L’UE renonce à la « taxe plastique »

Sensibiliser plutôt que taxer. [Judith / Flickr]

L’UE rejette l’option d’une taxe sur les plastiques, choisissant plutôt de mieux informer sur leur impact sur l’environnement. Un article de notre partenaire, The Guardian.

L’UE a décidé de ne pas imposer de taxes sur les produits plastiques à usage unique, préférant mener une campagne de sensibilisation sur les dommages que ceux-ci causent à l’environnement, et particulièrement aux océans.

Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, estime qu’une taxe « ne serait pas tenable », et que changer la manière dont le plastique est produit et utilisé pourrait avoir plus d’effets. « La seule méthode durable est de créer du plastique recyclable et d’éliminer les microplastiques », a-t-il assuré. « On ne peut supprimer les microplastiques avec une taxe, il faut s’assurer que les produits soient réutilisés, et non jetés dans l’océan. »

Il a indiqué que la Commission collaborait avec des fabricants pour modifier leurs produits et emballages. Karmenu Vella, le commissaire chargé de l’environnement, a pour sa part confirmé que la stratégie européenne sur les plastiques, attendue depuis longtemps, serait publiée d’ici la fin de l’année.

La Commission européenne ne peut pas lever d’impôts directement, mais elle peut encourager les États membres à le faire et peut imposer d’autres pénalités, comme ça a été le cas pour le système d’échange de quotas d’émissions (ETS) de l’industrie lourde.

Frans Timmermans a écarté toute possibilité d’instaurer des taxes sur les plastiques à usage unique, et s’est montré réticent vis-à-vis de possibles mesures législatives, mais a appelé à des campagnes d’information du public sur les problèmes causés par les plastiques. « Nous ne devrions pas forcer [les producteurs à changer] via la législation, même si nous le pourrions si nous n’avons plus le choix, mais via la conscientisation du public, en encourageant les pays à mieux informer », a-t-il déclaré.

« Rien ne discipline mieux les entreprises que les pratiques des consommateurs. Nous sommes sur le point de changer les habitudes des consommateurs. Je sens que nous sommes à un tournant, comme il y a 10 ou 15 ans sur le changement climatique », a-t-il assuré lors de la conférence Our Ocean, à Malte. « C’est ce qui s’est passé avec le recyclage. Qui nous a fait recycler ? Nos enfants. Je ne pense pas qu’un seul producteur irait à l’encontre de la sensibilisation publique. »

Our Ocean: l’UE renforce ses engagements en faveur des océans

L’Union européenne a annoncé, ce 5 octobre, à l’occasion de la conférence Our Ocean à Malte, 36 actions en faveur des océans, financées à hauteur de 550 millions d’euros. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

À l’heure actuelle, seuls environ 6 % des déchets plastiques sont recyclés dans l’UE. Ce taux très bas est dû à la très grande variété de plastiques utilisée dans les biens de production et de la difficulté à les transformer dans un matériau assez malléable pour être réutilisé. Frans Timmermans estime cependant que les citoyens accepteraient des emballages moins « flashy » et esthétiques s’ils comprenaient que cela comporte un bénéfice pour la pollution des océans.

Economie circulaire

Karmenu Vella souligne pour sa part que les entreprises devraient penser à la réutilisation dès le stade de la conception de leurs produits. « L’économie circulaire est le meilleur moyen de s’occuper des plastiques », assure le commissaire, qui promet que la stratégie à venir inclurait des mesures de recyclage, de conception, de biodégradabilité et se pencherait sur les plastiques à usage unique et les microplastiques.

La Commission s’est engagée à éliminer les plastiques à usage unique, dont les contenants des boissons, de ses propres locaux d’ici la fin de l’année.

L’UE va diviser par deux l’usage des sacs plastiques d’ici…2019

Le Parlement européen a définitivement adopté le 28 avril une réduction drastique des sacs plastiques à usage unique. Près de 100 milliards de ces sacs sont utilisés chaque année en Europe. 

La Commission a prévu d’allouer 500 millions d’euros à des projets d’amélioration de la santé des océans, de la surveillance satellite et des zones de protection à la récupération des déchets plastiques. Lors de la conférence Our Ocean, 6 milliards supplémentaires ont été promis par des gouvernements, des institutions et des entreprises privées pour la lutte contre la surpêche, la pollution, les déchets plastiques, l’acidification des océans et d’autres menaces pesant sur les écosystèmes marins.

Ces promesses comprennent près de 130 millions d’euros récoltés par un groupe d’ONG et entreprises, dont  PepsiCo, Procter & Gamble, 3M, l’American Chemistry Council, le World Plastics Council et Oceana. Ces fonds seront utilisés pour empêcher les déchets plastiques de se retrouver dans les océans en Asie du Sud-est. La moitié du plastique déversée dans les océans chaque année provient en effet de cinq pays de la région : la Chine, l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam et la Thaïlande.

Des assureurs ont également décidé d’agir contre la pêche illégale. Certains des plus grands acteurs du secteur, comme Allianz, Axa et Generali, ont ainsi décidé de cesser d’assurer les bateaux ayant été utilisés pour la pêche illégale. Cette activité a un impact annuel estimé à entre 8,5 et 20 milliards d’euros par an, avec environ 25 millions de tonnes de poissons pêchés en dehors des quotas ou en contravention avec les règles et politiques régissant le secteur.

L’ONG ClientEarth souligne cependant que la pêche illégale en Europe est rendue possible par les manquements de certains États membres. L’ONG a en effet analysé les systèmes d’application de la législation dans les six pays où l’on pêche le plus dans l’UE : la France, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Pologne et le Royaume-Uni. Aucun de ces pays n’applique correctement les mesures anti-piraterie de la Politique commune de la pêche et imposent aux contrevenants des sanctions trop légères.

Les plastiques, premiers prédateurs des océans selon Surfrider

Bouteilles, sacs et bouchons en plastique, cotons-tiges…: les plastiques sont «les premiers prédateurs des océans», affirme mardi l’association Surfrider qui publie un rapport détaillant la pollution sur cinq sites français et espagnols, situés en Bretagne et au Pays basque.