L’UE va diviser par deux l’usage des sacs plastiques d’ici…2019

Les Européens utilisent près de 99 milliards de sacs en plastique chaque année. [Richard Whitcombe/Shutterstock]

Le Parlement européen a définitivement adopté le 28 avril une réduction drastique des sacs plastiques à usage unique. Près de 100 milliards de ces sacs sont utilisés chaque année en Europe. 

Les sacs en plastique à usage unique ne seront bientôt plus les bienvenus dans les supermarchés européens. Le 28 avril, les eurodéputés ont approuvé la version finale du texte limitant drastiquement l’utilisation de ces sacs plastiques dans les États membres.

Souvent utilisés une seule fois, les sacs en plastique sont un véritable fléau pour l’environnement et particulièrement les écosystèmes marins. En Europe, huit milliards de ces sacs finissent en moyenne comme déchets dans l’environnement, où ils mettent ensuite plusieurs siècles à se désagréger.

Seuils en 2019 et 2025

Et rien qu’en France « on estime que 122 millions de sacs plastiques souillent 5 000 kilomètres de côtes ! » rappelle l’eurodéputé Gilles Pargneaux.

Le texte prévoit que les États membres réduisent progressivement le recours aux sacs plastiques à un premier seuil de 90 sacs par personne et par an d’ici 2019, puis à 40 sacs en 2025. Des seuils qui obligeront certains États membres à réduire sévèrement leur consommation, comme le Portugal, la Hongrie ou la Pologne.

>> Lire : Controverse houleuse sur l’interdiction des sacs en plastique en Europe

À l’inverse, certains États membres comme la Finlande ou le Luxembourg se situent en dessous des nouveaux seuils adoptés par l’UE. Avec une moyenne de 79 sacs plastique par an et par personne, la France se situe d’ores et déjà en dessous du seuil fixé à l’horizon 2019.

L’utilisation des sacs plastiques dans les Etats membres

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Utilisation des sacs plastiques dans les Etats membres

« Cette législation va créer une situation véritablement avantageuse pour tous », a déclaré la rapporteuse danoise Margrete Auken (Verts/ALE). « Nous parlons d’un immense problème environnemental. Des milliards de sacs en plastique finissent directement dans la nature comme des déchets non traités. Cela nuit à la nature, porte-préjudice aux poissons, aux oiseaux, et nous devons nous attaquer à cela », a-t-elle ajouté.

En 2010, chaque citoyen de l’UE a utilisé environ 198 sacs en plastique, et la consommation de ces sacs jetables devrait progresser en absence de législation contraignante.

Dispositif ouvert

Contraignant, le texte adopté en session plénière laisse cependant les mains libres aux États pour s’attaquer à la réduction des sacs plastiques à usage unique. Les pays européens pourront prendre les mesures de leur choix afin d’arriver aux seuils de 2019 et 2025. Ou choisir de mettre fin à la gratuité de ce type de sac dès 2018.

La fin de la gratuité des sacs jetable a déjà donné de bons résultats dans certains pays. Mais d’autres bons élèves comme la Finlande n’ont par contre aucune législation contraignante en la matière. La vente presque systématique dans les supermarchés de sacs en papier ou de sacs à usage multiples a rendu les sacs à usage unique presqu’inexistants dans le pays, où les citoyen y ont recours en moyenne 4 fois dans l’année.

La législation européenne doit maintenant être mise en œuvre dans tous les États membres d’ici 2019. Un horizon lointain, que les pays « peuvent raccourcir s’ils le souhaitent » souligne Michèle Rivasi. La France a déjà adopté une interdiction de distribution des sacs plastiques à usage unique, qui entrera en vigueur dès le 1er janvier 2016.

>> Lire : La France se veut plus écolo que Bruxelles sur les sacs plastiques

La menace des ersatz

Si l’adoption du texte a largement été saluée dans les rangs des eurodéputés de tous bords, l’avenir de sacs jetables va encore se jouer sur la question des sacs en matières plastiques oxo-dégradables.

Les défenseurs de cette matière insistent sur sa qualité biodégradable, quand ses détracteurs affirment que ce plastique ne se désintègre pas réellement, mais se morcellent en particules de microplastique nocives.

« Certains producteurs sont en train de fabriquer des sacs biodégradables qui laissent des microparticules de plastique que l’on va retrouver dans les huitres par exemple » dénonce Michèle Rivasi.

Le texte prévoit que la Commission européenne évalue l’impact sur l’environnement de ces matières plastiques oxo-dégradables. Une évaluation qui permettra à la Commission de les estampiller ou non comme sacs plastiques, biodégradables et valorisables par compostage en 2017.

Réactions

« Il s’agit là d’une urgence : le plastique pollue, le plastique tue. Dans le Pacifique, un continent de plastique s’est formé, d’une superficie de 3,5 millions de km2. Au niveau de l'Union européenne, environ 100 milliards de sacs en plastique sont mis sur le marché chaque année ; beaucoup se retrouvent dans les mers et sur le littoral : rien qu'en France, on estime que 122 millions de sacs plastiques souillent 5 000 kilomètres de côtes ! » a expliqué l'eurodéputé socialiste français Gilles Pargneaux, membre de la commission de l’environnement.

« Les sacs plastiques fins sont une véritable calamité environnementale. Ils font partie des déchets les plus collectés par les volontaires qui nettoient les littoraux à travers le monde et souillent notre planète de manière quasi irréversible. Cette législation est un grand pas vers un plus grand respect de notre planète et de respect vis-à-vis des générations à venir » a affrimé le chef de délégation socialiste belge, Marc Tarabella.

« Les objectifs de cette loi sont bons. Nous devons réduire l'utilisation des sacs en plastique, mais nous voulons des règles claires et fonctionnelles, et non des règles excessivement normatives que même la Commission européenne craint de voir inappliquées » a déclaré l’eurodéputée Julie Girling, porte-parole des conservateur et réformistes pour l’environnement.

« La décision d'aujourd'hui est le reflet d’un compromis durement gagné. En conséquence, l'UE se débarrasse d'une mauvaise habitude et franchi une étape importante vers une Europe plus propre s’est félicité l’eurodéputé hongrois György Hölvényi, rapporteur pour le groupe PPE.

Contexte

Le 16 avril, le Parlement européen s'est exprimé en faveur d'une réduction de 80 % de l'utilisation de sacs en plastique léger dans l'UE d'ici 2019.

La proposition de loi prévoit que les États membres réduisent d'abord l'utilisation de moitié, d'ici 2017, par rapport aux chiffres de 2010.

>> Lire : L'UE compte supprimer les sacs plastiques fins d’ici 2020

La nouvelle loi s'appliquera aux sacs en plastique léger, de moins de 50 micromètres d'épaisseur. Il s'agit là du type le plus fragile et polluant de sacs en plastique, qui ont des effets désastreux sur l'environnement et particulièrement les milieux marins.

Selon les statistiques de la Commission européenne, les estomacs de 94 % des oiseaux de mer de mer du Nord contiennent du plastique.