La Commission veut mettre de l’ordre dans l’étiquetage bio

Les méthodes de calcul de l’empreinte environnementale des produits bio sont aussi nombreuses que les Etats membres. Mais l’harmonisation s’annonce complexe.

Bio, vert, écolo, green, sans pesticides..les consommateurs s’y perdent. L’exécutif européen voudrait donc unifier l’étiquetage des produits dit « verts », qui renvoient aujourd’hui à des contraintes et des étiquettes très variées.

Mesurer l’empreinte environnementale,

Lors d’une conférence de mi-parcours de l’initiative European Food Sustainable Consumption and Production, Karmenu Vella, commissaire à l’environnement, aux affaires maritimes et à la pêche, a déclaré que la tâche ne serait pas simple.

« C’est la première fois que l’on crée un instrument qui peut nous aider à comparer des produits similaires, selon leur performance environnementale, et en terme de cycle de vie », a-t-il fait remarquer.

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Vers un marché unique pour les produits verts

« Nous voulons que la phase pilote de l’empreinte écologique soit une réussite », a expliqué le commissaire, ajoutant qu’elle contribuerait énormément à la transition vers une économie circulaire, une priorité pour l’exécutif européen.

Fin 2015, la Commission présentera une nouvelle et plus ambitieuse stratégie pour l’économie circulaire visant à transformer l’Europe en une économie compétitive et plus efficace dans l’utilisation de ses ressources.

Karmenu Vella a affirmé que dans le cadre de l’économie circulaire, l’UE avait besoin d’un marché unique « dans lequel les produits sont écologiques […] et où il est facile de démontrer la performance environnementale d’un produit ».

Mais pour le commissaire, l’empreinte écologique reflète aussi le programme 2030 pour le développement durable adopté fin septembre à New York.

« Si vous regardez le texte, vous pourrez voir que les dirigeants mondiaux se sont explicitement engagés à donner au public des informations pertinentes sur des modes de vie durables en harmonie avec la nature », a-t-il précisé.

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Le défi de la communication

Aujourd’hui, les entreprises européennes qui veulent indiquer la performance écologique de leurs produits font face à de nombreux obstacles à cause du large éventail d’étiquettes existantes.

Les États membres ont adopté plusieurs méthodes pour mesurer et communiquer l’impact environnemental des produits. Il est donc difficile et couteux pour les entreprises d’ajuster et de promouvoir leurs produits bio sur le marché unique.

De leur point de vue, le coût pour s’ajuster aux différentes méthodes pour prouver les caractéristiques écologiques d’un produit est élevé et cela remet en question la circulation même des produits bio dans l’UE.

Pour la Commission, une méthode commune permettrait de réduire de manière significative le coût pour les entreprises. Les différentes méthodes de calcul ne sont pourtant pas le seul problème des entreprises.

Selon une enquête de l’Eurobaromètre, 48 % des consommateurs européens sont perturbés par la quantité d’informations diverses et incomparables qu’ils reçoivent lorsqu’ils achètent des produits bio.

Malgré cette confusion, quatre consommateurs européens sur cinq achètent des produits bio « au moins de temps en temps », mais près de la moitié ne croient pas vraiment aux caractéristiques écologiques du produit qu’ils achètent.

La phase pilote est donc un défi immense pour les parties prenantes qui veulent aider les consommateurs européens ainsi que les entreprises.

Internet, le meilleur moyen

Luigi Cristiano Laurenza, secrétaire générale de l’UNAFPA, une organisation membre de FoodDrinkEurope, considère que communiquer l’empreinte écologique d’un produit via une étiquette n’est pas la meilleure solution. Selon lui il serait préférable d’utiliser Internet, car la performance environnementale d’un produit est un concept trop complexe pour être exprimé sur des étiquettes.

« Les étiquettes ne sont pas suffisamment transparentes et utiles pour délivrer ce genre de message », a-t-il estimé.

Selon lui, Internet et les nouveaux médias pourraient être le meilleur moyen de traiter cette question puisqu’ils « permettent de donner davantage d’informations aux consommateurs qui sont réellement intéressés par le caractère durable des choses ».

Contexte

Selon la Commission européenne, le secteur des aliments et des boissons représente 23 % de l’utilisation des ressources mondiales, 18 % des émissions de gaz à effet de serre et 31 % des émissions acidifiantes.

Une table ronde sur l’alimentation durable a été lancée par l’UE en mai 2009 et rassemble des décideurs politiques, des agriculteurs, des producteurs du secteur de l’alimentation et des boissons, des fabricants d’emballages et des associations de consommateurs qui tentent de développer des méthodologies afin de mesurer l’impact environnemental de l’industrie de l’alimentation et des boissons.

La plus grande réalisation de la table ronde est la publication d’une méthodologie globale pour calculer l’empreinte environnementale des produits alimentaires et des boissons, formellement adoptée en janvier 2014. Sur le plan réglementaire, la Commission a suivi en 2013 avec une recommandation non contraignante sur la manière de mesurer et communiquer les performances environnementales des produits.

Une série de projets pilotes ont donc été lancés par l’exécutif en juin 2014 afin d’évaluer l’impact écologique de produits tels que la bière, le café, la viande, les pâtes et l’eau en bouteille. Ces projets devraient être conclus en 2017 par une méthodologie harmonisée pour chaque catégorie de produits.

La Commission examinera ensuite les projets pilotes et en tirera des conclusions politiques.

Prochaines étapes

  • Fin 2015 : La Commission présentera une stratégie ambitieuse sur l’économie circulaire.
  • Fin 2016 : le projet pilote d’empreinte environnementale de produit (EEP) devrait se terminer et la Commission procèdera à une analyse d’ensemble.