énergétique allemande (Energiewende) étaient nécessaires, affirme le rapport.

La Commission européenne a déclaré vouloir effectuer une refonte du marché européen de l’électricité afin de garantir une meilleure interconnexion entre les États membres et une meilleure intégration des renouvelables, dans le cadre de l’Union de l’énergie.

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Contexte

Comme la plupart des énergies renouvelables sont toujours plus onéreuses que les énergies fossiles, différents systèmes de soutien ont été mis en place afin d'accélérer leur introduction et ainsi atteindre l'objectif de l'UE de puiser 20 % de son énergie de sources renouvelables d'ici 2020. 

L'année dernière, la Commission européenne a prévenu que les prix de l'énergie continueraient d'augmenter si les gouvernements ne prenaient pas de mesures pour réduire les écosubventions.

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