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28/08/2016

La France se veut plus écolo que Bruxelles sur les sacs plastiques

Développement durable

La France se veut plus écolo que Bruxelles sur les sacs plastiques

(Credit: [Isabelle Kuehn /Shutterstock])

Dans le cadre de la loi biodiversité, le gouvernement propose d’interdire les sacs plastiques d’ici 2016. Une proposition plus ambitieuse que celle de la Commission, mais ternie par l’hypothèse du recours à des contenants dits biodégradables, également problématiques.

Un amendement surprise adopté mercredi 25 juin par la commission développement durable du Parlement dans le cadre de la loi sur la biodiversité prévoit de supprimer les sacs plastiques d’ici 2016. En s’appuyant sur l’impact que peuvent avoir ces détritus sur l’environnement notamment marin, le gouvernement français se fait pour une fois plus écologique que l’Union européenne.

Un texte plus ambitieux que celui de la Commission

Le texte de la loi française, qui prévoit que les sacs plastiques à usage unique soient interdits, ne sera pas voté avant la rentrée au Parlement.

Au niveau européen, l’élimination des sacs plastiques est prévue en plusieurs phases. Le Parlement européen a adopté en avril une directive qui prévoit de réduire l’utilisation des sacs en plastique à usage unique de 50 % d’ici 2017 et de 80 % en 2019.

Interrogée par EurActiv, la Commission européenne s’est déclarée « heureuse de toute initiative en ligne avec nos propositions, qui sont encore en discussion au Conseil « packaging » . 

>>Lire aussi :       L’UE compte supprimer les sacs plastiques

La directive « packaging » qui encadre l’utilisation des sacs pourrait être de nouveau toilettée dans le cadre du Paquet Economie Circulaire qui doit être proposé la semaine prochaine par la Commission.

La protection de la biodiversité représente le principal motif de ce texte. « Il s’agit de remplacer les sacs plastiques à usage unique – qui entraînent des pollutions épouvantables, notamment marines, qui détruisent les espèces fragiles – par des sacs compostables ou biodégradables » a expliqué la ministre de l’Environnement.

La Commission estime que 94 % des oiseaux marins absorbent des morceaux de sacs plastique durant leur vie, ce qui menace certaines espèces.  La biodiversité est également le principal argument utilisé au niveau européen pour supprimer l’utilisation de plastique.

Des sacs biodégradables qui ne se décomposent que très lentement

Problème, le recours aux sacs biodégradables ne représente pas une solution pour les ONG environnementales.

« Bien sûr, c’est un pas dans la bonne direction d’interdire les sacs plastiques. En revanche l’idée de les remplacer par des sacs biodégradables n’a pas de sens. D’une part, il faut changer les habitudes structurelles de consommation. Et d’autre part, les sacs biodégradables ne se décomposent pas, notamment dans un environnement marin. Il faut les collecter séparément, et ne surtout pas les mélanger aux autres plastiques recyclés » souligne Piotr Barczak, du Bureau Européen de l’Environnement. Or, l’organisation d’une collecte spécifique des déchets biodégradables est compliquée à mettre en place.

Selon une étude réalisée par des universitaires, les sacs plastiques biodégradables terminant en milieu marin ne se dégradent que de 3 à 10 % en 7 semaines dans l’eau, ce qui peut avoir des conséquences graves pour la biodiversité. A commencer par les tortues marines qui ont tendance à prendre les sacs plastiques pour des méduses.

Les sacs biodégradables ne le sont en fait que dans des structures ad-hoc, appelées biodigesteurs.

La solution d’interdire les sacs plastiques pour les remplacer par des sacs biodégradables a également été adoptée par un autre pays agricole, l’Italie. Ce qui s’explique par les nouveaux débouchés crées, notamment pour la filière maïs, à partir duquel sont conçus les sacs plastiques dits « biodégradables ».

Les pays du Nord ont adopté d’autres solutions.  Ainsi en Allemagne ou en Irlande, les sacs ne sont pas interdits par la loi, mais systématiquement payants.

Réactions

François-Michel Lambert, député EELV, a déclaré : « le sac plastique est le symbole des inconséquences de notre modèle d’économie linéaire – prélever, consommer, jeter –. Les solutions offertes jusque-là n’ont pas permis d'enrayer ce fléau qui pollue les paysages et les océans et atteint même notre santé. Pourtant les solutions existent, l’Italie et San Francisco l’ont fait. Il fallait agir et je me réjouis que Ségolène Royal ait eu le courage de le faire dans une vision d’économie circulaire.»

« Cette mesure adoptée sans concertation représente un surcoût de 300 millions d'euros et entraînera une hausse des prix, notamment des fruits et légumes. Une telle inflation sur des produits alimentaires de première nécessité est un frein supplémentaire à la consommation», ont déclaré la Fédération des entreprise du Commerce et de la distribution et l’UNFD, qui concerne les commerçants de fruits et légumes. Pour l’organisation, les « 12 milliards de sacs de fruits et légumes distribués chaque année sont indispensables pour des raisons d'hygiène et de sécurité » alors que « l'effet positif de cette mesure n'est pas démontré » au plan environnemental.

 

Contexte

La directive relative aux déchets révisée par l'Union comprend une hiérarchie des déchets contraignante qui définit des priorités en matière de traitement des déchets.

Cette hiérarchie promeut la prévention des déchets, suivie de la récupération, du recyclage et de la réutilisation. Les décharges ne peuvent être utilisées qu'en dernier ressort.

Pour se conformer à cette directive, les États membres de l'UE sont obligés de définir des plans d'action de gestion des déchets après avoir analysé leur situation actuelle en la matière.

Les pays devront également mettre en place des programmes de prévention des déchets d'ici fin 2013 dans le but de rompre le lien entre croissance économique et impacts sur l'environnement liés à la génération de déchets.

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