L’OCDE dévoile un programme économique « bas carbone » pour la COP 21

Les infrastructures en construction doivent être conçues pour limiter le réchauffement climatique. [tokyoform/Flickr]

Un nouveau rapport accablant de l’OCDE dénonce les énergies fossiles et leur fiscalité avantageuse, et donne les pistes d’une économie «bas carbone».

L’OCDE enfonce le clou. Quelques jours, après la publication d’une étude montrant l’insuffisance de la fiscalité sur les énergies fossiles, à l’aune de la problématique climatique, le think tank des pays développés récidive. Le vendredi 3 juillet, l’institutiona dévoilé les clés de la transformation de notre mode de développement en une économie «bas carbone». Le programme économique de la COP21.

Sans surprise, le rapport plaide pour une réorientation de nombreux secteurs, de la fiscalité au commerce en passant par l’aménagement du territoire. Mais aussi, la production d’énergie, à commencer par l’électricité.

Et ça n’est pas du luxe. En l’absence de nouvelles mesures d’atténuation, la production d’énergie à partir de charbon émettra plus de 500 milliards de tonnes de CO2 d’ici à 2050, soit la moitié de notre «budget carbone» pour stabiliser le réchauffement à 2°C. Problème: les deux tiers des investissements énergétiques réalisés dans le monde, rappelle l’OCDE, sont toujours consacrés aux combustibles fossiles.

81 000 milliards d’euros de travaux

Ce n’est pas tout : 50 % des subventions agricoles versées dans les pays membres de l’organisation sont préjudiciables au climat, et il existe toute une série de dispositions fiscales qui encouragent la production et la consommation d’énergies fossiles. Sur les 34 pays de l’OCDE, 30 taxent plus l’essence que le gazole, lequel émet pourtant 18 % de plus de CO2, par exemple. Or il n’est plus possible de gaspiller l’argent.

D’ici 2030, le monde investira 81 000 milliards d’euros dans la construction d’infrastructures : logements, systèmes de transport, centrales de production d’énergie. Investir dans des infrastructures faiblement carbonées et résilientes mettra le monde sur la trajectoire des 2°C et produira de nombreux co-bénéfices : amélioration de la qualité de l’air, économie d’énergie, etc. L’argent ne manque pas. Les investisseurs institutionnels détiennent environ 275 000 milliards d’euros, dont un petit tiers au sein de l’OCDE. L’enjeu est donc d’inciter les investisseurs à placer leurs billes, en priorité, dans le «décarboné» plutôt que dans les énergies fossiles ou les investissements anti-climat.

Réformer pour flécher

Ce fléchage n’est possible qu’au prix d’importantes réformes : alourdissement des coûts d’émission de gaz à effet de serre, fin des subventions à l’extraction et à la consommation d’hydrocarbures et de charbon, octroi de sérieux coups de pouce à des technologies climate friendly, hausse des objectifs nationaux de réduction d’émission, réforme des marchés de l’électricité, entrave au commerce pour les technologies innovantes, etc.

Le monde de la finance doit aussi considérer le climat et ses problématiques lors de l’appréciation du risque. Ainsi, on n’investira plus de la même façon dans une compagnie pétrogazière si que l’on considère que la plupart de ses réserves de pétrole ou de gaz ne seront pas exploitées. Même remarque pour les compagnies construisant ou exploitant des centrales au charbon. Dans le seul secteur de l’énergie, a évalué l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le respect par les investisseurs de critères «2°C compatibles» pourraient réduire à rien la valeur de 270 milliards d’euros d’actifs.

Limiter le réchauffement à 2°C

Les collectivités locales n’échapperont pas à l’effort. Selon la fiscalité pesant sur le foncier et l’immobilier, les «gouvernements infranationaux» ont le pouvoir de forger une agglomération dense (réduisant de facto les besoins en mobilité) ou étendue et propice à l’automobile.

Les experts de l’OCDE (aidés par ceux de l’AIE, de l’Agence pour l’énergie nucléaire et du Forum international des transports) plaident aussi pour une réforme des marchés de l’électricité, un secteur à l’origine du quart des émissions mondiales de GES. Le marché «2°C compatible» devra massivement renchérir l’utilisation du charbon, favoriser le développement des énergies décarbonées (renouvelables, nucléaire) et contribuer au développement des installations de captage-stockage de CO2.

Enfin, le rapport plaide pour l’adoption «de pratiques de gestion durable» de la terre, impliquant une réduction de la déforestation, une restauration des terres dégradées ou la mise en œuvre des meilleures pratiques agricoles. Il faut «briser» les barrières entre l’agriculture, la sécurité alimentaire, la forêt et les politiques environnementales, martèlent les rédacteurs. À bon entendeur…

Cet article est initialement paru sur le Journal de l’environnement.

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