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17/01/2017

L’UE en route pour les – 60 % de CO2 d’ici 2050

Développement durable

L’UE en route pour les – 60 % de CO2 d’ici 2050

La COP21 devrait aboutir à un accord permettant de limiter à 2 degrés le réchauffement planétaire. [Olivier Wald/Flickr]

Exclusif. Les ministres de l’environnement de l’UE doivent annoncer vendredi leur position commune pour la COP21. Soit une réduction de 60 % des émissions de CO2 de l’UE d’ici 2050.

Selon une source clé des négociations, les 28 pays de l’UE doivent s’engager, vendredi, à réduire de 60 % les émissions d’ici 2050, et de 100 % d’ici 2100. Une position ambitieuse, malgré l’opposition initiale de certains pays, comme la Pologne, la Hongrie et la République tchèque.

Cet accord s’avère indispensable pour alimenter la pression que les négociateurs européens veulent mettre sur le reste du monde, pour limiter la hausse des températures à 2 °C.

Pour l’heure, les chances que la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP21) donne naissance à un objectif mondial contraignant, sont minces. Un mandat fort sera donc clé.

À ce jour, les États-Unis et la Chine sont les deux plus grands pollueurs de la planète. Or, Washington refuse pour l’instant l’instauration d’un objectif international contraignant. Si un certain nombre de pays y sont favorables, Barack Obama sera néanmoins forcé de soumettre l’accord au Congrès, actuellement mené par le parti républicain, et donc hostile au président.

Les États-Unis défendent quant à eux un système selon lequel les gouvernements présenteraient simplement les mesures qu’ils comptent prendre pour réduire le changement climatique. Ce système est également soutenu par des pays comme la Chine et l’Inde.

>> Lire : Les négociations climatiques se poursuivent avant la COP 21

Les négociations de Paris devront également déterminer la fréquence des rencontres lors desquelles les gouvernements présenteront leurs progrès et la manière de s’assurer qu’ils respectent leurs promesses.

Washington souhaite que des réunions sur le changement climatique aient lieu tous les cinq ans, ce qui risque de ne pas convenir à l’UE. Les 28 fixent en général des objectifs sur dix ans : c’est le cas pour les objectifs climatiques pour 2020 et 2030, par exemple, ou pour le régime d’échange de quotas d’émissions.

Il sera encore plus épineux de s’assurer que les promesses des gouvernements ne stagnent pas et soient de plus en plus ambitieuses. Sans cela, il sera impossible de limiter à 2 degrés le réchauffement climatique.

Le texte de l’accord des ministres, qu’EurActiv a consulté, révèle que certains États membres souhaitent que le document de Paris soit réécrit, afin qu’il stipule clairement que les pays qui s’engagent sur dix ans doivent tout de même pleinement participer aux processus sur cinq ans. D’autres voudraient ajouter une clause garantissant que les engagements des gouvernements iront toujours vers des objectifs plus ambitieux.

L’UE au cœur des discussions ?

Liz Gallagher, qui dirige le programme de diplomatie climatique du groupe de réflexion londonien E3G, estime que le rôle de l’UE devrait être de contrer toute velléité de complaisance de la part de Beijing ou Washington, les deux pays qui monopolisent pour l’instant une grande partie des discussions climatiques.

Nigel Purvis, PDG de la firme de consultance spécialisée dans la politique climatique américaine Climate Advisers, partage cet avis. Les États-Unis ont obtenu ce qu’ils voulaient, et leurs efforts diplomatiques se sont donc relâchés, assure-t-il.

>> Lire : L’Europe a perdu son rôle moteur dans les négociations climatiques

Liz Gallagher a également expliqué que l’UE ne parviendra à récupérer sa position de force dans les négociations que si elle construit de meilleures alliances avec des pays tiers, ce qui ne sera possible que si elle s’engage financièrement de manière sérieuse avec les pays en développement.

Le projet de conclusion de la réunion de vendredi souligne pourtant que le temps presse. Une opinion partagée, puisque le Conseil des ministres « prend note du volume de travail considérable qu’il reste à accomplir avant la conclusion d’un accord à Paris » et « s’inquiète du manque de réel progrès en ce qui concerne le document de négociation ».

De fait, une seule réunion des diplomates internationaux est prévue d’ici la COP 21, qui commence le 30 novembre. Cette réunion se tiendra à Bonn du 19 au 23 octobre.

Liz Gallagher avertit qu’il n’y aura sans doute pas assez de temps pour déterminer les détails techniques avant la rencontre des dirigeants mondiaux à Paris. « L’idéal serait qu’il y ait un cycle de négociation supplémentaire », estime-t-elle.

Retards diplomatiques

Les discussions diplomatiques en vue de l’accord international ont été ralenties par le retard de la position commune de l’UE sur les réductions des émissions.

« Les États membre d’Europe de l’Est, comme la Pologne, ne sont pas enchantés par cette idée, bien sûr », a déclaré à EurActiv une source bien placée à l’UE. « Mais le paquet climat pour 2030 et les réformes du régime d’échange de quotas d’émissions sont déjà passé par là et ont aplani leur opposition. Les pays les plus pauvres de l’UE bénéficieront de quotas gratuits et de cash en échange de leur soutien. »

En octobre 2014, les dirigeants européens ont en effet décidé qu’à partir de 2020 les États membres au plus bas PIB par habitant recevraient 10 % du total des quotas d’émissions, afin qu’ils puissent moderniser leurs structures de production d’énergie. Cette mesure a été intégrée à la proposition de réforme du régime d’échange des quotas d’émissions (ETS) publiée en juillet par la Commission, qui prévoit un fonds spécifique et des quotas gratuits pour les pays de l’Est.

L’ETS est le plus grand système d’échange de quotas d’émission au monde. Les entreprises concernées mesurent et rendent compte de leurs émissions de CO2, un quota équivalant à une tonne de CO2 émise. Les permis d’émission peuvent être vendus, ce qui encourage les entreprises à réduire leurs émissions, pour pouvoir vendre leurs surplus.

Là où le bât blesse…

La Commission européenne est en faveur d’une réduction de 60 % des émissions d’ici 2050. Cet objectif constitue une avancée par rapport à une proposition précédente de 50 %, compatible avec les suggestions du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Certains États membres soutiennent pourtant une proposition du GIEC de réduire les émissions de 40 à 70 %, ce qui constitue en réalité un affaiblissement de l’objectif initial.

Dans son cinquième rapport d’évaluation, publié l’an dernier, le GIEC appelle à une décarbonisation mondiale d’ici 2100. Cette proposition reçu le soutien de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Royaume-Uni lors de la réunion du G7 à Bonn.

Les pays comme la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie, qui s’opposaient à cet objectif à long terme, devrait à présent accepter qu’il soit inscrit dans la position commune de l’UE pour les négociations de Paris, selon certaines sources européennes

Certaines délégations nationales voudraient en outre que l’UE explique clairement qu’elle se réserve le droit d’augmenter davantage les réductions d’émissions, dans le cadre de ses objectifs climat-énergie pour 2030.

Au mois d’octobre, les dirigeants de l’UE ont accepté de réduire les émissions d’« au moins » 40 % d’ici 2030. Cette mesure pourrait être intégrée à la position commune, mais pourrait aussi être abandonnée, afin d’augmenter les chances de conclusion d’un accord.

L’engagement européen remis en question

La faisabilité d’une réduction d’au moins 40 % des émissions dans l’UE a toutefois été remise en question le 15 septembre par l’ONG Réseau Climat Action Europe. D’importantes décisions, qui ont été reportées à l’après COP 21, pourraient faire varier le budget carbone de l’UE pour la période de 2021 à 2030 de quelque 6 milliards de tonnes, souligne l’ONG.

Celle-ci estime qu’une réduction de 40 % équivaudrait au volume de gaz à effet de serre potentiellement émit par l’UE entre 2021 et 2030, qui s’élèverait à entre 37 et 43 milliards de tonnes. Elle appelle donc les ministres de l’Environnement à pallier « le manque de transparence et d’exactitude » de l’engagement climatique de l’UE.

« L’UE se présente à Paris avec une offre qui contient toujours des lacunes », regrette Wendel Trio, le directeur de l’ONG, « cela nous décrédibilise. » Le rapport de Réseau Climat Action indique que plusieurs points du plan européen doivent encore être clarifiés.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont commencé en 1992. Tous les ans, l'ONU organise une conférence internationale sur le changement climatique appelée la Conférence des Parties, ou CdP.

La vingtième Conférence des Parties s'est déroulée à Lima, au Pérou, du 1er au 12 décembre 2014. En décembre 2015, Paris accueillera la 21ème CdP.

Les États participants doivent s'y accorder pour remplacer le protocole de Kyoto, dont le but était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012.

D'ici la conférence, les États doivent impérativement décider du type de cadre qu'ils souhaitent mettre en place : volontaire ou légalement contraignant.

Prochaines étapes

17 septembre : Rencontre entre les ministres de l'Environnement et le Pape François.

18 septembre : Réunion des ministres de l'Environnement à Bruxelles.

19-23 octobre : Négociations sur le climat à Bonn.

30 novembre-11 décembre 2015 : Conférence sur le changement climatique de l'ONU à Paris (COP21).