L’initiative citoyenne contre la vivisection peine à convaincre les eurodéputés

Les cochons d'Inde font partie des animaux utilisés par la recherche scientifique

Signée par 1,6 millions d’européens, l’initiative citoyenne contre la vivisection n’a pas convaincu beaucoup d’eurodéputés, lors d’une audition organisée au Parlement européen.

Il s’agit seulement de la troisième ICE à avoir franchi le parcours d’obstacle du processus, qui en contient un certain nombre. Il faut en effet déposer un projet qui soit acceptable juridiquement, puis récolter plus d’un million de signature dans un temps relativement court, des contraintes « insurmontables pour les réseaux qui ne sont pas déjà bien installés au niveau international », selon l’organisateur d’une ICE qui n’a pas réussi à rassembler un nombre de voix suffisant, sur le revenu minimum.

>>Lire aussi : La Commission s’oppose à une initiative citoyenne contre le TTIP

Un débat est ensuite organisé au Parlement européen, avant que la Commission ne prenne une décision sur ce qui envisageable de faire ou pas. Dans le cas de la vivisection, le débat a eu lieu lundi 10 mai à Bruxelles. Or le soutien politique à l’ICE s’est avéré plutôt maigre, même si la mobilisation du lobby pour la défense des animaux s’est montrée importante, à la fois dans la salle et au sein du panel d’experts retenus pour l’audition.

« Quand je prépare un médicament pour un cheval, je ne le teste pas sur un perroquet » a expliqué André Ménache, représentant de l’ICE contre la vivisection et médecin vétérinaire. Le docteur estime que la directive actuelle ne permet pas de se tourner vers des solutions alternatives, et que les chercheurs n’ont aujourd’hui aucune contrainte pour ne pas avoir recours aux animaux.

Un point de vue partage par d’autres experts convoqué à l’audition, dont un américain, le Dr Ray Greek. « Aucune étude ne répond à la question de la valeur prédictive du modèle animal . Un centaine de vaccins contre le sida ont donné des bons résultats sur les animaux, et aucun n’a fonctionné sur des êtres humains » a ainsi expliqué le médecin, auteur de plusieurs ouvrages qui remettent en cause l’efficacité des expériences sur les animaux.

Des modèles prédictifs imparfaits

« Les animaux ne sont pas des modèles prédictifs, et pourtant on continue d’estimer qu’ils le sont » a-t-il ajouté.

Les débats ont été plutôt houleux, notamment lorsqu’un chercheur de l’INSERM a accusé les laboratoires pharmaceutiques d’être à l’origine de l’absence de vaccin contre le virus du Sida. « On a trouvé une solution, mais aucun laboratoire n’a souhaité nous épauler, parce que les laboratoires se font des milliards d’euros en vendant des médicaments contre le virus » a-t-il assuré.

Un point de vue qui n’a été soutenu que par des élus Verts et gauche radicale. « Je soutiens cette stragtégie de recherche de solutions alternatives à la recherche animale, et je demande à la Commission d’accepter le principe de la fin des expérimentations animales » a demandé l’élu vert britannique Keith Taylor. A l’inverse, les représentants des deux principaux groupes, socialistes et PPE, se sont opposés à l’ICE.

Doute scientifique

L’espagnole Clara Eugenia Aguilera Garcia, s’est interrogée sur les possibilités de remplacer totalement la recherche sur les animaux par d’autres techniques. « Il y a un doute scientifique, donc dans le doute, je pense qu’on ne peut pas abandonner la recherche sur les animaux». Toujours du côté des sociaux démocrates, le Belge Marc Tarabella s’est même interrogé sur la pertinence des ICE. « Autant on peut avoir du respect pour les animaux, autant il est regrettable qu’il y ait autant d’initiatives pour la défense des animaux au Parlement européen, et aussi peu pour protéger les enfants des pays en voie de développement a-t-il regretté. Il a aussi déclaré que le nombre de signataires de l’ICE ne justifiait rien, estimant qu’il pourrait y avoir une ICE plaidant pour le retour de la peine de mort, ce qui ne justifierait pas que les politiques la suivent.

Un désastre pour la santé humaine ?

La chercheuse Françoise Barre Sinoussi, prix Nobel en 2008, est venue de son côté effectuer un plaidoyer pour les tests sur les animaux. «Nous évitons 2 à 3 millions de décès par an grâce aux vaccins, qui n’existeraient pas sans les tests sur les animaux » a assuré la scientifique, en estimant qu’en France, 80 % de la recherche utilisant des animaux a auparavant utilisé d’autres modèles. « Si nous arrêtions la recherche sur les animaux maintenant, ce serait un désastre pour la santé humaine, il faut en prendre conscience » .

La députée Françoise Grossetête s’est directement opposée à l’ICE . « Je défends les animaux, mais je défends aussi le cadre règlementaire de la directive de 2010. Nous avons eu ces discussions lors de l’élaboration de cette directive ! Ce texte est équilibré et va être réévalué d’ici 2017» a rappelé l’élue UMP. « Je préfère que les expériences sur les animaux soient faites en Europe, où les règles de respect de bien-être animal sont contrôlées » a ajouté l’élue, tout en regrettant que les associations de patients représentant les maladies orphelines n’aient pas été convoquées à l’audition.

La Commission européenne a désormais un petit mois pour élaborer une réponse, qui devrait être établie le 3 juin prochain. L’argument juridique de la directive de 2010 devrait être évoqué selon une source à la Commission. Le texte prévoit que les tests sur les animaux soit réduits au maximum et les méthodes de recherche alternatives encouragée. Et le fait qu’il doive être réévalué prochainement pourrait donner un argument à la Commission pour ne pas engager de nouveau processus législatif prévoyant l’élimination des tests sur les animaux en Europe. Pour l’heure, une seule ICE a été validée par la Commission européenne, celle du droit à l’eau .

>>Lire aussi : Le Parlement se prépare à réformer l’initiative citoyenne européenne

Contexte

La législation en vigueur limite et encadre le recours aux animaux à des fins expérimentales, prévoyant notamment que les tests sur animaux soient remplacés dans la mesure du possible par une méthode de substitution, et prônant que « la douleur et la souffrance infligées aux animaux soient réduites au minimum ».

Mais l'utilisation d'animaux reste possible pour faire avancer la recherche sur l'homme, les animaux et les maladies (cancers, scléroses multiples, maladie d'Alzheimer et de Parkinson). Selon des chiffres publiés par la Commission en 2011, quelque 11,5 millions d'animaux avaient été soumis à des tests en 2011 à des fins scientifiques.

Plus d'information